23-07-2026

Une nouvelle revue publiée dans la revue Foods examine comment les méthodes de macération, traditionnelles comme récentes, en vinification rouge peuvent modifier la couleur, la structure, les arômes et le profil sensoriel global d’un vin en changeant l’extraction des composés présents dans les peaux, les pépins et la pulpe du raisin.
L’article se concentre sur la macération, l’étape de la vinification rouge pendant laquelle le jus reste en contact avec les matières solides du raisin. Ce contact est essentiel à l’extraction des composés phénoliques, notamment les anthocyanes et les tanins, qui déterminent la couleur, l’amertume, l’astringence et le potentiel de garde. Il influence aussi les composés volatils liés aux arômes et aux saveurs. La revue rassemble les recherches actuelles sur la manière dont le temps, la température et la gestion du chapeau interagissent avec de nouveaux outils de vinification visant à mieux maîtriser l’extraction.
Les méthodes traditionnelles de macération restent le socle de la production de vin rouge. Lors de la macération fermentaire classique, les vignerons gèrent le chapeau de peaux et de matières solides par remontages, pigeages ou délestages afin d’influencer l’exposition à l’oxygène et l’intensité de l’extraction. La macération préfermentaire à froid est souvent utilisée pour favoriser l’extraction de la couleur et des arômes avant que le degré alcoolique n’augmente. La macération prolongée après fermentation peut accroître l’extraction des tanins et la sensation en bouche, même si elle peut aussi augmenter le risque de textures plus rugueuses si elle n’est pas soigneusement maîtrisée.
Selon la revue, ces choix conventionnels ne produisent pas un résultat unique et prévisible pour tous les vins. Les résultats dépendent du cépage, de la maturité, de l’épaisseur des pellicules, de la maturité des pépins, du pH, de la formation d’alcool pendant la fermentation et des conditions de cave. Les auteurs décrivent la macération comme un processus dynamique dans lequel la dégradation des parois cellulaires, la composition du solvant et les vitesses de diffusion influencent tous ce qui est extrait et à quel moment.
L’article passe également en revue plusieurs technologies émergentes qui ont retenu l’attention ces dernières années, car elles pourraient accélérer l’extraction ou en améliorer la sélectivité sans recourir à une forte chaleur. Parmi elles figure le traitement par champ électrique pulsé, connu sous le sigle PEF, qui utilise de courtes impulsions électriques pour augmenter la perméabilité des membranes cellulaires. Les chercheurs l’ont étudié comme un moyen de libérer plus efficacement les composés phénoliques des tissus du raisin et, potentiellement, de raccourcir les temps de macération.
Les ultrasons constituent une autre technique abordée dans la revue. En générant des effets de cavitation dans les milieux liquides, les ultrasons peuvent perturber les tissus végétaux et favoriser le transfert de matière. Dans les essais de vinification, cette voie a été explorée pour renforcer l’extraction de la couleur et des tanins, même si les résultats varient selon l’intensité du traitement et la matière première.
La revue évoque aussi le traitement à haute pression, les traitements assistés par micro-ondes et le chauffage ohmique. Chaque méthode agit selon des mécanismes physiques différents. Le traitement à haute pression peut modifier les structures cellulaires par la pression plutôt que par des dommages thermiques. Les traitements par micro-ondes peuvent accélérer l’extraction en transférant rapidement l’énergie dans la matrice du raisin. Les approches ohmiques reposent sur le chauffage par résistance électrique au sein même du matériau, ce qui peut permettre, dans certaines conditions, un traitement plus homogène.
Les auteurs soulignent que ces technologies ne se contentent pas d’augmenter l’extraction de manière générale. Elles peuvent aussi modifier l’équilibre entre différentes classes de composés. C’est important, car davantage de composés phénoliques n’est pas toujours synonyme de mieux. Un gain en stabilité de la couleur ou en volume peut s’accompagner de changements dans l’amertume, l’astringence ou l’expression aromatique, et modifier le style du vin d’une manière souhaitée ou non par les producteurs.
Les composés volatils constituent un autre volet majeur de la revue. Le développement aromatique du vin rouge dépend non seulement de la chimie de la fermentation, mais aussi de la manière dont la macération influence la libération ou la rétention des précurseurs d’origine raisin et d’autres molécules odorantes. Certains traitements peuvent aider à préserver les notes de fruits frais ou à intensifier certaines familles aromatiques, tandis que d’autres peuvent entraîner des pertes ou des modifications selon le temps d’exposition, l’oxydation et les conditions de traitement.
L’expression sensorielle est donc présentée comme l’épreuve finale de toute stratégie de macération. L’analyse chimique peut montrer des concentrations plus élevées d’anthocyanes, de tanins ou de volatils spécifiques, mais ces évolutions n’ont d’intérêt commercial que si elles améliorent l’équilibre et correspondent au style de vin recherché. La revue souligne la nécessité de relier les données instrumentales aux résultats de dégustation plutôt que de considérer l’efficacité d’extraction comme une fin en soi.
Pour les domaines, ces résultats dépassent le simple intérêt académique, car ils offrent un cadre pour décider quand une approche conventionnelle suffit et quand de nouveaux outils peuvent justifier leur coût. En pratique, cela pourrait aider les producteurs à affiner l’extraction phénolique, à mieux maîtriser les arômes et à adapter le style du vin aux objectifs du marché ou aux contraintes de la matière première. La même logique peut s’appliquer à d’autres segments du secteur des boissons qui travaillent avec des procédés d’extraction à base de végétaux et des exigences de régularité sensorielle.
La revue paraît à un moment où de nombreux producteurs cherchent des moyens d’améliorer la maîtrise des procédés tout en faisant face à une qualité de fruit variable liée à la pression climatique et aux conditions de récolte. Des raisins entrant au chai avec des niveaux de sucre, une maturité phénolique ou une intégrité des baies différents peuvent réagir différemment pendant la macération. Les technologies permettant des temps de contact plus courts ou une extraction plus ciblée pourraient devenir plus attractives si elles aident à réduire la variabilité d’un millésime à l’autre.
Dans le même temps, l’adoption dépendra probablement de la réglementation, du coût des équipements, de l’échelle de production et des attentes des consommateurs à l’égard des pratiques de vinification. Certaines méthodes seront peut-être plus faciles à intégrer dans de grandes exploitations commerciales que dans de petites caves. D’autres pourraient nécessiter une validation rigoureuse pour montrer que les gains d’efficacité ne se font pas au détriment de la complexité ou de l’identité régionale.
L’article ne plaide pas pour une méthode universelle idéale. Il présente plutôt la macération comme un ensemble de choix qui doivent être adaptés à la composition du raisin et au résultat sensoriel recherché. Pour les producteurs de vin rouge, cela signifie que l’extraction reste à la fois une question technique et stylistique, les pratiques traditionnelles de cave et les technologies non thermiques émergentes offrant différentes voies pour façonner ce qui se retrouve dans le verre.
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