01-07-2026

Un nouvel accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis est entré en vigueur mercredi, établissant un nouveau cadre pour les échanges transatlantiques qui écarte la menace d’une guerre tarifaire plus large, mais laisse les vins et spiritueux européens soumis à un droit de douane américain de 15 %, que les producteurs espéraient éviter.
L’accord permet aux biens industriels américains d’entrer sur le marché européen en franchise de droits, tandis que Washington applique une taxe de 15 % à la plupart des produits européens. L’accord avait été conclu il y a près d’un an par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et le président Donald Trump, afin d’éviter le droit de douane de 25 % qu’il avait menacé d’imposer au début de sa confrontation commerciale avec l’Europe.
Son entrée en vigueur est intervenue seulement quelques jours avant une échéance fixée au 4 juillet par Trump pour que l’Union européenne évite de nouveaux droits de douane. Le calendrier coïncide également avec les célébrations du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance aux États-Unis.
L’accord avait été retardé à deux reprises par le Parlement européen. Le premier blocage est intervenu en janvier après que Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays européens ayant envoyé un petit nombre de soldats au Groenland lors d’un différend territorial sur l’île. Le second a eu lieu en février après que la Cour suprême des États-Unis a jugé illégaux les droits de douane mondiaux que Trump avait imposés unilatéralement à plus de 100 pays. Les députés à Strasbourg ont ensuite approuvé l’accord après avoir négocié des garanties avec les 27 États membres, qui permettraient à Bruxelles de le suspendre si Washington ne respecte pas ses engagements.
Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne pour le commerce, a déclaré mardi que Bruxelles allait désormais travailler avec Washington afin de veiller à ce que tous les engagements pris en août dernier soient exécutés « fidèlement et intégralement ». L’accord a été publié au Journal officiel de l’Union européenne la veille de son entrée en vigueur.
En vertu de ces garanties, l’Union européenne peut suspendre l’accord si les États-Unis en violent les termes, si les préférences tarifaires accordées aux biens américains entraînent une hausse des importations susceptible de causer un préjudice grave à l’industrie européenne, ou si Washington ne réduit pas à 15 % les droits de douane sur l’acier et l’aluminium. L’accord doit expirer le 31 décembre 2029, même si la Commission peut proposer une prolongation.
Pour les industries européennes du vin et des spiritueux, l’accord est perçu moins comme une victoire que comme une mesure de limitation des dégâts. Il écarte le risque immédiat d’une escalade plus brutale, mais il entérine aussi un niveau de droits de douane que les exportateurs avaient demandé à Bruxelles de supprimer.
Cette distinction compte, car les États-Unis restent le marché étranger le plus important pour le vin européen. Le Comité Européen des Entreprises Vins, ou CEEV, a indiqué que l’Union européenne avait exporté pour 4,88 milliards d’euros de vin vers les États-Unis en 2024. Le groupe a averti qu’un droit de douane de 15 % réduira les revenus, freinera les investissements et fera baisser les volumes exportés.
Concrètement, ce droit renchérit le coût des bouteilles européennes à un moment où les producteurs font déjà face à une consommation atone sur plusieurs marchés, à des coûts de financement plus élevés et à une pression sur les marges. Les importateurs peuvent absorber une partie de ce coût, mais une partie devrait se répercuter sur les distributeurs, les détaillants, les restaurants et, en fin de compte, les consommateurs. Les cuvées haut de gamme bénéficiant d’une forte notoriété de marque auront peut-être davantage de marge pour répercuter des prix plus élevés. Les vins de milieu de gamme, les vins effervescents à gros volumes, les produits de marque de distributeur et les catégories de spiritueux plus concurrentielles sont susceptibles d’être davantage exposés.
L’accord confirme également que le vin et les spiritueux n’ont pas bénéficié d’une exemption sectorielle. Ce point était déjà devenu clair en août 2025, lorsqu’il avait été établi que les vins européens et les boissons distillées resteraient soumis au droit de douane américain de 15 %. La Commission avait alors reconnu qu’elle continuerait à tenter de négocier des réductions par la suite. L’évolution de mercredi ne réduit pas ces droits. Elle les formalise dans le cadre d’un règlement commercial plus large.
Pour les spiritueux, le revers est particulièrement sensible, car les producteurs plaidaient depuis longtemps pour un retour au système « zéro pour zéro », qui avait largement supprimé les droits de douane sur les spiritueux échangés entre les États-Unis et l’Europe depuis 1997. Le Distilled Spirits Council of the United States a estimé qu’un droit de douane de 15 % sur les spiritueux européens pourrait entraîner plus d’un milliard de dollars de ventes au détail perdues et affecter plus de 12 000 emplois aux États-Unis. Cette estimation reflète à quel point le secteur est profondément intégré entre importateurs, grossistes, bars, restaurants et magasins des deux côtés de l’Atlantique.
La charge ne pèsera pas de manière uniforme selon les catégories. Les grandes maisons de Champagne, les domaines de Bourgogne les plus réputés ou les marques de Scotch bien établies seront peut-être mieux placés pour défendre leurs prix que les producteurs vendant des vins ou des spiritueux à faible marge sur des segments encombrés. Pour de nombreux exportateurs, en particulier les petites exploitations viticoles et les marques de milieu de gamme, le droit de douane devient un coût fixe supplémentaire sur un marché déjà difficile.
Le tableau est quelque peu différent pour les producteurs américains. Le droit de 15 % s’applique aux biens européens entrant aux États-Unis, et non au vin américain expédié vers l’Europe. En contrepartie de l’accès en franchise de droits pour de nombreux produits industriels américains, Bruxelles a également accordé un traitement préférentiel à certains produits agricoles américains, notamment les fruits à coque, les produits laitiers, les fruits et légumes, les aliments transformés, les semences, l’huile de soja, le porc, le bison et les produits de la pêche. Le vin et les spiritueux ne figurent pas explicitement parmi les secteurs bénéficiant de nouveaux avantages directs.
Cela signifie que les producteurs américains de vin ne semblent pas tirer de cet accord lui-même un avantage tarifaire majeur. Leur bénéfice est plus indirect : ils évitent d’être pris dans un cycle plus large de représailles avec l’Europe. Les exploitations viticoles de Californie, de l’Oregon et de Washington restent confrontées à un marché difficile en Europe, où les producteurs locaux dominent les rayons et les cartes des restaurants et où la demande est restée faible dans plusieurs pays.
Les producteurs américains de spiritueux sortent en meilleure position que leurs homologues européens, car leur principale inquiétude était le possible retour des droits de douane de rétorsion de l’UE. Bruxelles avait déjà suspendu les contre-mesures visant les produits américains, y compris le vin et les spiritueux, jusqu’au 6 août 2026. Le nouvel accord réduit le risque politique immédiat de voir ces mesures revenir.
Cela crée un résultat inégal dans le commerce transatlantique des boissons. Les spiritueux européens entrant aux États-Unis sont désormais soumis à un régime tarifaire stable mais coûteux de 15 %. Le bourbon et le whiskey américains ne font pas face à une nouvelle pénalité équivalente à leur entrée en Europe dans le cadre de cet accord. Pour les distillateurs américains, en particulier les producteurs de bourbon qui se sont retrouvés à plusieurs reprises ciblés lors de précédents différends commerciaux, éviter de nouvelles représailles constitue un gain défensif important, même sans obtenir un accord permanent de droits de douane nuls.
Les organisations professionnelles des deux régions avaient plaidé pour une libéralisation plus poussée que celle qui a finalement été retenue. Mais du point de vue de Bruxelles, les responsables ont présenté cet accord comme un moyen de rétablir la prévisibilité après des mois de menaces et d’incertitude juridique autour de la politique tarifaire de Trump. Pour les exportateurs de produits alimentaires et de boissons disposant de chaînes d’approvisionnement longues et de cycles de vente saisonniers, la prévisibilité peut compter presque autant que les taux de droits de douane affichés en une.
La stabilité n’efface toutefois pas la pression concurrentielle. Une cave française expédiant des conteneurs vers New York ou Miami doit désormais composer avec un droit qui renchérit chaque caisse avant même qu’elle n’arrive dans l’entrepôt d’un importateur. Un producteur espagnol de cava en concurrence avec des vins effervescents nationaux ou des alternatives moins chères venues d’autres pays fait face à des arbitrages de prix plus serrés. Une marque italienne d’apéritif cherchant à développer sa distribution dans les restaurants américains doit intégrer des coûts rendus plus élevés au débarquement, alors même que de nombreux opérateurs de l’hôtellerie-restauration restent prudents dans leurs dépenses.
Pour les importateurs et détaillants américains qui dépendent des étiquettes européennes, ces coûts peuvent réduire l’assortiment ou ralentir les projets d’expansion dans certaines catégories. Les restaurants dotés de cartes de vins du Vieux Monde très fournies peuvent également subir des pressions si les distributeurs augmentent les prix ou réduisent les stocks sur les références qui se vendent plus lentement.
Le message politique plus large de l’entrée en vigueur mercredi est que les deux parties ont choisi la maîtrise plutôt que la confrontation. Mais dans le vin et les spiritueux, cette maîtrise profite davantage à l’une qu’à l’autre. Les producteurs américains gagnent en calme commercial et évitent de nouvelles représailles européennes. Les producteurs européens conservent l’accès à leur plus grand marché d’exportation, mais doivent continuer à en payer le prix à hauteur de 15 %.
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