L’interdiction de l’alcool au Canada frappe les exportations de vin américaines

15-05-2026

Les restrictions ont amputé les ventes au Canada de 343 millions de dollars US, alimentant les tensions avant les négociations commerciales prévues cette année

Les restrictions canadiennes sur l’alcool américain ont porté un coup sévère à l’industrie viticole américaine, en réduisant en un an les exportations vers son premier marché étranger de 343 millions de dollars US et en ajoutant un nouveau point de friction à l’approche des négociations commerciales prévues plus tard cette année.

Les données commerciales du U.S. Census Bureau montrent que les exportations de vin des États-Unis vers le Canada ont chuté de 77 % entre 2024 et 2025, après que les magasins d’alcool provinciaux ont retiré les produits américains des rayons au début de 2025, en réponse aux droits de douane imposés par le président Donald Trump. Ce recul est intervenu alors que les Canadiens s’apprêtaient à entrer dans le long week-end de la Victoria Day, une période qui figure généralement parmi les plus chargées pour les ventes d’alcool.

Pendant des années, le Canada a été le premier acheteur de vin américain. La situation a rapidement changé une fois que la plupart des provinces ont cessé de proposer des étiquettes américaines. Depuis mars 2025, les boissons alcoolisées américaines sont largement absentes des rayons des magasins d’alcool à travers le pays, l’Alberta et la Saskatchewan faisant figure d’exceptions, leurs systèmes de distribution privatisés ayant permis la reprise d’une partie des ventes.

L’impact a été suffisamment important pour figurer à l’agenda commercial. Un récent rapport du gouvernement américain a identifié les restrictions canadiennes sur l’alcool comme l’un des plusieurs dossiers susceptibles de compliquer les négociations, aux côtés de la gestion de l’offre, des règles en matière de marchés publics et de la taxe sur les services numériques. Le rapport indique que Washington continue d’exhorter Ottawa à veiller à ce que l’alcool américain revienne « immédiatement et durablement » sur les marchés provinciaux et territoriaux.

La perte des ventes canadiennes a été plus importante que toute autre baisse des exportations américaines de vin l’an dernier. La deuxième plus forte diminution a concerné la Chine, avec 69 millions de dollars US, ce qui souligne combien le Canada a compté pour les domaines américains. Certains producteurs ont trouvé de nouveaux débouchés ailleurs, notamment en Afrique du Sud, en Belgique, au Japon et aux Émirats arabes unis, mais ces gains sont loin d’avoir compensé ce qui a été perdu au Canada.

Ce revers est aussi survenu à un moment difficile pour la filière. Avant même l’escalade du conflit commercial, les exportations mondiales de vin américain hors Canada avaient reculé de 18 % entre 2022 et 2023. Les vignerons font face à une demande plus faible aux États-Unis comme à l’étranger, à une concurrence accrue des cocktails prêts à boire et des hard seltzers, ainsi qu’à l’évolution des habitudes de consommation qui a éloigné nombre de jeunes consommateurs du vin.

Un rapport publié en 2024 par Silicon Valley Bank indiquait qu’un nombre moindre de consommateurs américains considèrent désormais le vin comme leur boisson alcoolisée préférée. Cette tendance accentue la pression sur une industrie déjà confrontée à l’érosion des marges et au ralentissement des ventes.

Le commerce canadien des boissons alcoolisées a évolué dans le sens inverse. Alors que le vin et les spiritueux américains ont largement disparu de nombreux rayons, les importations de spiritueux canadiens aux États-Unis ont augmenté, y compris pour les whiskies et les cocktails prêts à boire devenus de plus en plus populaires auprès des consommateurs.

Le commerce de la bière était déjà en repli avant le début du conflit actuel, les brasseries locales gagnant du terrain face aux grandes marques multinationales. Au Canada, le nombre de brasseries est passé de 676 en 2017 à 1 165 en 2022 avant de retomber à 1 112 en 2025, selon l’analyste brassicole Jason Foster. Dans le même temps, les brasseurs doivent aussi composer avec la hausse des coûts de production liée aux droits de douane sur l’acier et l’aluminium.

Les effets économiques se font également sentir au Canada. La régie des alcools de l’Ontario a fait état d’une baisse de revenus de 400 millions de dollars dans sa dernière mise à jour, en partie parce qu’elle a perdu environ 70 millions de dollars sur ses ventes à forte marge d’alcools américains. Une partie de cette activité s’est reportée vers les producteurs nationaux, en particulier les vins VQA de l’Ontario, dont les ventes ont fortement progressé.

Les restrictions touchent aussi bien les États démocrates que républicains aux États-Unis, notamment le secteur viticole californien ainsi que les producteurs de bourbon du Tennessee et du Kentucky. Le dossier devrait rester au cœur des discussions commerciales nord-américaines alors que l’accord Canada–États-Unis–Mexique doit être réexaminé cette année.