Le Sénat français approuve des dérogations aux pesticides dans un projet de loi agricole d’urgence

Le vote a rouvert un bras de fer sur des substances interdites et mis à l’épreuve la position du gouvernement avant les négociations de mi-juillet

03-07-2026

Le Sénat français a approuvé une série controversée de mesures sur les pesticides dans le cadre d’un projet de loi agricole d’urgence, en soutenant des dérogations temporaires qui pourraient permettre à nouveau l’utilisation de l’acétamipride et du flupyradifurone dans certains secteurs de culture, tout en renforçant les exigences procédurales imposées à l’agence française de sécurité sanitaire et environnementale.

Le vote a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 juin, lorsque les sénateurs ont ouvert en séance publique le débat sur la législation agricole d’urgence. Selon AGRA, la chambre haute a adopté l’article 2 quater, qui permettrait au gouvernement d’accorder par décret des dérogations pour l’utilisation des deux pesticides dans les secteurs de la betterave, de la cerise, de la pomme et de la noisette.

Les deux substances sont interdites en France mais restent autorisées ailleurs en Europe. La position du Sénat fait suite aux recommandations formulées le 17 juin par sa commission des affaires économiques. Elle place aussi les sénateurs en porte-à-faux avec la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, dont le président a jugé début mai irrecevables des amendements visant une telle réautorisation, au motif qu’ils n’avaient pas de lien direct avec le projet de loi initial du gouvernement.

Le gouvernement français s’est jusqu’ici opposé à l’introduction de l’acétamipride et du flupyradifurone dans la législation. Ce désaccord a accru les risques politiques pesant sur le texte plus large. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a averti que ce différend pourrait compromettre l’ensemble du paquet. « Ce que je crains, c’est que ce sujet soit tellement virulent qu’il puisse faire tomber tout le texte », a-t-elle déclaré, selon l’Agence France-Presse, citée par AGRA.

Le Sénat a également voté, contre l’avis du gouvernement, pour imposer à Anses, l’agence française de santé et de sécurité, des obligations procédurales plus strictes dans le traitement des autorisations de mise sur le marché des produits de protection des cultures et des procédures de reconnaissance mutuelle.

Dans le cadre d’un amendement adopté lors de la séance de nuit, Anses serait tenue d’informer les fabricants lorsqu’elle identifie des « points critiques » susceptibles de conduire à une décision défavorable sur une demande d’autorisation de produit. L’agence devrait aussi inviter les entreprises à fournir des données ou informations complémentaires dans ce que le texte décrit comme un délai raisonnable. AGRA a indiqué que l’un des amendements adoptés émanait du sénateur Vincent Louault, tandis qu’un autre amendement identique avait été présenté par le sénateur Pierre-Antoine Levi, qui a déclaré qu’il avait été élaboré avec le réseau des chambres d’agriculture de France.

Sur la reconnaissance mutuelle, les sénateurs ont également approuvé une mesure obligeant Anses à motiver les refus et à donner aux fabricants la possibilité de soumettre des données complémentaires avant qu’une décision finale ne soit prise.

Un autre volet sensible du projet de loi concerne les aires de captage d’eau potable. Les sénateurs doivent encore achever leurs travaux sur les règles régissant ce que l’on appelle les « points de prélèvement prioritaires », une désignation liée à des mesures de protection autour des sources d’eau potable. Lors d’un point presse le 30 juin, le cabinet de Genevard a indiqué qu’il s’opposait à la définition proposée par les sénateurs de la commission des affaires économiques.

Cette commission était déjà allée au-delà du texte adopté à l’Assemblée nationale. Les députés avaient accepté, avec le soutien du Rassemblement national d’extrême droite, une approche qui exclurait de l’examen la pollution historique liée à des pesticides désormais interdits et intégrerait des mesures de soutien financier. Les sénateurs ont ensuite proposé d’aller plus loin en introduisant un seuil de tolérance pour les points de prélèvement dont la dégradation est principalement liée à des substances désormais interdites, mais où seule une part très limitée de la contamination provient de substances encore autorisées.

Le gouvernement estime que cette approche ne tient pas compte des effets combinés, ou « cocktail », entre pesticides. Malgré cela, l’exécutif n’a pas déposé d’amendement de réécriture lors de la séance publique.

Le projet de loi se dirige désormais vers de nouvelles négociations, une commission mixte de sénateurs et de députés devant se réunir à la mi-juillet pour tenter de régler les divergences entre les deux chambres.

Le débat dépasse les seules grandes cultures, car les changements apportés aux règles d’autorisation des pesticides et à la protection des sources d’eau peuvent avoir des répercussions sur la conformité dans l’ensemble de l’agriculture française, y compris dans les vignobles. Pour les producteurs de vin et les autres entreprises de boissons liées aux paysages agricoles et à l’usage de l’eau, toute évolution des autorisations phytosanitaires ou des normes de captage pourrait, à terme, modifier les coûts, les options de traitement et la planification de la production à long terme.