Les prix des vignobles français repartent à la baisse

Bordeaux mène le repli alors que le marché viticole français fait face aux arrachages de vignes, à une demande plus faible et à un marché foncier atone.

29-05-2026

Les prix des vignobles français ont reculé pour la deuxième année consécutive en 2025, Bordeaux menant une nouvelle fois la baisse, tandis que la filière viticole française continuait de subir la pression des arrachages de vignes, de l’évolution des habitudes de consommation et d’un marché foncier plus faible.

De nouveaux chiffres de Safer, l’organisme foncier français qui suit les transactions agricoles, montrent que le prix moyen des terres viticoles sous appellation protégée en France a baissé de 2,9 % l’an dernier, à 171.400 euros par hectare. Hors Champagne, où les prix restent exceptionnellement élevés, la moyenne a reculé de 6,8 %, à 87.400 euros par hectare.

Bordeaux-Aquitaine a enregistré la plus forte baisse parmi les grandes régions viticoles du pays. Les prix des vignobles y ont chuté de 23,8 % en 2025 après un repli de 18,4 % en 2024, ramenant la moyenne régionale à 77.100 euros par hectare. Dans certaines des appellations les plus connues de Bordeaux, les pertes ont été plus marquées. Pauillac a reculé de 32 % à environ 1,7 million d’euros par hectare, tandis que Margaux a chuté de 43 % à 800.000 euros par hectare.

Safer a indiqué que ce recul reflétait la poursuite des arrachages de vignes et des problèmes structurels plus larges dans la région. Les données pointent vers un marché sous tension, alors que les producteurs sont confrontés à des excédents dans certaines zones, à une demande plus faible et à une pression financière qui pousse certains exploitants à arracher leurs vignes plutôt qu’à replanter.

Toutes les régions viticoles françaises n’ont pas évolué à la baisse. La Bourgogne et la Champagne sont restées relativement fermes. En Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura, les prix moyens des vignobles ont progressé de 3,9 % à 307.500 euros par hectare. La Côte-d’Or a atteint environ 1 million d’euros par hectare, en hausse de 5 %. Les prix des vignobles rouges Premier Cru ont augmenté de 11 %, tandis que les vignobles rouges de la Côte de Beaune ont grimpé de 20 %.

La Champagne a également enregistré une légère hausse. La valeur moyenne des vignobles a progressé de 0,9 % à 1,13 million d’euros par hectare. Dans la Côte des Blancs, les prix ont approché 1,7 million d’euros par hectare après une hausse de 3 %, tandis que les valeurs dans l’Aube sont restées inchangées.

Ailleurs en France, le tableau est contrasté mais globalement orienté à la baisse. L’Alsace a reculé de 5,4 % à 110.700 euros par hectare. Le Rhône et la Provence ont cédé 1 % à 58.100 euros par hectare. Le Languedoc-Roussillon a légèrement fléchi à 14.300 euros par hectare, et le Sud-Ouest a chuté de 28,1 % à 10.300 euros par hectare. La vallée de la Loire a été l’une des rares régions à afficher une hausse, avec +3 % à 52.600 euros par hectare.

Même si les prix se sont tassés dans de nombreuses régions, les ventes de vignobles ont progressé en valeur. Les transactions ont totalisé 1,65 milliard d’euros en 2025, soit une hausse de 16,3 %, avec 19.000 hectares échangés dans toute la France, l’équivalent de 2,52 % du vignoble total. Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura a dominé le pays en valeur des transactions avec 579 millions d’euros, en hausse de 73,7 %, tandis que la Champagne a enregistré 207 millions d’euros de transactions viticoles.

Thierry Bussy, président de la Fédération Nationale des Safer, a déclaré que le marché viticole français était en pratique bloqué et a décrit la période actuelle non pas comme un ralentissement temporaire mais comme une restructuration structurelle. Il a indiqué qu’environ 30.000 hectares de vignes avaient déjà été arrachés en France et qu’une quantité similaire pourrait suivre à mesure que les exploitants s’adaptent à l’évolution de la demande et aux pressions du marché mondial.

Ces chiffres interviennent alors que la filière viticole française fait face à des défis plus larges. La consommation de bière en France a dépassé celle du vin pour la première fois dans l’histoire moderne en 2025, tandis que la consommation mondiale de vin continue de reculer sous l’effet des incertitudes économiques, des changements d’habitudes des consommateurs et des perturbations climatiques.