04-09-2026

Les vignerons champenois en France peuvent acheter davantage de raisins, de moût et de vin au titre de leur enregistrement fiscal existant pour la campagne 2026, après que le gouvernement a relevé le plafond de 5 % à 15 %, mais cette mesure ne modifie pas les règles d’étiquetage figurant sur les bouteilles.
La mesure a été fixée par un arrêté daté du 7 août et publié au Journal officiel le 12 août. Elle est entrée en vigueur le 13 août, à la demande du Comité Champagne le 17 juillet. L’arrêté s’applique à la campagne 2026 dans la région Champagne et modifie certaines dispositions d’un texte de 2017 qui encadre le traitement fiscal des achats de raisins, de moût et de vin.
L’effet pratique est administratif et fiscal. Dans le cadre de 2017, un vigneron qui achetait au-delà de l’ancien plafond de 5 % devait fonctionner avec un second numéro d’accise pour son activité de négociant, ainsi qu’avec une comptabilité et un stockage séparés. En portant le seuil à 15 % pour cette année, le gouvernement permet à certains vignerons confrontés à une petite récolte de s’approvisionner en davantage de raisins ou de vin sans scinder cette activité en un second ensemble de registres d’accise.
Cet assouplissement compte pour les producteurs qui manquent de matière et doivent encore honorer des commandes. Il pourrait aussi avoir une incidence sur les coûts et les décisions d’approvisionnement dans l’ensemble du secteur des boissons en Champagne, car il change la manière dont les producteurs peuvent acheter du raisin et gérer leurs stocks pendant une récolte tendue, sans modifier ce que les consommateurs voient sur la bouteille.
Ce que l’arrêté ne fait pas, en revanche, c’est modifier les codes producteur utilisés sur les étiquettes de Champagne. En Champagne, de petites initiales près du bas de la bouteille identifient la catégorie juridique du producteur. Les plus connues sont RM, pour récoltant-manipulant, et NM, pour négociant-manipulant. Selon les indications de la DGCCRF, l’autorité française de la consommation, et les informations publiées par le Comité Champagne, RM désigne un vin issu de la propre vendange du producteur, tandis que NM désigne une maison qui achète du raisin.
Le nouvel arrêté ne modifie pas ces définitions. Il ne change pas non plus les règles de l’appellation qui encadrent le rendement, l’origine ou la méthode. Cette distinction est au cœur du différend né après la publication de la mesure, car certaines premières interprétations ont traité le plafond d’achat plus élevé comme s’il élargissait aussi ce qu’un vigneron pouvait acheter tout en restant dans la catégorie RM sur l’étiquette.
Les textes officiels indiquent une autre direction. L’instruction d’application de l’arrêté de 2017 précise que le dispositif fiscal ne crée aucune exception aux règles d’étiquetage. Autrement dit, le plafond de 15 % concerne la manière dont les achats peuvent être comptabilisés à des fins fiscales et d’accise. Il ne détermine pas quelles initiales peuvent figurer sur une bouteille.
Cela signifie que la mesure peut alléger les opérations des vignerons, mais qu’elle n’apporte pas de nouvelle information aux acheteurs. Les consommateurs ne verront pas sur l’étiquette si un producteur a utilisé ou non cette faculté, ni s’il n’en a utilisé qu’une partie, au cours d’une année de pénurie de raisins. L’arrêté ne s’accompagne d’aucune obligation de divulgation supplémentaire. Pour les acheteurs qui cherchent à distinguer un Champagne de vigneron d’un Champagne de maison, la signification de RM et de NM reste la même.
Le calendrier explique en partie pourquoi le gouvernement a bougé. Champagne fait face à une petite récolte 2026, et le plafond plus élevé donne aux producteurs davantage de marge pour sécuriser des approvisionnements en dehors de leurs propres vignes tout en restant dans une seule structure d’accise. Dans une région où les prix du raisin sont élevés, cela peut aider certains domaines à continuer à servir leurs clients, même si cela soulève aussi la question de savoir qui peut se permettre d’utiliser la mesure.
La question est devenue plus sensible parce que l’arrêté 2026 n’est pas un cas isolé. Un plafond de 15 % a aussi été appliqué à la récolte 2020, à celle de 2021, puis à celle de 2025. 2026 devient donc la quatrième utilisation du mécanisme depuis l’introduction du cadre de 2017. Ce qui a été présenté à chaque fois comme une réponse exceptionnelle apparaît désormais avec une certaine régularité dans les années de tension sur l’approvisionnement.
Le débat au sein de Champagne a dépassé la seule administration fiscale. En mars, les Vignerons Indépendants de Champagne ont déclaré que le fait d’autoriser les vignerons à acheter jusqu’à 15 % n’apportait pas une réponse complète aux domaines qui mettent eux-mêmes en bouteille et commercialisent leur vin, car les raisins de Champagne achetés sont coûteux. Le groupe a proposé un Besoin Individuel Commercial, ou BIC, un essai de cinq ans qui permettrait aux producteurs qui vendent l’intégralité de leur récolte en bouteilles finies de récolter des raisins en fonction de leurs ventes de l’année précédente, jusqu’à 15 500 kilos par hectare.
Cette proposition a suscité des résistances dans d’autres parties de la filière champenoise. Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons, a déclaré que l’idée était incompatible avec les règles de production actuelles, qui reposent sur un rendement unique pour tous les vignerons et sur le principe selon lequel l’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel. David Chatillon, qui dirige l’Union des Maisons de Champagne, a dit que le concept semblait aller à l’encontre de l’esprit de l’appellation, tout en réservant son jugement jusqu’à ce que la proposition soit pleinement détaillée.
Au regard de ce débat, le plafond d’achat de 15 % fonctionne comme un compromis. Il donne aux vignerons un moyen supplémentaire de continuer à faire circuler le vin vers le marché sans leur permettre de récolter plus dans leurs propres vignes que les vignerons voisins ne sont autorisés à vendanger. Sur le papier, cela préserve le système de rendement collectif de la région tout en offrant une certaine souplesse dans une année difficile.
Mais l’avantage est inégal. La règle est ouverte à tous les vignerons éligibles, mais son utilisation suppose d’avoir les moyens d’acheter davantage de raisins ou de moût de Champagne. Les producteurs les plus solides financièrement peuvent être en mesure de profiter du nouveau plafond, tandis que les exploitations plus fragiles peuvent encore rencontrer des difficultés. Les grandes maisons sont moins directement touchées, car l’achat de raisins est déjà au cœur du modèle de négociant.
Les chiffres de la filière publiés par le Comité Champagne permettent de mesurer ce déséquilibre. La région compte 410 maisons et 16 460 vignerons. Le plafond plus élevé vise surtout le deuxième groupe, en particulier ceux qui mettent eux-mêmes en bouteille et commercialisent leur vin et qui font désormais face à une petite récolte. Pour eux, la mesure peut réduire la paperasse et la complexité du stockage à un moment où chaque kilo disponible peut compter.
Pour les consommateurs, l’effet immédiat est plus discret que ne le laisse entendre le débat politique. Les codes à deux lettres sur la bouteille continueront d’avoir la même signification qu’avant. RM désigne toujours un vin issu de la propre vendange du producteur. NM désigne toujours une maison qui achète du raisin. Le nouvel arrêté modifie le cadre fiscal et opérationnel de certains achats dans la campagne 2026, mais il laisse intact le langage de l’étiquette.
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