Le vin rouge désalcoolisé réduit des marqueurs de la maladie d’Alzheimer chez la souris, selon une étude

Les chercheurs ont attribué les effets les plus marqués aux polyphénols plutôt qu’à l’alcool, soulignant que ces résultats restent précliniques.

21-07-2026

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Le vin rouge désalcoolisé réduit des marqueurs de la maladie d’Alzheimer chez la souris, selon une étude

Une étude publiée dans l’European Journal of Nutrition apporte de nouveaux éléments au débat sur la manière dont l’alimentation et d’autres habitudes de vie peuvent influencer la santé cérébrale avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont constaté que des composés issus du vin rouge réduisaient des marqueurs liés à la pathologie d’Alzheimer dans un modèle murin, les effets les plus marqués étant observés lorsque le vin était désalcoolisé, ce qui suggère que les polyphénols, plutôt que l’alcool, pourraient être à l’origine de ce bénéfice.

Les travaux ont été menés par des chercheurs parmi lesquels Juana I. Mosele, Jose Ignacio Manzano, Patricia Pérez Matute et Maria-Jose Motilva. Ils ont étudié des souris APP/PS1, un modèle animal largement utilisé de l’amyloïdose cérébrale qui développe une accumulation de bêta-amyloïde similaire à l’un des principaux marqueurs de la maladie d’Alzheimer. L’équipe s’est intéressée à la question de savoir si le vin rouge et le vin rouge désalcoolisé pouvaient modifier l’accumulation d’amyloïde dans l’hippocampe, une région du cerveau impliquée dans la mémoire, et si ces changements étaient liés à des variations de métabolites présents dans les selles, une manière d’explorer l’axe intestin-cerveau.

Les chercheurs ont commencé le traitement lorsque les souris avaient 2 mois et l’ont poursuivi jusqu’à l’âge de 8 mois, couvrant la période au cours de laquelle l’accumulation de bêta-amyloïde se développe généralement dans ce modèle. Les animaux ont été répartis en groupes recevant soit de l’eau, soit du vin rouge, soit du vin rouge désalcoolisé ajouté à l’eau de boisson. Un groupe a reçu 1 millilitre de vin rouge par jour, ce que les auteurs décrivent comme approximativement équivalent à 200 millilitres par jour chez l’être humain. D’autres groupes ont reçu 1 millilitre ou 2 millilitres par jour de vin rouge désalcoolisé, soit l’équivalent d’environ 200 millilitres et 400 millilitres par jour chez l’être humain.

Le vin rouge utilisé dans l’étude était élaboré à partir du cépage Graciano et contenait 13,6 % d’alcool avant désalcoolisation. Selon les chercheurs, les versions classique et sans alcool présentaient des profils de polyphénols similaires. À la dose la plus faible, les souris recevaient environ 607 microgrammes par jour de polyphénols totaux issus du vin rouge et environ 535 microgrammes par jour issus du vin rouge désalcoolisé. À la dose sans alcool la plus élevée, l’apport atteignait environ 1 070 microgrammes par jour.

Le principal résultat a été que le vin rouge désalcoolisé abaissait les niveaux de Aβ40 et Aβ42, deux formes de bêta-amyloïde associées à la formation de plaques dans la maladie d’Alzheimer. L’article indique également que le vin rouge réduisait l’accumulation de plaques de bêta-amyloïde dans l’hippocampe du modèle murin APP/PS1. Les auteurs ont indiqué que les mâles semblaient plus sensibles à certains de ces effets que les femelles, tandis que les femelles présentaient des changements métaboliques plus larges en réponse au traitement.

Pour mesurer ces effets, l’équipe a analysé la bêta-amyloïde soluble et insoluble dans le tissu hippocampique à l’aide de tests ELISA et a également examiné les dépôts de plaques par immunohistochimie. En parallèle, elle a réalisé une métabolomique fécale non ciblée par chromatographie liquide à ultra-haute performance couplée à la spectrométrie de masse à temps de vol quadripolaire. Cela leur a permis de comparer les signatures métaboliques entre les souris non traitées et celles ayant reçu du vin rouge désalcoolisé.

L’analyse métabolomique a montré des différences nettes non seulement entre les animaux témoins et les animaux traités, mais aussi entre les mâles et les femelles. Chez les mâles, le traitement était associé à un enrichissement des voies liées aux lipides et aux mitochondries. Chez les femelles, les changements s’étendaient à un ensemble plus large de réseaux, notamment le métabolisme des nucléotides, le cycle de l’acide tricarboxylique et le métabolisme hormonal. Deux métabolites mis en avant par les auteurs, la guanosine et le phénylpropionate d’estradiol, étaient corrélés aux niveaux de Aβ42 chez les femelles, ce qui pointe vers de possibles mécanismes spécifiques au sexe.

L’étude s’ajoute à un corpus croissant de recherches autour du régime méditerranéen, souvent associé à un risque plus faible de déclin cognitif. Les auteurs inscrivent la consommation modérée de vin dans ce schéma alimentaire plus large plutôt que de considérer le vin comme un facteur isolé. Ils estiment que les polyphénols d’origine végétale pourraient influencer la neuroinflammation, le stress oxydatif et le traitement de l’amyloïde, en partie par leurs interactions avec les microbes intestinaux et leurs métabolites.

Dans le même temps, les résultats restent précliniques et ne montrent pas que boire du vin prévient la maladie d’Alzheimer chez l’être humain. Les travaux ont été menés chez la souris dans des conditions de laboratoire contrôlées, et les auteurs décrivent eux-mêmes les effets comme dépendants de la dose et du sexe. Ils soulignent également que le vin rouge désalcoolisé est particulièrement pertinent, car il dissocie l’exposition aux polyphénols de l’apport en alcool.

Cette distinction est importante, car les recommandations de santé publique ont constamment mis en garde contre les risques liés à la consommation d’alcool, notamment le cancer et les maladies du foie. Cette étude ne remet pas en cause ces avertissements. Elle suggère plutôt que certains composés naturellement présents dans le vin rouge pourraient mériter des recherches supplémentaires dans le cadre de stratégies alimentaires personnalisées ou de futures interventions non alcoolisées visant la santé cérébrale.

Les chercheurs estiment que leur approche est novatrice, car elle a testé l’ensemble du mélange de polyphénols présent dans un vrai vin rouge plutôt que de se concentrer sur un seul composé comme le resvératrol. Ils soutiennent que cela reflète mieux la manière dont les aliments sont consommés au quotidien et peut aider à expliquer pourquoi les régimes alimentaires peuvent compter autant que les nutriments pris isolément.

L’article souligne également à quel point ces changements biologiques peuvent commencer tôt. En débutant la supplémentation avant que l’accumulation importante d’amyloïde ne soit installée, l’étude visait à examiner si des composés liés à l’alimentation pouvaient influencer la pathologie au cours d’une phase précoce du développement de la maladie plutôt qu’après l’apparition des symptômes. Ce calendrier s’inscrit dans l’intérêt actuel pour la prévention et la réduction des risques bien avant le diagnostic de démence.

À ce stade, les résultats doivent surtout être considérés comme une étape vers la compréhension des mécanismes plutôt que comme une base pour des conseils cliniques. Ils apportent davantage de précisions sur la manière dont des aliments ou boissons riches en polyphénols pourraient interagir avec le métabolisme et la pathologie cérébrale via l’axe intestin-cerveau, et sur les raisons pour lesquelles les différences entre les sexes pourraient devoir être davantage prises en compte dans les futures recherches sur Alzheimer.

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