Les États les plus touchés proposent moins de soins aux femmes souffrant de troubles liés à l’alcool
Seuls 58,5 % des centres de traitement des addictions proposaient des programmes destinés aux femmes ; 23 États comptaient moins de 10 établissements pour 10 000 femmes.
jeudi 15 octobre 2026
Une nouvelle étude menée aux États-Unis révèle un décalage important entre les régions où les femmes sont les plus touchées par les troubles liés à l’alcool et celles où les programmes de soins sont conçus pour répondre à leurs besoins. Dans de nombreux États où la prévalence est plus élevée, les services spécialisés sont moins nombreux.
L’étude, dirigée par des chercheurs de la Boston University School of Public Health et publiée mercredi dans Substance Use & Addiction Journal, a examiné les estimations des troubles liés à l’alcool chez les femmes dans chaque État, ainsi que la disponibilité de services qui leur sont destinés dans près de 14 000 centres de traitement des addictions pour adultes en 2024. Selon les auteurs, seuls 58,5 % de ces établissements proposaient des programmes adaptés aux femmes.
L’étude a établi que la proportion estimée de femmes souffrant de troubles liés à l’alcool variait fortement selon les États, de 6,2 % dans l’Utah à 12,7 % à Washington, D.C. L’estimation nationale s’élevait à 8 %. Selon l’analyse, tous les États de la Nouvelle-Angleterre, ainsi que plusieurs États de l’Ouest et du Midwest, dépassaient cette moyenne nationale.
Dans le même temps, nombre de ces États offraient un accès limité à des services que les chercheurs estiment particulièrement importants pour les femmes en quête de soins. L’étude a révélé que 23 États et Porto Rico comptaient moins de 10 établissements proposant un traitement destiné aux femmes pour 10 000 femmes adultes souffrant de troubles liés à l’alcool.
L’article met en lumière une évolution que les chercheurs en santé publique suivent depuis plusieurs années. Aux États-Unis, l’écart historique entre les hommes et les femmes en matière d’hyperalcoolisation, de troubles liés à l’alcool et de décès imputables à l’alcool s’est réduit. L’équipe de Boston University a indiqué qu’en 2024, le taux d’hyperalcoolisation des femmes de 18 à 25 ans avait dépassé pour la première fois celui des hommes du même âge.
Selon les chercheurs, cette tendance renforce la nécessité de proposer des modèles de prise en charge qui tiennent compte des obstacles plus fréquents chez les femmes, notamment les contraintes liées à la garde des enfants, la stigmatisation, les traumatismes, les difficultés de transport et les préoccupations liées aux violences conjugales. Or, ces services faisaient souvent défaut. En 2024, seuls 4,6 % des centres de traitement des addictions proposaient un service de garde d’enfants, selon l’étude. Moins de la moitié offraient des soins à distance, une option qui pourrait, selon les auteurs, aider les femmes qui ont des difficultés à se déplacer ou hésitent à consulter en personne.
Les auteurs ont également constaté que, dans de nombreux États où les taux de troubles liés à l’alcool chez les femmes dépassaient la moyenne, les centres de traitement étaient moins susceptibles de proposer des thérapies axées sur les traumatismes, un accompagnement lié aux violences conjugales ou une aide au transport. Selon eux, ces lacunes peuvent compliquer l’accès aux soins pour des personnes déjà confrontées à de multiples contraintes à la maison ou au travail.
Maureen Stewart, auteure principale de l’étude et professeure associée de recherche en droit, politiques et gestion de la santé à Boston University, a déclaré que les résultats témoignaient d’« un besoin considérable de traitements adaptés aux expériences propres aux femmes ». Elle a ajouté qu’une prise en charge mieux adaptée à ces besoins pourrait améliorer l’accès aux soins.
L’analyse s’appuie sur des données nationales et étatiques accessibles au public. Les chercheurs ont estimé, pour chaque État, la prévalence des troubles liés à l’alcool chez les femmes ainsi que la proportion d’établissements proposant des soins qui leur sont destinés. Ils ont également calculé le nombre de ces établissements pour 10 000 femmes adultes souffrant de troubles liés à l’alcool.
Selon Boston University, l’étude est la première à examiner ces différences État par État. Elle a été financée par le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism. Parmi les coauteurs figurent des chercheurs de la Columbia University Mailman School of Public Health et du Grayken Center for Addiction de Boston Medical Center.
Rachel Sayko Adams, coauteure et professeure associée de recherche à Boston University, a déclaré que les disparités entre États soulignaient la nécessité d’une planification locale plutôt que d’une approche nationale unique. L’article avance que les différences de prévalence des troubles liés à l’alcool chez les femmes pourraient s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment les taxes sur l’alcool et d’autres politiques publiques, les attitudes culturelles à l’égard de la consommation, la stigmatisation et les inégalités d’accès aux soins.
Les chercheurs ont également replacé ces résultats dans un contexte social plus large. Ils ont relevé que la consommation d’alcool par les femmes s’était banalisée dans la vie quotidienne et la culture populaire, alors même qu’un nombre croissant d’études associent la consommation d’alcool, y compris modérée, à une hausse des risques de cancer du sein, de maladie du foie, d’idées suicidaires et de problèmes de santé reproductive chez les femmes.
Dans de précédents travaux, certains des mêmes chercheurs avaient établi que les femmes sans enfant à 35 ans présentaient le risque le plus élevé d’hyperalcoolisation et de troubles liés à l’alcool, tandis que les femmes ayant des enfants au même âge restaient elles aussi exposées à un risque accru. Selon les auteurs, les messages diffusés sur les réseaux sociaux et dans la culture populaire, qui présentent l’alcool comme un moyen de se détendre ou de gérer le stress, pourraient contribuer à cette tendance.
Les résultats de l’étude pourraient avoir des implications au-delà des systèmes de santé publique. Alors que les autorités fédérales et étatiques examinent des mesures visant à réduire les dommages liés à l’alcool, ces données pourraient également orienter les initiatives de consommation responsable des entreprises de la bière, du vin et des spiritueux, ainsi que d’autres acteurs du secteur des boissons. Concrètement, cela pourrait se traduire par une attention accrue aux messages de santé destinés aux femmes et par un examen plus poussé des campagnes présentant la consommation d’alcool comme une pratique ordinaire de bien-être ou un moyen de soulager le stress.
L’article présente plusieurs mesures que les États pourraient prendre pour améliorer l’accès aux soins. Il s’agit notamment d’inciter les centres de traitement à proposer des services de garde d’enfants et des soins à distance, et d’imposer aux assurances de couvrir les traitements et les médicaments contre les troubles liés à l’alcool. Les chercheurs ont rappelé que des travaux antérieurs de leur équipe avaient montré que moins de la moitié des régimes Medicaid de soins coordonnés couvraient l’ensemble des médicaments contre les troubles liés à l’alcool approuvés par la Food and Drug Administration.
Ils ont également estimé que les cabinets de soins primaires et les centres de santé mentale devraient jouer un rôle plus important dans le dépistage et le traitement. Selon les auteurs, les femmes souffrant de troubles liés à l’alcool sont plus susceptibles de consulter d’abord dans ces structures pour des problèmes de santé mentale associés que dans un centre spécialisé dans les addictions.
Sage Feltus, première auteure de l’étude et chercheuse associée à Boston University, a déclaré que la garde d’enfants restait l’un des principaux obstacles. Les femmes sont plus souvent les principales responsables de la garde des enfants, a-t-elle expliqué, et beaucoup ne parviennent pas à trouver une solution fiable et abordable pendant leur traitement.
Ces résultats sont publiés alors que les systèmes de santé et les agences des États sont soumis à une pression croissante pour répondre à la hausse des besoins liés à la consommation de substances avec des ressources limitées. Selon les chercheurs, savoir quels États cumulent des taux élevés de troubles liés à l’alcool chez les femmes et un accès plus restreint aux soins pourrait aider les responsables à cibler plus efficacement les financements et les services.
L’étude n’affirme pas que les femmes rencontrent les mêmes obstacles dans tous les États ni qu’elles ont toutes besoin des mêmes programmes. Elle indique toutefois que, dans de nombreuses régions du pays, les capacités de prise en charge n’ont pas été adaptées à l’évolution des risques liés à l’alcool chez les femmes, en particulier dans les régions où la prévalence semble supérieure à la moyenne.