Claudia Tenney présente un projet de loi visant les restrictions canadiennes sur l’alcool américain

Cette mesure obligerait les États-Unis à ouvrir une enquête commerciale, ce qui pourrait ouvrir la voie à des droits de douane de rétorsion en réponse aux interdictions provinciales sur les boissons alcoolisées.

13-07-2026

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La représentante républicaine de New York Claudia Tenney a présenté un projet de loi qui pourrait ouvrir un nouveau front dans le différend commercial entre les États-Unis et le Canada au sujet des boissons alcoolisées, en demandant au Bureau du représentant américain au commerce d’enquêter sur les restrictions provinciales canadiennes visant la bière, le vin et les spiritueux américains.

La proposition, appelée CANADA Act, acronyme de « Combating Attacks on our National Alcoholic Drinks by Allies », n’imposerait pas à elle seule de sanctions au Canada. Elle obligerait en revanche le bureau américain du commerce à lancer une enquête au titre de la Section 301, une procédure formelle utilisée pour déterminer si des politiques étrangères sont déloyales, discriminatoires ou préjudiciables au commerce américain. Si une telle enquête concluait que les mesures provinciales canadiennes violaient les intérêts commerciaux des États-Unis, elle pourrait donner au président des motifs pour imposer des droits de douane de rétorsion ou d’autres restrictions.

Ce projet de loi intervient alors que les tensions restent vives autour de l’accès au marché canadien de l’alcool. Depuis mars 2025, toutes les provinces canadiennes sauf l’Alberta et la Saskatchewan ont retiré l’alcool américain des magasins d’alcool contrôlés par l’État, selon The Drinks Business. Dans ces provinces, les régies des alcools ont cessé de renouveler les références des marques américaines tandis que les détaillants mettaient en avant des alternatives nationales. L’Alberta et la Saskatchewan faisaient exception, car elles s’appuient davantage sur des systèmes de vente au détail privés que sur des monopoles provinciaux de distribution, ce qui a permis aux produits américains de rester disponibles.

Les restrictions canadiennes ont été adoptées après que le président Donald Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur les importations canadiennes quelques semaines après le début de son second mandat en janvier dernier. Cette décision a déclenché un cycle plus large de représailles entre Washington et les gouvernements provinciaux canadiens, l’alcool devenant l’une des cibles les plus visibles.

Tenney représente une circonscription qui comprend la région des Finger Lakes, dans l’État de New York, où les wineries et distilleries dépendent en partie des marchés d’exportation et ont perdu l’accès aux acheteurs canadiens pendant le conflit. Son bureau a présenté la législation comme une réponse aux dommages subis par des producteurs qui n’étaient pas impliqués dans la bataille tarifaire initiale mais en ont supporté les effets.

Les enquêtes au titre de la Section 301 peuvent avoir de lourdes conséquences avant même toute décision finale. La procédure elle-même accroît la pression sur les partenaires commerciaux pour négocier et peut créer de l’incertitude pour les exportateurs, importateurs et distributeurs pendant que l’examen est en cours. Si le bureau américain du commerce concluait que les restrictions provinciales canadiennes constituent des pratiques commerciales déloyales, la Maison Blanche pourrait décider de répondre par de nouveaux droits de douane ou d’autres mesures commerciales.

Cette éventualité compte dans l’ensemble du secteur des boissons, car le Canada est l’un des marchés étrangers les plus importants pour les producteurs américains d’alcool. Les régies provinciales des alcools figurent parmi les plus grands acheteurs mondiaux de boissons alcoolisées, et l’accès aux rayons dans ces systèmes est essentiel pour les wineries, brasseries et distilleries américaines. Un conflit prolongé pourrait accentuer les pertes des producteurs tout en affectant les prix, la disponibilité des produits et les circuits de distribution liés aux magasins d’alcool gérés par l’État.

L’impact financier est déjà visible dans certaines parties du secteur. Brown-Forman, le fabricant de Jack Daniel’s, a indiqué que ses ventes au Canada avaient chuté de 60 % l’an dernier après l’entrée en vigueur des boycotts provinciaux. Des groupes professionnels ont soutenu le projet de loi de Tenney, estimant que les producteurs américains de boissons alcoolisées sont devenus des dommages collatéraux dans un différend alimenté par une politique commerciale plus large.

Emily Pennington, directrice générale de l’American Craft Spirits Association, a déclaré que les distillateurs artisanaux s’étaient retrouvés pris au milieu d’un conflit sans rapport avec leurs activités. Chris Swonger, président-directeur général du Distilled Spirits Council of the United States, a déclaré que les spiritueux américains avaient été retirés des rayons dans une grande partie du Canada pendant près d’un an et demi en raison d’un conflit commercial plus large, extérieur au secteur.

La législation se heurte encore à d’importants obstacles. Elle doit être adoptée par les deux chambres du Congrès avant de pouvoir devenir loi, et rien ne garantit qu’elle progressera. Même si elle était promulguée, elle ne ferait qu’imposer une enquête, et non des représailles immédiates. Toute réponse commerciale éventuelle dépendrait des conclusions des enquêteurs américains et des décisions prises ensuite par la Maison Blanche.

Le différend comporte aussi des complications juridiques et politiques. En vertu de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada, l’alcool circule généralement sans droits de douane en Amérique du Nord. Dans le même temps, The Drinks Business a rapporté que la Cour suprême des États-Unis avait déjà jugé que Trump avait outrepassé ses pouvoirs en imposant les droits de douane initiaux de 25 %, même si certains prélèvements restent en vigueur sur des produits comme l’aluminium et certains biens automobiles.

Pour l’heure, le projet de loi de Tenney ajoute de la pression à une relation déjà tendue entre deux marchés des boissons étroitement liés. Il signale aussi que des élus de régions productrices sont prêts à pousser à une action fédérale plus ferme si les négociations échouent à rétablir l’accès du vin, de la bière et des spiritueux américains dans une grande partie du Canada.

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