L’Union européenne réduit les droits de douane sur les importations américaines dans le cadre d’un nouveau règlement commercial

La mesure ouvre des quotas pour certains produits américains, tandis que Bruxelles conserve le pouvoir de suspendre les préférences si Washington revient en arrière

30-06-2026

Partagez-le!

L’Union européenne a publié un nouveau règlement qui réduit ou supprime les droits de douane sur une série d’importations en provenance des États-Unis et ouvre des contingents tarifaires pour d’autres produits américains, formalisant ainsi une partie d’un cadre commercial négocié après une année de tensions tarifaires de part et d’autre de l’Atlantique.

La mesure, le règlement (UE) 2026/1455, a été adoptée par le Parlement européen et le Conseil le 25 juin et publiée au Journal officiel de l’Union européenne lundi. Elle entre en vigueur le lendemain de sa publication. Le texte juridique précise que cette décision vise à soutenir une relation commerciale plus stable entre l’UE et les États-Unis après une série de mesures tarifaires américaines en 2025 et 2026 qui ont perturbé les flux commerciaux et accru les coûts pour les entreprises européennes.

En vertu du règlement, l’UE fixe à 0 % le tarif douanier commun applicable aux biens industriels en provenance des États-Unis figurant dans une annexe de la loi. Pour un autre groupe de produits, la part ad valorem du tarif ne s’appliquera plus, même si tout droit spécifique lié aux prix à l’importation restera en vigueur. Le règlement ouvre également des contingents tarifaires de l’UE pour certains produits américains, avec application de taux préférentiels dans la limite de ces volumes.

Ces contingents commenceront le 1er juillet 2026 et s’appliqueront par périodes successives de 12 mois. La Commission européenne et les États membres les géreront dans le cadre du système de contingents tarifaires existant de l’UE.

Le règlement découle d’un accord politique conclu le 27 juillet 2025 entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain, puis repris dans une déclaration commune publiée le 21 août 2025. Dans cette déclaration, selon le règlement, Washington s’est engagé à modifier certains droits de douane affectant les exportations de l’UE afin que le taux applicable soit ramené à un plafond général de 15 %. Les États-Unis ont également indiqué qu’ils n’appliqueraient que les droits de la nation la plus favorisée à certains produits de l’UE, notamment le liège, les aéronefs et leurs pièces, les médicaments génériques et leurs ingrédients, ainsi que les précurseurs chimiques.

En contrepartie, l’UE s’est engagée à supprimer les droits de douane sur l’ensemble des biens industriels en provenance des États-Unis et à accorder un accès préférentiel au marché pour un large éventail de produits américains de la pêche et de l’agriculture. Le règlement cite notamment les fruits à coque, les produits laitiers, les fruits et légumes frais et transformés, les aliments transformés, les semences, l’huile de soja, la viande de porc et la viande de bison parmi ces catégories.

Le texte juridique inscrit cet accord dans un contexte économique plus large. Il indique que le commerce bilatéral total entre l’UE et les États-Unis a dépassé 1,6 billion d’euros en 2024, tandis que les stocks d’investissements mutuels représentaient environ 5,3 billions d’euros. Il décrit une intégration économique plus profonde comme stratégiquement importante à un moment où la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine continue d’affecter les intérêts essentiels de sécurité de l’Europe.

Dans le même temps, le règlement précise clairement que Bruxelles ne renonce pas à sa capacité de réaction si Washington change de cap. La Commission se voit conférer le pouvoir de suspendre tout ou partie des préférences tarifaires et des contingents créés par la nouvelle loi si les États-Unis ne mettent pas en œuvre la déclaration commune d’août 2025, en compromettent les objectifs, laissent entendre qu’ils pourraient le faire à l’avenir, ou si des circonstances objectives changent par rapport à celles qui existaient au moment où la déclaration a été faite.

Le texte renvoie directement à l’escalade tarifaire qui a conduit à cet arrangement. Il indique qu’à compter du 12 mars 2025, les États-Unis ont imposé des droits de douane supplémentaires de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les produits dérivés. Le 3 avril 2025, ils ont imposé un droit supplémentaire de 25 % sur les voitures. Le 5 avril 2025, ils ont introduit un droit supplémentaire sur les importations en provenance de tous les partenaires commerciaux, incluant un taux de base de 10 %, avec la possibilité de taux spécifiques par pays remplaçant ce taux de base selon les soldes commerciaux bilatéraux.

Pour l’UE, le taux spécifique par pays annoncé était de 20 %, mais Washington a indiqué le 9 avril 2025 qu’il reporterait ces droits spécifiques par pays de 90 jours tout en maintenant le taux de base de 10 % pour l’ensemble des partenaires. Le règlement note également qu’un droit supplémentaire de 25 % sur les pièces automobiles est entré en vigueur le 3 mai 2025 ; que les droits sur les importations d’acier et d’aluminium ont été portés à 50 % le 4 juin 2025 ; qu’une annonce américaine du 12 juillet 2025 a indiqué que le droit de base de 10 % sur les biens de l’UE serait remplacé par un taux spécifique par pays de 30 % à compter du 1er août 2025 ; et que des droits supplémentaires de 50 % ont été imposés à partir du 1er août 2025 sur les importations de cuivre et les produits dérivés.

Même après l’accord politique de juillet 2025, certains grands différends restaient non résolus. Le règlement précise que le plafond américain de 15 % ne s’appliquait pas à l’acier et à l’aluminium, laissant en place les droits américains de 50 % introduits en 2025. Il ajoute que le département américain du Commerce a annoncé en août 2025 l’ajout de 407 catégories de produits à sa liste de produits dérivés de l’acier et de l’aluminium soumis aux droits de la section 232. Cette liste et la méthode utilisée pour appliquer ces droits ont de nouveau été modifiées le 2 avril 2026.

Selon le texte de l’UE, ces mesures et les exigences administratives connexes ont rendu le commerce transatlantique moins stable et ont eu de graves effets économiques sur les entreprises concernées en Europe et sur leurs travailleurs. Il précise que les petites et moyennes entreprises ainsi que les industries en aval ont été particulièrement touchées, car leur compétitivité sur le marché américain s’en est trouvée affaiblie.

Pour cette raison, le règlement confère à la Commission un autre pouvoir spécifique lié au commerce des métaux. Si, au 31 décembre 2026, les États-Unis appliquent toujours des droits supérieurs à 15 % sur les produits dérivés de l’acier et de l’aluminium importés de l’UE, Bruxelles pourra adopter un acte d’exécution suspendant l’application du présent règlement pour les marchandises relevant des chapitres 72, 73 et 76 de la nomenclature combinée.

La loi comprend également un mécanisme de sauvegarde destiné à protéger l’industrie de l’UE si la baisse des droits ou de nouveaux contingents entraînent une hausse des importations en provenance des États-Unis qui cause ou menace de causer un préjudice grave. Cette sauvegarde peut s’appliquer non seulement à l’industrie manufacturière, mais aussi à l’agriculture.

Ce point compte au-delà de l’industrie lourde, car les changements de droits de douane et d’accès aux contingents peuvent modifier les coûts rendus des produits alimentaires et agricoles entrant en Europe depuis les États-Unis. Pour les entreprises du secteur des boissons, même lorsque le vin ou les spiritueux ne sont pas mentionnés directement dans ce règlement, les évolutions du commerce agricole au sens large peuvent affecter les marchés des ingrédients, les prix en rayon, les stratégies de distribution et la concurrence entre catégories liées aux aliments transformés et aux chaînes d’approvisionnement agricoles.

Le règlement précise que l’origine sera déterminée selon les règles non préférentielles existantes de l’UE jusqu’à ce que des règles d’origine préférentielles spécifiques soient négociées, comme prévu dans la déclaration commune avec Washington.

La Commission a reconnu dans le texte juridique qu’aucune étude d’impact n’accompagnait la mesure et que ses effets économiques sont difficiles à estimer avant sa mise en œuvre. En raison de cette incertitude, Bruxelles indique qu’elle surveillera l’évolution des volumes d’échanges et des valeurs d’importation des produits américains concernés entrant dans l’UE et tiendra le Parlement européen ainsi que les États membres informés.

Un examen plus large est prévu d’ici au 30 juin 2029. D’ici là, la Commission devra présenter une évaluation complète du fonctionnement du règlement et pourra l’accompagner d’une proposition législative si elle souhaite prolonger la mesure au-delà de sa période actuelle.

Le texte souligne également que l’accès au marché de l’UE reste conditionné au respect du droit applicable de l’UE. Tout en présentant ce paquet comme faisant partie d’un effort visant à rétablir la prévisibilité du commerce transatlantique, il laisse ouvertes plusieurs voies de représailles ou de suspension si les négociations s’enlisent ou si l’une des deux parties s’écarte de ce qui avait été convenu l’an dernier.

La lecture vous a plu ? Partagez-la avec d'autres !