Les exportations de vin de Vénétie chutent de 8,4 % au premier semestre 2026
La première région exportatrice de vin d’Italie fait moins bien que le pays de 2,2 points après plusieurs années de croissance
lundi 26 octobre 2026
La Vénétie, première région exportatrice de vin d’Italie, a enregistré une forte baisse de ses ventes à l’étranger au premier semestre 2026, signe supplémentaire des tensions qui pèsent sur le commerce du vin dans certaines des principales régions productrices d’Europe. Selon une analyse de l’agence régionale Veneto Agricoltura, relayée par ANSA, la région a exporté pour 1,32 milliard d’euros de vin entre janvier et juin, soit 8,4 % de moins qu’à la même période un an plus tôt.
Le recul a été plus marqué que la tendance nationale. Les exportations italiennes de vin ont baissé de 6,2 % au premier semestre, soit un résultat inférieur de 2,2 points pour la Vénétie. Sur la base des chiffres arrondis, le repli représente environ 121 millions d’euros de ventes perdues par rapport aux six premiers mois de 2025. Il met fin à plusieurs années de croissance dans la région, qui a néanmoins représenté 36,3 % de la valeur totale des exportations italiennes de vin.
Le poids de la région donne à ces chiffres une portée qui dépasse ses frontières. La Vénétie est la principale plateforme d’exportation du vin italien et un fournisseur majeur de vins effervescents sur les marchés internationaux. Un recul de ses performances peut annoncer un ralentissement de la demande mondiale, une moindre capacité à maintenir les prix, ou les deux, avec des répercussions possibles sur l’ensemble de la filière des boissons, notamment les importateurs, les distributeurs, les détaillants et les producteurs dépendant des vins et des effervescents.
Les tensions étaient déjà apparues en 2025. La Vénétie a exporté 2,93 milliards d’euros de vin l’an dernier, soit 1,1 % de moins qu’en 2024, malgré une hausse de 1,2 % des volumes expédiés. Le prix moyen à l’exportation a reculé de 2,3 %, à 3,64 euros le litre. En clair, la région a vendu davantage de vin, mais en a tiré moins de recettes. Les exportations italiennes de vin ont diminué de 3,4 % en 2025 : le ralentissement ne s’est donc pas limité à la Vénétie, même si le poids de la région rend tout retournement plus visible.
Les données du premier semestre 2026 ne précisent pas quelle part du recul est due à la baisse des volumes et quelle part résulte de la diminution des prix, le rapport ne ventilant pas les résultats les plus récents par type de produit, quantité ou valeur moyenne. La tendance de 2025 laisse toutefois penser que les prix ont joué un rôle majeur. L’étude de Veneto Agricoltura a également évoqué l’évolution des habitudes de consommation et un contexte géopolitique fragile parmi les facteurs de pression sur le marché à l’export.
La composition de l’offre régionale aide à comprendre l’importance des prix. En 2025, les vins tranquilles en bouteille représentaient 49,2 % de la valeur des exportations de la Vénétie, contre 47 % pour les vins effervescents. Les vins tranquilles sont restés globalement stables, avec 1,44 milliard d’euros de recettes, en hausse de 0,5 %, pour environ 3,8 millions d’hectolitres, en progression de 0,6 %. Les effervescents ont connu une évolution moins favorable. Leurs volumes exportés ont augmenté de 0,8 %, à 3,3 millions d’hectolitres, mais leurs recettes ont baissé de 3 %, à 1,38 milliard d’euros, sous l’effet du recul des prix moyens.
C’est un enjeu majeur pour la Vénétie, car les vins effervescents, emmenés par le Prosecco, sont le principal moteur de la croissance des exportations régionales depuis une dizaine d’années. Par rapport à 2016, la valeur des exportations d’effervescents de la Vénétie a progressé de 97,9 % en 2025 et les volumes de 76 %. La catégorie reste importante, mais sa croissance n’est plus aussi rapide et elle semble davantage exposée à la concurrence par les prix. Le rapport du premier semestre ne distingue pas le Prosecco, mais les chiffres globaux des effervescents suggèrent que vendre davantage de bouteilles ne suffit pas nécessairement à préserver les recettes lorsque les acheteurs font pression sur les prix.
Les exportations de la Vénétie restent également concentrées. En 2025, la région a vendu du vin dans environ 150 pays, mais 20 marchés ont généré près de 89 % de la valeur des exportations. Les États-Unis étaient la première destination, avec 21,6 % de cette valeur, soit plus de 633 millions d’euros. Suivaient l’Allemagne, à 437 millions d’euros, et le Royaume-Uni, à 369 millions. Cette concentration expose les producteurs aux variations de la demande dans un petit nombre de grands marchés. Parallèlement, certaines destinations d’Europe de l’Est ont connu une forte croissance au cours de la dernière décennie. L’Ukraine et la Slovaquie ont intégré le top 20 des marchés de la Vénétie, avec des valeurs d’exportation en hausse respective de 467 % et 384 % par rapport à 2016.
La faiblesse des exportations de la Vénétie s’inscrit dans un contexte où l’Espagne fait également état d’une année difficile pour ses ventes de vin à l’étranger, même si les données portent sur une période et une structure de marché différentes. Selon les chiffres de l’Agence fiscale espagnole analysés par l’Organisation interprofessionnelle du vin d’Espagne (OIVE) et relayés par Mercados del Vino, l’Espagne a exporté 115,7 millions de litres de vin pour une valeur de 175,8 millions d’euros en août 2026, en baisse de 8,2 % en valeur et de 13,7 % en volume par rapport à août 2025. Ce résultat mensuel représente une baisse de recettes de 15,7 millions d’euros et un recul des volumes de 18,4 millions de litres.
Les chiffres cumulés de l’Espagne depuis le début de l’année restent également négatifs. De janvier à août, les exportations de vin ont totalisé 1,7718 milliard d’euros, soit 6,8 % de moins qu’à la même période en 2025, tandis que les volumes exportés ont reculé de 13,9 %, à 1,1247 milliard de litres. En valeur absolue, l’Espagne a exporté 181,4 millions de litres de moins et réalisé 128,7 millions d’euros de recettes en moins que durant les huit premiers mois de l’année précédente. Sur les 12 mois glissants de septembre 2025 à août 2026, les exportations espagnoles de vin ont baissé de 6,3 % en valeur, à 2,7709 milliards d’euros, et de 10,8 % en volume, à 1,7262 milliard de litres.
Les données espagnoles révèlent des tensions dans plusieurs catégories. Les vins sous appellation protégée ont enregistré le plus fort recul en valeur au cours des huit premiers mois, avec des recettes en baisse de 56,3 millions d’euros, soit 7,4 %, et des volumes en recul de 11,6 %. Les vins en vrac ont affiché la plus forte baisse en volume, avec 140,9 millions de litres de moins, soit un recul de 18,3 %, et des recettes en baisse de 11,3 %. Les vins effervescents ont également fléchi, avec une diminution de 7,4 % de leur valeur à l’export et de 7,6 % de leurs volumes. À l’inverse, les vins de cépage en bouteille et les vins en bag-in-box ont progressé à la fois en valeur et en volume.
L’évolution des débouchés espagnols témoigne aussi d’une demande qui se déplace. Le Royaume-Uni a devancé les États-Unis comme premier marché des vins tranquilles espagnols conditionnés dans des contenants de moins de deux litres, hors effervescents. Pour les vins en vrac, l’Allemagne est restée le premier marché, devant la France, où les achats de vin espagnol ont connu le plus fort recul au cours des huit premiers mois de l’année. Le Portugal a dépassé l’Italie et la Côte d’Ivoire pour devenir la troisième destination des vins espagnols en vrac, avec des volumes en hausse de 6,9 % et une valeur en progression de 15 %.