Le secteur viticole espagnol entre dans la vendange 2026 avec la plus faible superficie viticole jamais enregistrée

Un nouveau rapport indique que la consommation intérieure a reculé de 7,2 % et que les recettes à l’export ont chuté de 5,4 %, accentuant la pression sur les producteurs.

jeudi 17 septembre 2026

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L’industrie viticole espagnole s’apprête à entrer dans la vendange 2026 avec une consommation intérieure en baisse, des exportations plus faibles et la plus petite superficie viticole jamais enregistrée, selon le rapport 2026 sur le secteur du vin publié le 14 septembre par AgroBank et Agrifood Comunicación. Le rapport décrit un marché dans lequel la baisse des récoltes a contribué à contenir les stocks, mais où le recul des ventes oblige les producteurs à se concentrer autant sur l’adéquation de l’offre à une nouvelle demande que sur la gestion des volumes.

La consommation de vin en Espagne est tombée à 9,1 millions d’hectolitres entre juillet 2025 et juin 2026, soit 7,2 % de moins que sur la période de 12 mois précédente. Ce niveau n’est que légèrement supérieur au creux historique de 8,8 millions d’hectolitres enregistré entre mars 2020 et février 2021, pendant la pandémie. Le marché intérieur est désormais resté sous les 10 millions d’hectolitres pendant deux années consécutives, ce qui souligne à quel point l’industrie dépend des acheteurs étrangers.

Les exportations, cependant, perdent elles aussi en vigueur. Entre juin 2025 et mai 2026, les exportations espagnoles de vin ont généré 2,794 milliards d’euros, en baisse de 5,4 % sur un an et nettement en dessous du record annuel de 3,08 milliards d’euros. Le volume exporté a reculé de 8,6 %, à 17,53 millions d’hectolitres, prolongeant une tendance baissière amorcée en 2021.

La baisse s’est poursuivie au cours des quatre premiers mois de 2026. De janvier à avril, les recettes à l’export ont totalisé 1,326 milliard d’euros et les ventes ont atteint 840 millions de litres, contre 1,445 milliard d’euros et 997 millions de litres sur la même période de 2025. AgroBank et Agrifood Comunicación ont évoqué les guerres, l’incertitude et les hausses de droits de douane dans certains pays comme facteurs possibles derrière la faiblesse des chiffres du commerce extérieur.

Le ralentissement a touché plusieurs catégories à la fois. Les vins conditionnés en appellation d’origine protégée ont perdu 55,06 millions d’euros de chiffre d’affaires sur la période janvier-avril, soit une baisse de 9,4 %, tandis que les volumes ont reculé de 15,04 millions de litres, ou 13 %. Le chiffre d’affaires du vin en vrac a chuté de 38,87 millions d’euros, en baisse de 13 %, et les volumes ont diminué de 124,98 millions de litres, soit 21,1 %. Les vins effervescents ont eux aussi reculé, avec une valeur en baisse de 8,4 % et un volume en baisse de 8,8 %.

Quelques segments ont évolué dans le sens inverse. Les vins de cépage conditionnés ont progressé de 10,8 % en recettes d’exportation et de 3,8 % en litres vendus. Les vins bag-in-box ont augmenté de 7,1 % en valeur et de 6,9 % en volume. Les vins semi-effervescents ont affiché une hausse de 2 % du volume exporté, même si les recettes ont encore reculé de 4,1 %. Le schéma montre que la pression ne se limite ni à un seul type de produit ni à une seule gamme de prix.

Le cava, l’un des vins effervescents les plus connus d’Espagne, a lui aussi enregistré une année plus faible. Les ventes sont tombées à 190 millions de bouteilles en 2025, contre 218 millions en 2024, soit un recul de 13 %. L’appellation regroupe environ 370 caves et près de 7 000 viticulteurs, et elle revêt une importance particulière sur les marchés européens à l’export. Le rapport attribue le repli en partie à des changements structurels et actionnariaux dans les grandes entreprises, ainsi qu’à une concurrence étrangère plus forte.

Les difficultés du marché surviennent alors que l’empreinte viticole de l’Espagne continue de se réduire. La superficie consacrée à la viticulture est tombée à 903 170 hectares en 2025, en baisse de 1 % sur un an et au plus bas de la série historique. Cela représente un recul de 5,8 % par rapport à il y a dix ans et de 18,2 % par rapport à 2005. Le repli est régulier depuis 10 ans.

Le total pourrait encore diminuer si les propositions visant à arracher des vignes à La Rioja aboutissent. Ces propositions ont été avancées comme moyen de réduire la production et de diminuer la quantité de vin conservée en barriques. Une telle mesure approfondirait un ajustement qui est déjà en train de remodeler une activité présente sur l’ensemble du territoire espagnol.

La Castille-La Manche reste de loin la principale région viticole, avec 428 778 hectares, soit 47,5 % du total national. Elle est suivie de la Castille-et-León avec 85 210 hectares, de l’Estrémadure avec 73 343, de la Catalogne avec 55 194, de la région de Valence avec 55 019 et de La Rioja avec 46 856. Des vignobles sont présents dans les 17 communautés autonomes et dans plus de 40 % des communes espagnoles.

Le rapport indique que la fragmentation constitue l’une des principales faiblesses économiques du secteur. L’Espagne compte plus de 532 000 exploitations viticoles. Environ 70 % couvrent moins d’un demi-hectare, et seulement 4 % dépassent 10 hectares. Les femmes dirigent 30 % de ces exploitations. L’étude estime que l’agrandissement des exploitations est l’un des changements nécessaires pour améliorer la rentabilité.

Alors que la superficie totale viticole diminue, l’irrigation devient plus courante. Les vignobles irrigués représentent désormais 40,8 % du total, tandis que 59,2 % restent en sec. En Castille-La Manche, environ la moitié des vignobles sont irrigués. La production biologique progresse aussi et couvre désormais 164 861 hectares, soit 18,25 % de la superficie viticole nationale.

Les cépages rouges occupent encore une part légèrement supérieure des vignobles espagnols à celle des cépages blancs, avec 53 % contre 47 %. Le Tempranillo et l’Airén restent les cépages dominants, chacun couvrant près de 200 000 hectares. Côté production, l’Espagne comptait 3 868 caves en 2024, dont environ 600 coopératives. Le pays comptait aussi 138 labels de qualité, dont 104 appellations d’origine protégée et 34 indications géographiques protégées.

Le rôle économique du secteur va au-delà des vignobles et des caves. Les estimations citées dans le rapport évaluent la valeur ajoutée du secteur à 20,33 milliards d’euros, soit 1,9 % du produit intérieur brut espagnol, et son impact sur l’emploi à environ 370 000 postes, équivalant à 2 % de l’économie. La viticulture représente 11 % de cette valeur ajoutée, la vinification 29 % et la commercialisation 60 %.

Le rapport relie aussi les vignobles aux tendances démographiques dans les petites communes. Citant des données de l’Organisation interprofessionnelle du vin d’Espagne, il indique que les communes de moins de 2 000 habitants et dotées de vignobles ont vu leur population augmenter de 35,8 % au cours des deux dernières décennies. Les communes comparables sans vignobles ont perdu 9,6 % de leur population sur la même période.

La production reste en deçà des normes récentes. L’Espagne a produit 28,7 millions d’hectolitres de vin en 2025, soit 6,8 % de moins qu’en 2024 et en dessous de la moyenne de 34,68 millions d’hectolitres des cinq campagnes précédentes. Si l’on inclut le moût de raisin, la production totale de la campagne 2025/2026 s’établissait à 32,95 millions d’hectolitres au 30 juin, en baisse de 10 % par rapport à la campagne précédente.

Des récoltes plus faibles ont aidé à réduire la pression sur les stocks. Au 30 juin 2026, l’Espagne détenait 33,44 millions d’hectolitres de vin et de moût en inventaire, soit 0,6 % de moins qu’un an plus tôt et 10 % sous la moyenne des cinq dernières années. Les stocks de vin blanc ou de moût blanc totalisaient 15,6 millions d’hectolitres, tandis que ceux de vin rouge et rosé s’élevaient à 17,8 millions.

Parmi les producteurs détenant plus de 1 000 hectolitres, la Castille-La Manche affichait les plus gros stocks, avec 11,21 millions d’hectolitres. La Catalogne suivait avec 4,49 millions, La Rioja avec 4,15 millions, la Castille-et-León avec 2,84 millions et l’Andalousie avec 2,65 millions.

Pour la vendange 2026, l’Organisation interprofessionnelle du vin de Castille-La Manche prévoit que l’Espagne produira environ 34 millions d’hectolitres de vin et de moût, légèrement plus que lors de la campagne précédente. La Castille-La Manche devrait contribuer à hauteur d’environ 19 millions d’hectolitres, contre 19,2 millions l’année précédente. AgroBank et Agrifood Comunicación ont indiqué qu’une récolte modérée et des stocks contenus devraient aider à maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande.

Cet équilibre n’est pas le même pour toutes les catégories. La demande se déplace vers les vins blancs, les styles plus frais et plus fruités, les vins jeunes et les vins à plus faible teneur en alcool, tandis que les rouges classiques élevés en fût perdent du terrain. Ce changement tend à favoriser la Castille-La Manche et complique davantage la situation de régions comme La Rioja, où les vins crianza, reserva et gran reserva pèsent davantage.

Le déplacement se voit aussi dans les données de production. Les vins blancs représentaient 57 % de la production en 2024, contre 47 % en 2019. Les vins rouges et rosés sont passés de 53 % à 43 % sur la même période. Les producteurs ne peuvent pas s’adapter instantanément, car les décisions de plantation engagent les vignobles sur des variétés particulières pendant des années, alors même que les goûts des consommateurs évoluent plus vite.

Les prix envoient des signaux contrastés. Lors de la semaine du 17 au 23 août, le prix moyen du vin blanc s’élevait à 42,97 euros par hectolitre, en baisse de 15,31 % par rapport à la même semaine de la campagne précédente, selon les données du ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation. Malgré tout, ce prix restait supérieur de 5,81 % à la moyenne des cinq campagnes précédentes.

Le vin rouge s’établissait en moyenne à 49,64 euros par hectolitre sur la même semaine, soit 8,79 % de plus qu’un an plus tôt et 21,14 % au-dessus de la moyenne des cinq campagnes. La moyenne de la campagne 2026/2027 à cette date atteignait 50,11 euros par hectolitre, 11,93 % de plus qu’un an plus tôt et 22,74 % au-dessus de la moyenne des cinq campagnes précédentes. Ces hausses interviennent après des niveaux de prix particulièrement faibles lors des campagnes antérieures.

Le changement climatique ajoute une autre couche de pression. Le rapport souligne la sécheresse, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’avancement des vendanges comme contraintes croissantes pour les producteurs. Il indique que la recherche de variétés mieux capables de résister au manque d’eau et aux fortes températures devient un facteur clé dans les décisions de plantation, et il note que le réchauffement favorise aussi un déplacement progressif des vignobles vers des zones plus septentrionales.

La grande diversité de caves et de labels du secteur offre aux consommateurs un large choix, mais elle rend aussi l’offre espagnole plus difficile à identifier sur le marché. Le rapport indique que le vin fait également face à une concurrence plus forte de boissons plus standardisées, en particulier la bière, qui peut souvent atteindre plus facilement les consommateurs grâce à la publicité. Les producteurs cherchent ainsi à s’adapter non seulement à une demande plus faible, mais aussi à des évolutions plus rapides des styles, des formats et des habitudes d’achat, tandis que les décisions de long terme sur les cépages restent verrouillées pour des années.

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