Une étude montre que des vignes de Cabernet développent une mémoire de la sécheresse

Des stress hydriques répétés ont aidé des vignes chiliennes de Cabernet Sauvignon à utiliser l’eau plus efficacement et à rebondir plus vite après la reprise de l’irrigation

07-07-2026

Une nouvelle étude sur des vignes de Cabernet Sauvignon cultivées dans la zone aride du Chili a mis en évidence des signes selon lesquels des vignes exposées à des sécheresses répétées pourraient développer une forme de « mémoire du stress », les aidant à utiliser l’eau plus efficacement et à mieux se rétablir lorsque l’irrigation reprend.

Les résultats ont été publiés par IVES OpenScience dans un résumé étendu présenté dans la série de conférences GiESCO 2017. L’étude était dirigée par Denisse Zamorano et ses collègues de l’Université du Chili et de l’Université de La Serena.

Les chercheurs ont examiné des vignes de Cabernet Sauvignon âgées de trois ans, irriguées au goutte-à-goutte et cultivées dans des conteneurs d’un mètre cube dans une zone aride du Chili. Ils ont comparé trois traitements au cours de la deuxième saison de croissance : un témoin bien irrigué, un groupe soumis à une seule sécheresse, confronté à 40 jours de sécheresse estivale uniquement lors de la deuxième saison, et un groupe soumis à une double sécheresse, confronté à 60 jours de sécheresse estivale la saison précédente puis à 40 jours supplémentaires lors de la deuxième saison.

La question centrale était de savoir si les vignes peuvent conserver une mémoire physiologique d’un stress hydrique antérieur et réagir différemment lorsque la sécheresse revient. Selon le résumé, les exemples de ce type de mémoire restent limités dans la recherche sur les plantes et n’avaient pas été documentés chez les cultures pérennes de la même manière avant ces travaux.

Pendant la deuxième période de sécheresse, les vignes ayant déjà subi un épisode de sécheresse ont obtenu de meilleurs résultats sur plusieurs indicateurs que celles y étant confrontées pour la première fois. Les plants soumis à une double sécheresse ont affiché une efficacité d’utilisation de l’eau plus élevée que les plants soumis à une seule sécheresse tout au long de la journée, avec l’avantage le plus marqué le matin. Les chercheurs l’ont mesurée au moyen de rapports liés à la photosynthèse, à la conductance stomatique et à la transpiration.

Lorsque l’eau a été rétablie, les deux groupes soumis à la sécheresse ont retrouvé un potentiel hydrique du xylème à des niveaux similaires à ceux du témoin bien irrigué. Mais les vignes exposées à des sécheresses répétées ont atteint le taux de photosynthèse le plus élevé après réhydratation. La remise en eau a également déclenché chez ces plants une reprise de croissance plus forte et une activation accrue des mécanismes de transduction de l’énergie, notamment le quenching photochimique et non photochimique, par rapport aux vignes n’ayant subi qu’un seul épisode de sécheresse.

Les auteurs ont relié ces réponses à des changements dans l’architecture et la morphologie de la plante. Ils ont indiqué que ce schéma peut être attribué à une mémoire du stress qui pourrait être bénéfique aux vignes dans des conditions sèches récurrentes.

Ces travaux arrivent alors que les régions viticoles du monde entier font face à une pression de sécheresse plus fréquente et plus sévère liée au changement climatique. Pour les producteurs et pour l’ensemble du secteur des boissons, les résultats suggèrent qu’une exposition répétée à des déficits hydriques contrôlés peut influencer la manière dont certaines vignes affrontent de futures périodes sèches. Cela pourrait, à terme, compter pour les stratégies d’irrigation, la résilience du vignoble et l’approvisionnement en raisin dans les régions où la rareté de l’eau devient un risque de production plus important, même si l’étude n’établit pas de résultats commerciaux directs.

La recherche comporte aussi des limites importantes pour l’interprétation. L’expérience a été menée sur de jeunes vignes en conteneurs plutôt que dans des parcelles de vignoble matures soumises à des conditions commerciales complètes. La publication est un résumé étendu et non un article complet ; elle fournit donc une synthèse concise des méthodes et des résultats, mais pas le même niveau de détail qu’un article complet évalué par les pairs.

Malgré cela, l’étude s’ajoute à un corpus croissant de travaux sur la manière dont les vignes réagissent au stress environnemental au-delà de la simple gestion des dommages immédiats. Plutôt que de considérer chaque sécheresse comme un événement isolé, les résultats laissent entrevoir la possibilité qu’une exposition antérieure puisse façonner les performances ultérieures, du moins dans certaines variétés et dans certaines conditions.

Cette idée est particulièrement pertinente pour la viticulture dans les régions sèches comme certaines parties du Chili, où les décisions d’irrigation sont de plus en plus influencées par la diminution de la disponibilité en eau et par des étés plus chauds. Si de futures études de terrain confirment ces réponses dans des vignobles commerciaux, les producteurs pourraient disposer de meilleurs outils pour prévoir quelles vignes peuvent rebondir plus vite après des pénuries d’eau et comment les programmes d’irrigation déficitaire influencent le comportement à long terme des plantes.

Pour l’heure, l’essai chilien apporte des éléments montrant que la sécheresse récurrente n’a pas simplement affaibli ces vignes de Cabernet Sauvignon. Dans ce cas, le stress antérieur semble les avoir préparées à une réponse plus efficace lorsque la sécheresse est revenue et à une récupération plus forte une fois l’eau de nouveau disponible.