10-08-2026

Certains vignerons français quittent les vignobles des zones les plus chaudes du pays pour repartir plus au nord ou en altitude, estimant que les sécheresses répétées, les fortes chaleurs et la faiblesse des ventes rendent trop risqué le fait de continuer à produire là où ils ont commencé.
Une enquête publiée le 9 août par le média français Vinofutur retrace plusieurs de ces départs, dont celui de Lucile Fouet, arrivée à Berrie, au sud de Saumur dans la vallée de la Loire, en novembre 2025 après deux ans de recherche de foncier. Elle avait travaillé à Latour-de-France, dans les Pyrénées-Orientales, où une grave sécheresse de 2021 à 2025 a bouleversé la vie quotidienne dans les vignes et, par endroits, l’accès même à l’eau.
Mme Fouet a déclaré à Vinofutur qu’elle cherchait un lieu où la terre restait abordable, où l’eau était disponible et où l’on pouvait espérer de la pluie au moins pendant une partie des deux prochaines décennies. Elle voulait aussi éviter de travailler dans l’isolement et recherchait une communauté de producteurs. À Berrie, elle a trouvé 3 hectares, soit environ 7,4 acres, de Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Chenin Blanc exploités en conventionnel. Elle a indiqué qu’il faudrait environ cinq ans pour convertir les vignes à l’approche qu’elle privilégie. Son nouveau domaine s’appelle Les Fruits de la Raison.
Ce qui l’a attirée dans la région, a-t-elle dit, n’était pas le paysage mais les conditions pratiques de production du vin. Berrie est connue pour ses caves troglodytiques, d’anciennes caves souterraines où la température reste relativement stable en hiver comme en été. Dans une période d’étés plus chauds, ce type de régulation naturelle de la température peut réduire le stress pendant la fermentation et le stockage.
Sa raison de quitter le sud était plus directe. À Latour-de-France, a-t-elle expliqué, des amis du métier lui avaient dit qu’il n’y avait pas d’avenir pour le vin là-bas. Le problème ne tenait pas à une seule mauvaise récolte, mais à l’accumulation des chocs. Pendant la sécheresse, elle a décrit une rivière qui s’asséchait, des sols devenus poudreux et des vignes qui ne nourrissaient plus leur bois après le débourrement. Certains villages, a-t-elle dit, ont dû être approvisionnés en eau par camion-citerne. Dans le même temps, la région subissait un ralentissement commercial. Les producteurs faisaient moins de vin et vendaient moins de ce qu’ils produisaient.
Pour la filière vin, des cas comme le sien comptent au-delà du seul drame personnel. Même si le nombre de producteurs qui déménagent reste faible, ils pointent vers une réorganisation plus large susceptible d’influer sur les lieux de production du vin français, sur les exploitations familiales qui survivent et sur la manière dont le marché ajuste, dans le temps, son offre, ses investissements et son style de production.
Vinofutur indique qu’il n’existe pas de chiffres officiels montrant combien de producteurs ont quitté une région viticole pour s’installer dans une autre, et que le phénomène reste à ce stade marginal. À en juger par toutes les indications, davantage de vignerons quittent peut-être purement et simplement le métier que ne déménagent pour recommencer ailleurs. Il n’en reste pas moins que chaque installation ailleurs apporte un signe concret de la pression que le changement climatique exerce sur la viticulture française.
L’enquête cite d’autres départs récents. Angela Weidner et Maxime Aerts ont quitté le Gard après une journée de 2019 où les températures ont atteint 46 degrés Celsius, soit environ 115 degrés Fahrenheit, et où les vignes ont été brûlées sur pied. Ils ont ensuite créé le Domaine des Raisins Suspendus dans les Hautes-Alpes, entre Gap et Briançon, à environ 900 mètres, soit près de 3 000 pieds, d’altitude. Ils ont repris certaines vignes existantes, en ont planté d’autres et ont continué à commercialiser des vins du sud tout en cherchant à stabiliser leur nouvelle exploitation.
M. Aerts a déclaré à Vinofutur que le couple avait décidé de partir lorsqu’il a compris qu’il pouvait encore le faire, à condition de ne pas attendre trop longtemps. Rester, a-t-il dit, aurait signifié s’engager pour des décennies de lutte contre les éléments. Leur déménagement n’était pas présenté comme une solution permanente, mais plutôt comme un répit.
Même là, la pression climatique les a rattrapés. Lors d’une vague de chaleur en juin 2026, les températures dans leurs vignes ont atteint 36 degrés Celsius, soit près de 97 degrés Fahrenheit. M. Aerts a dit que c’était encore environ 10 degrés Celsius de moins que ce qu’ils avaient connu dans le Gard, mais que cela montrait qu’aucune zone n’était totalement protégée. La principale différence, a-t-il dit, est que les nuits restent plus fraîches, ce qui permet aux vignes comme aux travailleurs de récupérer.
Un autre producteur, Patrice Delthil, a quitté Latour-de-France après y avoir produit du vin pendant 20 ans. En 2025, lui et sa femme ont vendu leur domaine à des investisseurs suédois et se sont installés en Bretagne, où il étudie la scène viticole émergente de la région pour un nouveau projet. Il a déclaré à Vinofutur qu’il avait eu le sentiment de devoir choisir entre supporter des conditions qui ne lui semblaient plus viables ou partir avant qu’il ne soit trop tard.
La pression qui sous-tend ces décisions est étayée par des recherches climatiques citées dans l’enquête. Vinofutur renvoie à des projections fondées sur l’indice de Winkler, un système utilisé de longue date qui classe les zones viticoles selon l’accumulation de chaleur. Dans un scénario à fortes émissions, qui entraînerait un réchauffement d’environ 4 degrés Celsius d’ici 2100, une grande partie du vignoble méditerranéen ne relèverait plus des catégories traditionnelles de l’indice. Le Sud-Ouest et la vallée du Rhône atteindraient eux aussi des conditions critiques, selon l’analyse citée, tandis qu’à la fin du siècle les zones les plus favorables à la production de vin de qualité se situeraient au nord de la Loire.
L’article fait aussi référence à une étude publiée en 2024 dans Nature, qui a conclu qu’environ 90% des régions viticoles côtières et de basse altitude en Espagne, en Italie et en Grèce, ainsi qu’en Californie du Sud et dans le centre de l’Australie, ne seraient plus en mesure de produire du vin de qualité avec des rendements économiquement viables si le réchauffement mondial dépasse 2 degrés Celsius. La question centrale de cette recherche n’est pas de savoir si les vignes peuvent survivre dans un climat plus chaud, mais si les producteurs peuvent encore en vivre et maintenir un secteur viticole fonctionnel.
Cette distinction devient plus nette en France. Dans les Pyrénées-Orientales et d’autres zones du sud, les producteurs font face à un stress hydrique répété et à des pertes de récolte. Dans certaines parties de la Loire ou de la Bretagne, le risque climatique peut encore se discuter d’abord en termes de gel de printemps, de pression des maladies ou d’évolution des profils de maturité plutôt qu’en termes de désertification pure et simple. Pour des personnes arrivant du sud, cette différence peut être saisissante.
Mme Fouet a déclaré à Vinofutur que le contraste entre son ancien et son nouveau cadre de travail est frappant. À Latour-de-France, a-t-elle dit, la fermentation allait vite et devait souvent être maîtrisée. Dans les caves souterraines de Berrie, la fermentation est plus lente, peut s’interrompre en hiver et les barriques restent plus stables. Elle a aussi dit avoir été surprise de voir des vignerons de la Loire laisser l’herbe dans les vignes pour contenir les rendements, une idée qui aurait eu peu de sens dans les conditions de sécheresse qu’elle avait connues.
L’article source souligne que les projections climatiques ne sont pas une fatalité et que les producteurs disposent encore d’options, notamment changer de cépages, adapter les pratiques viticoles et diversifier les modèles économiques. Mais pour certains jeunes vignerons, l’adaptation en cours n’est pas seulement technique. Elle est géographique. Ils choisissent où miser les prochaines décennies de leur vie professionnelle et, dans certains cas, cela signifie laisser derrière eux un vignoble historique pour continuer à faire du vin, tout simplement.
Fondée en 2007, Vinetur® est une marque déposée de VGSC S.L. qui a une longue histoire dans le secteur du vin.
VGSC, S.L. est une entité inscrite au registre du commerce de Saint-Jacques-de-Compostelle, Spagna.
Email: [email protected]
Sede e uffici a Vilagarcia de Arousa, Galice.