L’UE offre plus de 50 millions d’euros à l’Arménie après le durcissement des restrictions commerciales russes

Bruxelles prévoit un meilleur accès au marché pour les exportations arméniennes et une aide aux secteurs touchés par les restrictions de Moscou sur les denrées alimentaires, les fleurs et les boissons.

08-06-2026

Partagez-le!

La Commission européenne a indiqué qu’elle préparait un soutien à l’Arménie après ce qu’elle a décrit comme une pression économique russe, comprenant plus de 50 millions d’euros d’aide financière et des mesures visant à faciliter l’entrée des produits arméniens sur les marchés européens, selon des propos de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, après un échange avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Cette annonce intervient alors que la Russie a renforcé ces dernières semaines les restrictions sur plusieurs exportations arméniennes, touchant des produits agricoles et accentuant la pression sur des secteurs qui incluent aussi les producteurs de vin et de brandy. Le différend est devenu un autre signe des tensions politiques plus larges entre Moscou et Erevan, alors que l’Arménie approfondit ses contacts avec l’Union européenne tout en restant membre de l’Union économique eurasiatique.

Ursula von der Leyen a déclaré que le paquet de l’UE comprendrait un soutien financier direct de plus de 50 millions d’euros, des procédures commerciales simplifiées pour les produits agroalimentaires arméniens et une assistance pratique aux secteurs touchés par les mesures russes. Elle a notamment évoqué l’industrie florale arménienne après que la Russie a récemment restreint les importations de fleurs en provenance du pays. Elle a indiqué qu’un chargement de 10 000 fleurs devait arriver en Lettonie le lendemain, d’autres étant attendus par la suite.

Elle a accusé Moscou d’utiliser les liens commerciaux comme outil politique en étendant les restrictions à l’exportation sur les produits arméniens. Ursula von der Leyen a déclaré que l’Europe connaissait bien cette tactique et qu’elle se tiendrait fermement aux côtés de l’Arménie. Elle a ajouté que l’UE poursuivrait ses efforts pour mettre en relation les entreprises et mettre en œuvre les engagements pris lors du récent sommet de la Communauté politique européenne à Erevan.

Selon Ursula von der Leyen, le soutien apporté depuis 2024 dans le cadre du plan européen pour la résilience et la croissance a déjà aidé 7 000 entreprises arméniennes et contribué à la création de plus de 20 000 emplois. Elle a également réaffirmé l’engagement du bloc en faveur d’un plan de partenariat pour les communications convenu avec Erevan lors du sommet et salué la récente restauration des liaisons ferroviaires vers l’Arménie via la Géorgie et la Turquie. L’UE, a-t-elle dit, est prête à soutenir les infrastructures et les points de passage frontaliers à mesure que les connexions régionales rouvrent.

Les deux parties ont également convenu de créer un groupe de travail conjoint UE-Arménie chargé de suivre la mise en œuvre des nouvelles initiatives.

Les restrictions russes se sont étendues au cours des deux dernières semaines. Le 30 mai, Rosselkhoznadzor, le service russe de surveillance agricole, a limité jusqu’à ce qu’une procédure de sécurité des approvisionnements soit mise au point les importations en provenance d’Arménie de tomates, concombres, poivrons, légumes-feuilles et fraises. Plus tôt, le 22 mai, l’agence avait interdit les importations de fleurs dans l’attente d’inspections des exploitations sous serre.

Le même mois, Rospotrebnadzor, l’agence russe de protection des consommateurs, a retiré de la vente certaines eaux-de-vie et certains vins arméniens provenant de plusieurs producteurs et suspendu les importations d’eau minérale Jermuk en raison de problèmes d’étiquetage. Ces mesures ont renforcé chez les exportateurs arméniens le sentiment que des actions réglementaires sont utilisées dans un différend politique plus large plutôt que pour de seules raisons techniques de conformité.

Le ministre russe du Développement économique, Maxim Reshetnikov, a déclaré que les restrictions visant certains produits arméniens ne nuiraient pas aux marchés russes, car les producteurs nationaux couvrent la majeure partie des besoins du pays. Ses propos suggéraient que Moscou voit peu de coût économique interne au durcissement des contrôles sur les importations arméniennes.

Les mesures commerciales se sont déployées dans un contexte de refroidissement des relations entre la Russie et l’Arménie. Alors que l’Arménie reste membre de l’Union économique eurasiatique, elle a accéléré ses échanges avec l’Europe ces derniers mois. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’il était impossible d’être à la fois dans l’orbite de l’UE et dans le bloc eurasiatique. Pachinian a toutefois affirmé qu’une sortie de l’Union économique eurasiatique ne figurait pas à l’ordre du jour de l’Arménie.

Après le sommet de l’Union économique eurasiatique à Astana, la Russie, le Bélarus, le Kirghizistan et le Kazakhstan ont appelé l’Arménie à organiser dès que possible un référendum pour choisir entre l’UE et le bloc eurasiatique. Jusqu’à ce qu’un tel vote ait lieu, Pachinian a déclaré que l’Arménie resterait dans l’union calmement et sans confrontation.

Pour les industries alimentaires et des boissons arméniennes, ce dernier différend comporte des risques commerciaux immédiats. La Russie est depuis longtemps un marché majeur pour les produits agricoles et les boissons arméniens, notamment le vin et le brandy. Toute perturbation peut affecter les expéditions, la trésorerie et la planification de la production des entreprises qui dépendent de l’accès aux consommateurs russes. La promesse de l’UE d’assouplir l’entrée des produits arméniens en Europe pourrait offrir une voie alternative, mais mettre en place de nouveaux circuits de distribution pour des exportations réglementées de denrées alimentaires et de boissons prend généralement du temps.

L’intervention de la Commission montre comment le commerce des produits agricoles et des boissons devient partie intégrante d’une contestation géopolitique plus large autour du futur alignement de l’Arménie. Pour les producteurs confrontés à des expéditions bloquées ou à des inspections renforcées, la question n’est plus seulement celle de l’accès au marché, mais aussi celle du rythme auquel ils peuvent s’adapter si leur principale destination traditionnelle à l’exportation devient moins fiable.

La lecture vous a plu ? Partagez-la avec d'autres !