Liv-ex met en garde : l’En Primeur bordelais face à l’épreuve de la discipline tarifaire

La place de marché des grands vins estime que la campagne 2025 pourrait vaciller si les châteaux relèvent leurs prix de sortie avant le retour de la confiance des acheteurs.

21-04-2026

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Liv-ex Warns Bordeaux En Primeur Faces a Test of Price Discipline

Mercredi, Liv-ex a estimé que Bordeaux En Primeur entrait dans une phase critique, avertissant que la survie à long terme du système dépendait de la capacité des châteaux à résister à la tentation de relever leurs prix avant que le marché ne soit prêt à les absorber.

Dans son Bordeaux En Primeur 2025 Opening Report, la place de marché des grands vins a indiqué que plusieurs années consécutives de baisse des prix après la mise en marché avaient érodé la confiance des acheteurs et amené collectionneurs, négociants et marchands à s’interroger sur le rôle de la campagne. Le rapport souligne que le millésime 2025 est lancé sur un marché qui commence seulement à se stabiliser après trois années consécutives de recul, alors qu’une grande partie des vins reste en correction et que le contexte économique et géopolitique demeure incertain.

Sophia Gilmour, analyste de marché chez Liv-ex, a indiqué que les volumes issus de la campagne végétative 2025 étaient en baisse en raison du stress hydrique, ce qui entraînerait pour les producteurs des coûts plus élevés par bouteille. Selon elle, cela pourrait inciter les propriétés à relever leurs prix si les critiques attribuent de bonnes notes, mais une telle stratégie pourrait se retourner contre elles si les acheteurs continuent de comparer les nouvelles sorties à des millésimes matures moins chers déjà présents sur le marché.

Le rapport précise que Bordeaux reste la première région sur le marché secondaire, avec 35 % de la valeur échangée, même si sa part a fortement reculé par rapport aux niveaux autrefois courants au début des années 2000. Liv-ex indique que la part de marché de Bordeaux s’est stabilisée dans une fourchette de 30 % à 40 % au cours des quatre dernières années, après un long déclin entre 2010 et 2021.

La place de marché estime que son indice Bordeaux 500 semble entrer dans une phase d’évolution latérale, comparable aux années qui ont suivi les sorties très chères des millésimes 2009 et 2010. Ce type d’évolution, souligne-t-elle, ne serait pas spectaculaire mais pourrait contribuer à restaurer la confiance après une correction prolongée.

Liv-ex relève également des signes d’un regain progressif de l’intérêt américain pour Bordeaux. Les données Wine-Searcher montrent davantage de recherches émanant d’acheteurs américains, et Liv-ex indique que les valeurs échangées aux États-Unis se sont réorientées vers Bordeaux au cours des six derniers mois, même si les niveaux d’achat globaux restent inférieurs à ceux observés en mars 2025. Le rapport précise que les droits de douane de 15 % continuent de peser sur la demande pour les millésimes physiques aux États-Unis et rendent les achats En Primeur moins attractifs, puisque les acheteurs doivent s’engager avant la mise en bouteille et l’expédition des vins.

La faiblesse de l’euro face à la livre sterling et au dollar pourrait aider les exportateurs en améliorant le pouvoir d’achat des acheteurs étrangers, estime Liv-ex. Mais elle ajoute qu’un soutien monétaire ne suffirait pas à sauver une campagne si les prix de sortie sont fixés trop haut.

Le rapport cite plusieurs vins pour illustrer l’évolution récente du comportement d’achat sous l’effet des conditions de marché. Il indique que l’indice de prix de marché du Château Lafite Rothschild a reculé de 2,8 % depuis avril 2025 et que les niveaux d’échanges ont diminué de 14,1 % en valeur en 2025 par rapport à 2024. L’indice de La Conseillante a baissé de 6,8 % sur la même période, tandis que celui de Beychevelle a reculé de 2,7 %, avec des niveaux d’échanges en baisse de 27,9 % sur un an en valeur.

Liv-ex estime qu’un des signes les plus nets de tension est venu du millésime 2024, qu’elle décrit comme offrant un rapport qualité-prix inhabituellement intéressant mais restant largement disponible plutôt que rapidement épuisé. Le rapport soutient que les collectionneurs ont été échaudés par des promesses répétées de rendements solides alors que leurs portefeuilles continuaient à perdre de la valeur, et que les négociants ont réagi en réduisant fortement leurs achats ou en se retirant purement et simplement d’En Primeur.

La place de marché affirme que la confiance mettra du temps à revenir, même si la politique tarifaire s’améliore cette année. Elle note que certains négociants ont présenté les 2024 comme offrant un bon rapport qualité-prix, mais qu’après des discours similaires autour des campagnes 2021, 2022 et 2023, nombre d’acheteurs ne prennent plus ces messages au pied de la lettre.

Liv-ex précise qu’aucun rapport officiel sur les rendements 2025 n’a encore été publié, mais que les volumes plus faibles liés au stress hydrique devraient maintenir les coûts de production à un niveau élevé. Elle avertit que si les châteaux pratiquent une politique tarifaire agressive alors qu’il reste encore des stocks invendus issus des millésimes précédents, cela pourrait accentuer la pression sur des entrepôts qui détiennent déjà plusieurs sorties récentes.

Fondée en 2000 et basée au Royaume-Uni avec des activités en France et en Belgique, Liv-ex met en relation plus de 550 entreprises dans 42 pays via sa plateforme d’échange. La société indique que sa dernière analyse s’appuie sur 26 ans de données tarifaires et transactionnelles et comprend plus de 130 éléments d’analyse dans le rapport complet réservé aux membres.

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