09-09-2026
Un tribunal du Mans a condamné le fondateur d’une société d’investissement viticole dans l’ouest de la France pour abus de confiance et fraude fiscale, mais le jugement signifie qu’environ 200 investisseurs particuliers ont peu de chances de récupérer l’argent qu’ils ont placé dans le projet.
L’affaire concerne Château Belmar, un domaine viticole lancé en 2017 dans le nord de la Sarthe, au nord de la ville du Mans. Selon le tribunal, Grégory Russel, 67 ans, et sa compagne, Sidonie Grasset, 57 ans, ont persuadé des particuliers d’investir dans des structures de placement foncier viticole liées au domaine. Il leur avait été indiqué que chaque part leur rapporterait six bouteilles de vin par an.
Le parquet a indiqué qu’une large part des fonds levés n’avait pas été utilisée comme les investisseurs l’avaient prévu. L’enquête a établi que le couple avait retiré quelque 2,5 millions d’euros d’un groupement foncier viticole et près de 560.000 euros d’un second. Les conclusions du tribunal indiquent aussi que le duo a utilisé de fausses factures totalisant plus de 630.000 euros pour justifier des virements vers des sociétés qui ne profitaient qu’à eux, et a commis une fraude fiscale portant sur environ 1,4 million d’euros.
Des articles de presse française consacrés à l’enquête ont fait état de dépenses comprenant des achats personnels de luxe, parmi lesquels une Ferrari et une veste Chanel. Le tribunal a estimé que le couple avait détourné des fonds confiés aux véhicules d’investissement tout en recourant à des montages financiers qui masquaient la destination des sommes.
Le tribunal correctionnel a déclaré Russel et Grasset, absents lors du prononcé du jugement lundi, coupables d’abus de confiance et de fraude fiscale. Russel a été condamné à un an d’emprisonnement sous surveillance électronique, ainsi qu’à trois ans d’emprisonnement avec sursis probatoire. Grasset a écopé d’une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis probatoire.
Pour de nombreux investisseurs, l’essentiel de la décision n’était pas la peine pénale, mais la question du remboursement. Le tribunal a ordonné au couple de rembourser les sociétés impliquées dans l’affaire plutôt que les investisseurs eux-mêmes. Ces sociétés sont désormais en liquidation, ce qui signifie que les personnes qui ont placé leurs économies dans l’opération ne devraient pas récupérer directement leur argent au titre du jugement.
Caroline Roth, avocate représentant 65 parties civiles dans l’affaire, a critiqué ce résultat après la décision. Elle a déclaré que le tribunal avait en substance considéré ses clients comme des investisseurs ayant assumé le risque, alors qu’ils étaient, selon elle, les véritables victimes du montage. Le tribunal a toutefois condamné Russel et Grasset à verser 300 euros à chaque partie civile au titre du préjudice moral, mais ce montant est très inférieur aux sommes perdues par nombre d’entre eux.
Un investisseur, Dominique Cleuet, a déclaré avoir placé 45.000 euros dans le projet et avoir été stupéfait d’apprendre que l’investissement ne serait pas remboursé. Il a dit avoir travaillé toute sa vie pour constituer une petite épargne et se sentir désormais dépossédé. Sa réaction reflétait la frustration plus large des investisseurs qui espéraient que la procédure pénale offrirait une voie directe vers une indemnisation.
Le tribunal n’a pas condamné le couple sur tous les chefs. Russel et Grasset ont été acquittés des accusations de fraude liées à la vente du château et de ses vignes pour 1,7 million d’euros. Le tribunal a estimé que les éléments juridiques nécessaires pour établir cette infraction n’avaient pas été réunis.
Un notaire à la retraite qui avait rédigé l’acte de vente du château a également été acquitté du chef de complicité de fraude. En revanche, le tribunal l’a condamné pour prise illégale d’intérêts après avoir constaté qu’il avait acheté des parts dans l’un des groupements fonciers viticoles concernés. Il a écopé d’une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis.
L’avocat de Russel, Flavien Guillot, a déclaré après le jugement qu’un appel était envisagé, la défense contestant fermement l’affirmation selon laquelle son client s’était personnellement enrichi grâce à l’opération.
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