L’OIV reconnaît le Sémillon Gris comme cépage sud-africain

La décision fait de cette mutation à peau rosée le deuxième cépage officiellement distinct d’Afrique du Sud après le Pinotage.

08-09-2026

L’Afrique du Sud a obtenu la reconnaissance internationale officielle du Sémillon Gris comme cépage distinct, l’Organisation internationale de la vigne et du vin, ou OIV, ayant certifié ce cépage et désigné l’Afrique du Sud comme son pays d’origine.

Cette décision donne un statut formel à un cépage présent au Cap depuis des siècles, mais qui n’avait pas encore été reconnu comme une variété certifiée à part entière dans les registres internationaux. Le Sémillon Gris est une mutation naturelle à peau rosée du Sémillon Blanc. Les producteurs et chercheurs sud-africains estiment qu’il semble, dans sa forme enregistrée, largement propre au pays, même s’il existe des témoignages anecdotiques de vignes en Australie, en Californie et peut-être à Bordeaux.

Cette reconnaissance fait suite à plus de dix ans de travail mené par Andrea et Chris Mullineux, de Mullineux & Leeu Family Wines, qui ont milité pour une certification formelle tout en travaillant avec les autorités de régulation sud-africaines et les services phytosanitaires. Andrea Mullineux a déclaré à Decanter que le processus avait été inhabituellement difficile, car il n’existait pas de système établi pour certifier une mutation locale ancienne qui n’entrait pas dans la filière normale d’importation et de quarantaine utilisée pour les variétés étrangères.

Des boutures provenant d’un vignoble de Paardeberg datant de 1960 ont été prélevées en 2012 puis soumises à une thermothérapie in vitro afin d’éliminer les pathogènes. Le matériel végétal a ensuite été multiplié, évalué et certifié. Ce travail a conduit à la création d’une parcelle mère sur le domaine de Roundstone, dans le Swartland, en 2022. Cette parcelle fournit désormais un matériel sain et certifié, pouvant être planté par des viticulteurs en Afrique du Sud comme ailleurs.

Cette reconnaissance est importante pour le vin sud-africain, car elle donne au pays un deuxième cépage qu’il peut revendiquer comme sien. Le premier est le Pinotage, créé intentionnellement en Afrique du Sud par croisement entre le Pinot Noir et le Cinsault. Le Sémillon Gris est différent. Il n’a pas été sélectionné par un chercheur ni planté comme un croisement planifié. Il est apparu de lui-même, sous la forme d’une mutation spontanée.

Cette distinction a rendu le cépage important pour les viticulteurs et les chercheurs, mais elle a aussi laissé de nombreuses questions sans réponse. Des scientifiques de l’Université de Stellenbosch étudient désormais la mutation en exposant des boutures à différentes conditions de stress, notamment des variations du pH du sol, de la lumière ultraviolette et de la température, tout en recherchant des marqueurs génétiques susceptibles d’expliquer comment la mutation s’est formée et comment elle se comporte dans le vignoble.

Certains points sont déjà plus clairs. Selon les recherches citées par Mullineux, la couleur plus sombre du raisin n’est pas causée par un virus. En réalité, ce sont les vignes exemptes de virus qui produisent la couleur la plus soutenue. Les chercheurs ont également constaté que la mutation semble stable lorsqu’elle est multipliée. Le Sémillon Gris ne revient pas au Sémillon Blanc à la génération suivante de matériel végétal, et il ne semble pas dépendre d’un âge extrême de la vigne pour apparaître ou survivre.

L’histoire du cépage au Cap est ancienne. On pense que le Sémillon est arrivé en Afrique du Sud dans les années 1650, aux tout premiers temps de l’installation européenne et des plantations de vigne au Cap. Pendant une grande partie des débuts de l’histoire viticole du pays, le Sémillon était si répandu qu’on l’appelait souvent simplement groendruif, ou « raisin vert ». Les archives historiques citées dans le reportage de Decanter indiquent qu’en 1822 le Sémillon représentait 93 % des vignobles sud-africains, après être passé d’environ un million de ceps en 1795 à 22 millions.

À cette époque, le Sémillon blanc et la forme à peau rosée qui serait plus tard identifiée comme Sémillon Gris n’étaient souvent pas considérés comme deux cépages distincts. Ils étaient plantés en mélange, vendangés ensemble et foulés ensemble. Des références historiques suggèrent également que le rooi groendruif, ou « raisin vert rouge », a parfois pu être plus répandu que la forme blanche dans certains vignobles.

Cette large présence n’a pas duré. L’épidémie de phylloxéra, qui a ravagé les vignobles de nombreuses régions viticoles à la fin du XIXe siècle, a fortement réduit les anciens plantings sud-africains. Le Sémillon a perdu une grande partie de sa domination passée. En 1979, il ne représentait plus que 3,4 % de la superficie viticole nationale, et le Sémillon Gris n’était même pas सूची à part dans les registres officiels.

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud compte 873,74 ha de Sémillon, y compris des plantations de la mutation gris. Selon des chiffres de la filière cités dans le reportage, le Sémillon Gris commencera à être enregistré séparément dans les statistiques viticoles officielles à partir de 2027, autre signe que son statut passe de curiosité historique à catégorie pleinement définie.

Une partie de la réputation moderne du cépage vient de sa survie dans de vieux vignobles épars, surtout dans les régions du Swartland et de Franschhoek. Des producteurs ont identifié du Sémillon Gris dans plusieurs parcelles historiques, notamment dans d’anciens vignobles de complantation et dans des vignes plantées au début et au milieu du XXe siècle. Pendant des années, ce schéma a alimenté l’idée que la mutation appartenait surtout à de vieilles vignes. Cette idée a ensuite été contestée lorsque la viticultrice Franziska Wickens a planté un vignoble plus jeune à partir de matériel multiplié en 2013, montrant que la mutation pouvait être intégrée à de nouvelles plantations plutôt que d’être découverte seulement dans les plus anciennes.

La volonté d’obtenir un statut officiel a aussi des effets pratiques pour les viticulteurs et les vinificateurs. La certification signifie que les pépinières et les vignobles peuvent travailler avec du matériel de plantation sain et traçable. Elle donne aussi aux producteurs une voie juridique et administrative claire pour mettre en bouteille et commercialiser le vin sous le bon nom de cépage. Avant cela, le cépage évoluait dans une zone grise : connu de certains producteurs, présent dans des vignobles historiques, mais sans la pleine reconnaissance internationale qui permet l’enregistrement officiel et une plantation plus large.

Mullineux & Leeu Family Wines produit déjà du vin à partir de ce cépage. La société a d’abord élaboré un vin appelé The Gris en 2013 à partir du vieux vignoble de Paardeberg, devenu central dans la démarche de certification. Elle a depuis aussi produit du vin à partir de la parcelle mère de Roundstone, même si la production reste faible. Selon le reportage de Decanter, les raisins de ces vignes devraient continuer à entrer dans un assemblage blanc du domaine ainsi que dans des mises en bouteille de cépage en quantité limitée.

Pour l’Afrique du Sud, cette reconnaissance relie la recherche et la réglementation modernes à une histoire viticole bien plus ancienne. Elle donne aussi aux producteurs locaux une revendication plus solide sur un cépage qui faisait depuis longtemps partie du paysage du Cap, mais qui était rarement comptabilisé pour lui-même. Avec du matériel certifié désormais disponible, les futures plantations dépendront probablement de l’intérêt des producteurs, de la demande du marché et des résultats des recherches en cours sur le comportement du Sémillon Gris selon les différents sols et climats.