Un avis juridique estime que la hausse prévue de 20 % de la taxe allemande sur les spiritueux pourrait contrevenir au droit constitutionnel et au droit de l’UE

L’association du secteur des spiritueux affirme que la mesure porterait la taxe sur les spiritueux à 7,9 fois celle sur la bière.

mercredi 16 septembre 2026

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Un avis juridique estime que la hausse prévue de 20 % de la taxe allemande sur les spiritueux pourrait contrevenir au droit constitutionnel et au droit de l’UE

L’association allemande de l’industrie des spiritueux a indiqué mardi qu’un avis juridique qu’elle avait commandé avait mis en évidence de sérieuses préoccupations constitutionnelles et liées à l’Union européenne concernant la hausse prévue de 20 % de la taxe d’accise sur les spiritueux dans le pays, une mesure censée entrer en vigueur le 1er janvier 2027.

L’avis, rédigé par AWB Law GmbH à Münster pour le Bundesverband der Deutschen Spirituosen-Industrie und -Importeure, ou BSI, soutient que cette hausse serait vraisemblablement en conflit avec le principe d’égalité inscrit dans la Loi fondamentale allemande et avec les règles de l’UE sur l’égalité de traitement des produits concurrents. Le BSI a indiqué demander la suppression de cette hausse.

Au cœur du litige se trouve une idée juridique fondamentale : des situations similaires doivent être traitées de manière similaire, sauf raison forte de faire autrement. Le BSI a indiqué que l’avis juridique conclut que la modification fiscale prévue creuserait un écart déjà existant dans la manière dont les boissons alcoolisées sont taxées, sans fournir de motif suffisamment important et juridiquement défendable pour le faire.

Selon le plan décrit par l’association, la taxe sur les spiritueux passerait de 13,03 € à 15,64 € par litre d’alcool pur. L’avis ne remet pas en cause l’existence de systèmes fiscaux historiquement différents pour la bière, les spiritueux et les autres boissons alcoolisées, a précisé le BSI. Son objection est plus ciblée. Les juristes soutiennent qu’élargir encore l’écart, en particulier entre les spiritueux et la bière, exige une justification plus solide que celle avancée à ce stade.

Le BSI a indiqué que l’avis avait converti la taxe sur la bière sur une base comparable et conclu que le ratio de taxation des spiritueux par rapport à la bière passerait à environ 7,9:1 contre environ 6,6:1 si la mesure était adoptée. Selon le groupe, cet écart plus important accroît la charge juridique qui pèse sur l’État pour expliquer pourquoi les spiritueux devraient supporter un niveau d’imposition relatif encore plus lourd qu’aujourd’hui.

L’association a indiqué que l’analyse juridique s’appuie sur la jurisprudence constitutionnelle allemande selon laquelle l’objectif de percevoir davantage de recettes publiques, ou d’assainir le budget, ne suffit pas à lui seul à justifier un traitement fiscal inégal. Si les législateurs veulent utiliser la politique fiscale pour influencer les comportements de santé publique, précise l’avis, cette approche doit également être nécessaire et conçue de manière à respecter l’égalité de traitement.

Le BSI a indiqué que les juristes ont mis en avant plusieurs tendances qui, selon eux, affaiblissent le cas en faveur d’une hausse de la taxe sur les spiritueux. Parmi elles figurent des années de baisse de la consommation de spiritueux, une réduction des comportements de consommation problématique et une baisse de la consommation d’alcool chez les jeunes. L’avis évoque également la possibilité que les consommateurs se tournent vers d’autres produits si une catégorie est davantage taxée, ce qui, selon lui, va à l’encontre de l’idée d’imposer aux spiritueux une charge spéciale supplémentaire.

Le groupe a également souligné ce qu’il décrit comme une tension entre deux objectifs politiques possibles. Si le but est de collecter davantage de recettes fiscales, indique l’avis, une politique conçue pour réduire la consommation peut aller à l’encontre de cet objectif en rétrécissant l’assiette fiscale. Si la politique réduit effectivement les ventes, les recettes baisseraient aussi, ce qui affaiblirait l’argument d’un revenu supplémentaire fiable.

Sur le plan du droit de l’UE, le BSI a indiqué que l’avis soutient que les États membres disposent bien, en vertu des directives européennes, d’une marge de manœuvre pour fixer leurs propres taux d’accise, mais que cette marge n’est pas illimitée. Selon l’association, les juristes estiment que les gouvernements restent tenus par le principe plus large d’égalité de traitement et par l’article 110 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui limite la fiscalité interne discriminatoire applicable à des produits qui se font concurrence. Dans cette lecture, des boissons comparables ne peuvent pas être taxées de manière très différente sans justification objective.

Le BSI a également indiqué que la hausse prévue toucherait plus que les spiritueux traditionnels en bouteille. Les boissons mélangées à base de spiritueux et à teneur relativement faible en alcool seraient aussi concernées, car la taxe est liée à la quantité d’alcool pur contenue dans le produit, et pas seulement au degré alcoolique de la boisson finie. Ce point est important pour les entreprises qui vendent des produits prêts à boire, devenus un segment important du marché des boissons alcoolisées.

La question a des implications directes pour le secteur des boissons, alors que les entreprises préparent leurs prix et leurs contrats pour 2027. Une hausse de 20 % du prélèvement sur les spiritueux pourrait affecter les marges, les prix de gros et de détail, et la planification de la distribution pour les distillateurs, les importateurs, les détaillants et les producteurs de boissons mélangées à base de spiritueux. Elle pourrait aussi modifier les écarts concurrentiels entre les spiritueux et d’autres boissons alcoolisées soumises à des régimes fiscaux différents. Si la mesure est adoptée puis fait l’objet de recours, cela pourrait créer une incertitude supplémentaire tant pour les entreprises qui planifient la production et les ventes que pour les prévisions de recettes de l’État.

Le BSI a indiqué que l’avis juridique apporte un argument juridique distinct aux critiques que l’association a déjà formulées sur des bases économiques et de politique de santé. Angelika Wiesgen-Pick, directrice générale du groupe, a déclaré que l’association ne cherche pas à relever les taxes sur les autres catégories de boissons. Elle a ajouté que la question principale est de savoir si la charge supplémentaire prévue pour les spiritueux est juridiquement soutenable, correctement justifiée et compatible avec le principe d’égalité de traitement.

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