Une étude montre que les viticulteurs italiens empruntent des voies distinctes vers l’agriculture de précision
Les chercheurs estiment qu’un soutien ciblé pourrait être plus efficace, car les exploitants adoptent différents ensembles d’outils numériques.
mercredi 16 septembre 2026

Les viticulteurs italiens n’abordent pas l’agriculture de précision de la même manière, et des politiques fondées sur un modèle unique d’adoption risquent de passer à côté d’une grande partie du secteur, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Precision Agriculture.
L’étude a examiné la manière dont les exploitants de vignobles en Italie adoptent les outils d’agriculture de précision et a constaté que les comportements ne sont pas uniformes d’un viticulteur à l’autre. En s’appuyant sur une analyse en classes latentes, une méthode statistique qui identifie des groupes présentant des schémas similaires, l’étude met en évidence des profils d’adoption distincts plutôt qu’une simple opposition entre utilisateurs et non-utilisateurs. Elle indique aussi que les viticulteurs tendent à adopter différents ensembles de technologies plutôt que de suivre une voie unique et standard.
Cette conclusion est importante, car l’agriculture de précision a souvent été présentée comme si les agriculteurs réagissaient aux mêmes incitations et faisaient face aux mêmes obstacles. Dans la pratique, les entreprises viticoles peuvent présenter de fortes différences de taille, de capacité d’investissement, de compétences techniques, d’objectifs de production et de conditions locales. L’étude suggère que ces différences influencent la manière dont les exploitants évaluent et combinent sur le terrain les outils numériques et fondés sur les données.
L’agriculture de précision désigne généralement l’usage de technologies qui aident les agriculteurs à gérer les cultures à partir de données plus spécifiques à chaque parcelle. Dans les vignobles, cela peut inclure des outils tels que des systèmes de suivi, des cartographies, des capteurs, des plateformes logicielles ou des équipements qui aident à orienter les décisions en matière d’irrigation, de protection des cultures, de fertilisation ou de date des vendanges. L’étude ne présente pas l’adoption comme une décision unique, mais comme un ensemble de choix pouvant varier d’un producteur à l’autre.
En se concentrant sur les viticulteurs italiens, la recherche apporte des éléments nouveaux dans un secteur où la qualité, l’homogénéité et la maîtrise des coûts sont étroitement liées à la gestion du vignoble. Les vignobles font aussi face à des pressions croissantes liées aux contraintes de main-d’œuvre, à la variabilité climatique, au risque sanitaire et aux exigences d’une utilisation plus efficace de l’eau et des intrants agricoles. Dans ce contexte, comprendre pourquoi certains exploitants adoptent certains outils alors que d’autres non présente un intérêt direct tant pour la stratégie des exploitations que pour la politique agricole.
Le recours à l’analyse en classes latentes est important, car il permet aux chercheurs d’aller au-delà des résultats moyens. Au lieu de supposer que tous les agriculteurs réagissent de la même manière aux nouvelles technologies, la méthode regroupe les observations en ensembles partageant des caractéristiques ou des comportements communs. Dans ce cas, l’approche a mis en évidence des schémas d’adoption hétérogènes chez les viticulteurs, ce qui signifie que le marché des outils de précision en viticulture est plus segmenté que ne le laissent souvent entendre les grands débats sur l’« agriculture numérique ».
Cela a des conséquences pratiques pour les pouvoirs publics, les organisations professionnelles, les services de conseil et les entreprises technologiques. Si les exploitants relèvent de profils d’adoption différents, les mesures de soutien peuvent être plus efficaces lorsqu’elles sont ciblées sur ces profils plutôt que proposées sous la forme d’un ensemble large et uniforme. Les incitations financières peuvent compter davantage pour certains exploitants viticoles, tandis que la formation, l’assistance technique ou les démonstrations sur le terrain peuvent être plus importantes pour d’autres. Les résultats de l’étude suggèrent aussi que les stratégies de déploiement technologique peuvent mieux fonctionner lorsqu’elles tiennent compte du fait que certains exploitants adoptent des ensembles d’outils, et non des dispositifs isolés.
Pour la filière vin, cela pourrait avoir des effets plus larges au-delà du seul vignoble. Le raisin est la principale matière première de la vinification, si bien que la manière dont les vignobles adoptent les outils de précision peut influencer la fiabilité des approvisionnements, les coûts de production et, potentiellement, l’homogénéité de la qualité des raisins. Des dispositifs d’incitation et de formation mieux conçus pourraient, à terme, aider les caves et les viticulteurs à mieux converger sur l’usage des données, les objectifs de durabilité et la performance du vignoble. Ces résultats ne sont pas garantis, mais l’étude souligne l’intérêt d’adapter les programmes technologiques aux comportements réels observés sur le terrain plutôt que de s’en remettre à une approche uniforme.
Les conclusions peuvent également être utiles aux entreprises qui vendent des logiciels agricoles, des capteurs, des systèmes d’imagerie et d’autres technologies pour le vignoble. Un marché composé de plusieurs profils d’adoption nécessitera probablement des approches commerciales, des modèles de tarification et des niveaux de service différents. Certains exploitants peuvent être prêts pour des systèmes intégrés, tandis que d’autres préféreront d’abord des outils limités répondant à un problème précis. Cette distinction peut influer sur la vitesse de diffusion des produits et sur leur capacité à produire des résultats mesurables après l’achat.
L’étude paraît alors que les régions viticoles d’Europe et d’ailleurs subissent une pression croissante pour se moderniser tout en maîtrisant les coûts. L’agriculture de précision est souvent présentée comme faisant partie de cette réponse, mais son adoption reste inégale dans de nombreux secteurs agricoles. Les travaux qui identifient non seulement si les exploitants adoptent une technologie, mais aussi la manière dont ils se répartissent en différents profils de comportement, offrent aux décideurs publics et aux entreprises une base d’action plus précise.
Dans le cas de la viticulture italienne, le message de l’étude est que l’adoption ne doit pas être considérée comme une transition uniforme. Les viticulteurs semblent suivre des voies différentes et combiner les technologies de manière diverse, ce qui signifie que les services de vulgarisation, les programmes de soutien public et les offres du secteur privé devront peut-être être plus finement adaptés s’ils visent à accroître l’usage réel dans les vignobles.