11-08-2026

Le millésime 2024 de Bourgogne a connu l’une des saisons de croissance les plus difficiles qu’ait traversées la région ces dernières années, avec le froid, de fortes pluies, le mildiou et, à Chablis, le gel, qui ont fortement réduit les rendements, surtout pour le Pinot Noir. Pourtant, les premières évaluations des producteurs et les dégustations de vins encore en cours d’élevage laissent entrevoir un résultat mitigé mais souvent encourageant : des rouges aux fruits éclatants, à l’alcool mesuré et à la structure plus légère, et des blancs que de nombreux vignerons considèrent comme un franc succès.
Après deux récoltes généreuses en 2022 et 2023, de nombreux domaines abordaient 2024 en s’attendant à une année plus difficile. Les principaux problèmes sont apparus tôt. La floraison s’est déroulée dans des conditions fraîches, nuageuses et humides, en particulier dans la Côte de Nuits et à Chablis. Ce temps a perturbé la nouaison et entraîné de la coulure et du millerandage, laissant certaines grappes mal formées et d’autres avec une taille de baies inégale. Dans plusieurs secteurs, les grappes ne se sont pas entièrement refermées, exposant les rafles et augmentant la vulnérabilité de la vigne tout au long de la saison.
Les vignerons disent que la pression du mildiou a été constante. Les précipitations du printemps et de l’été ont atteint environ le double de la normale, obligeant à des traitements répétés dans les vignes et rendant difficile l’accès aux rangs au bon moment. Xavier Monnot, qui dirige le domaine familial à Meursault, a qualifié 2024 de millésime le plus difficile de ses trois décennies de vigneron. Il a indiqué que le domaine avait dû effectuer environ deux fois plus de traitements qu’une année normale, tout en gérant aussi une pousse rapide de la vigne et une forte pression des adventices.
La saison a été particulièrement éprouvante pour le Pinot Noir. En plus du faible volume de récolte, de nombreux producteurs ont signalé des fruits à potentiel alcoolique plus bas, des peaux délicates et des rafles qui n’avaient pas bien mûri. Certains domaines ont procédé à de petits ajustements en cave, notamment une chaptalisation modeste, afin de préserver l’équilibre et de laisser assez de temps pour la macération. Les vinificateurs ont également modifié leurs méthodes d’extraction pour éviter d’aller chercher des tanins durs ou verts dans des raisins qui n’avaient pas la profondeur ni la maturité d’une année plus généreuse.
Dimitri Bazas, vinificateur chez Champy, a comparé 2024 à 2016 et 2021, deux autres années difficiles pour les rouges en Bourgogne. Il a expliqué que les producteurs disposent désormais de davantage d’expérience pour gérer des raisins fragiles et qu’ils ont été mieux à même de contrôler l’extraction que lors de ces millésimes précédents.
Cette expérience pourrait se révéler décisive pour la qualité finale des vins. Les producteurs et négociants de la région affirment que les rouges 2024 affichent un fruit rouge frais, une acidité vive et des structures plus souples que lors des années plus chaudes. Plusieurs les ont comparés à 2021 en raison de leur faible degré alcoolique et de leur énergie, mais ils ont relevé une différence essentielle : les rouges 2021 présentaient souvent des notes salées et herbacées, tandis que les 2024 s’orientent plus clairement vers le fruit pur.
Les conditions de culture n’ont pas été uniformes en Bourgogne. Plus la floraison remontait vers le nord, plus l’impact météorologique devenait sévère. Gevrey-Chambertin et Chablis ont compté parmi les zones les plus touchées. Les vignerons y ont signalé des rendements ne représentant parfois que 20% à 25% d’une récolte normale. Les pertes dans les vignes ne sont pas venues seulement de la mauvaise floraison et du mildiou, mais aussi d’un tri rigoureux à la vendange, les producteurs écartant les raisins qui n’avaient pas mûri suffisamment pour être conservés.
À l’inverse, les vignobles autour de Corton semblent s’être mieux comportés que de nombreux secteurs plus au nord, et le Chardonnay a généralement mieux supporté la saison que le Pinot Noir. Comme le Chardonnay fleurit plus tôt et qu’une grande partie est plantée dans la Côte de Beaune, le cépage a échappé en partie aux pires conditions météorologiques à un stade critique de son développement. Certains vignerons ont aussi estimé que le mildiou avait été moins dommageable sur Chardonnay que sur Pinot. En conséquence, les rendements des blancs dans plusieurs zones étaient proches de la normale ou seulement légèrement inférieurs à la moyenne.
Cette tendance ne s’est pas vérifiée partout. Chablis a subi un épisode de gel dommageable le 1er mai. Véronique Drouhin a indiqué qu’environ 4 500 acres, principalement des vignobles premier cru et grand cru, avaient été touchés. Malgré cela, les producteurs disent qu’août a changé la trajectoire de la saison. Après des mois de pluie et de pression sanitaire, un temps plus chaud et plus sec en juillet et août a aidé à assécher le mildiou et a permis aux raisins de mûrir plus complètement avant les vendanges.
Plusieurs vinificateurs ont expliqué que, sans les faibles rendements, la maturation complète aurait été difficile. Jean-Charles Thomas, chef de cave chez Louis Latour, a déclaré que la récolte était douloureusement réduite, mais a ajouté que le volume plus faible avait aussi aidé les vignes à mener le raisin restant à maturité. Pierre Meurgey, de la maison de négoce Meurgey, a indiqué que le domaine avait observé ses vignes fin juillet et qu’il ne restait alors que très peu de fruit, mais que la fin de saison favorable avait permis à l’équipe d’attendre un cycle de maturité complet. Il a décrit les vins comme présentant un fruit pur, aucun arôme de surmaturité, un faible degré alcoolique et une maturité phénolique saine.
À la cave, nombre de producteurs, grands comme petits, de Bourgogne ont réagi de manière similaire. L’objectif principal pour les rouges était de protéger le fruit et la finesse plutôt que de forcer la structure. Jérôme Flous, vinificateur au Domaine Faiveley, a expliqué que l’une des décisions les plus difficiles consistait à savoir s’il fallait pousser l’extraction pour compenser la faible couleur ou accepter le caractère du millésime. Il a choisi une approche plus légère, car les peaux avaient de l’épaisseur mais les tanins n’étaient pas pleinement mûrs.
Chez Albert Bichot, le directeur technique Matthieu Mangeneot a indiqué que le domaine avait abaissé les températures pendant la macération et avait davantage recouru aux remontages qu’aux pigeages, en cherchant à atteindre la limite de l’extraction sans apporter d’amertume ni de notes végétales. Chez Louis Latour, Thomas a précisé que les macérations duraient généralement deux à trois semaines, mais qu’au bout d’environ 15 jours il y avait peu à gagner et davantage de risques d’extraire des composés indésirables.
Les choix d’élevage ont eux aussi été adaptés. Flous a indiqué que l’élevage était crucial en 2024, car les vins avaient besoin de temps pour gagner en précision et en définition aromatique. Certains domaines ont limité les soutirages afin de préserver le fruit délicat et de maintenir les vins au contact de leurs lies pour gagner en texture. D’autres ont réduit ou évité le bois neuf, préférant des fûts des millésimes 2023 ou 2022. Bichot a raccourci l’élevage en fût de ses rouges à 12 mois contre 14 mois et abaissé la part de bois neuf à 25% contre 30%. Chez Louis Jadot, le directeur technique Frédéric Barnier a expliqué que les grands contenants, ou foudres, aidaient à préserver la pureté du fruit dans une année où les fûts bourguignons standards de 228 litres auraient pu marquer les vins trop fortement.
Si les rouges exigeaient une conduite délicate, les blancs donnaient dès le départ davantage de raisons d’être optimiste. Les premières dégustations laissent penser que le Chardonnay du millésime 2024 associe une acidité marquée à l’équilibre et à une expression claire du terroir. Flous a déclaré que les blancs de Faiveley comptent parmi les meilleurs qu’il y ait élaborés depuis son arrivée au domaine en 2007, comparant le style à 2014 avec une touche de 2017. Corton-Charlemagne, en particulier, est cité par les vignerons comme une appellation qui se distingue.
Le contraste entre rouges et blancs est l’une des caractéristiques définissant l’année. Les rouges 2024 de Bourgogne ne sont pas décrits comme puissants ou concentrés dans le style d’une récolte chaude et sèche. Les producteurs disent au contraire qu’ils sont ouverts, expressifs et clairement marqués par leur lieu d’origine, avec une hiérarchie visible entre vins régionaux, villages, premier cru et grand cru. Beaucoup s’attendent à ce qu’ils procurent du plaisir relativement tôt, même si les meilleurs pourront encore se développer avec le temps.
Pour les blancs de Bourgogne, les attentes sont plus élevées. Les vignerons disent que les vins portent la tension et l’éclat souvent issus des saisons plus fraîches, mais sans les pertes sévères qui ont dévasté certains millésimes antérieurs. Dans une région où le risque climatique fait désormais partie intégrante du métier, de nombreux producteurs estiment que 2024 a montré à quel point le travail à la vigne et les techniques de cave ont évolué. Monnot a déclaré que si une saison comme celle-ci était survenue au début de sa carrière dans les années 1990, la Bourgogne n’aurait pas produit des vins de la même qualité.
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