06-08-2026

Moins de la moitié des quelque 1 000 microdomaines de la région allemande de la Moselle pourraient être en mesure de rester économiquement viables, selon Simone Loose, économiste du vin, dont l’évaluation alimente les inquiétudes grandissantes autour de l’une des régions de Riesling les plus connues d’Europe.
Cette mise en garde intervient alors que les producteurs de la Moselle font face à un ensemble de vents contraires : demande à l’exportation atone, prix du vin en vrac faibles, pression croissante sur les vignobles en forte pente et stocks en augmentation, de plus en plus difficiles à écouler à des prix durables. Les chiffres ont été rapportés par la publication spécialisée Winemag le 3 août, à partir de données sectorielles et de précédents reportages provenant notamment de Nomisma, SWR et Geisenheim.
Le cœur du problème réside dans l’écart entre ce que beaucoup de viticulteurs peuvent obtenir pour leur vin et ce que sa production leur coûte. Certains lots en vrac se vendent à seulement 0,60 € à 0,70 € le litre, selon le tableau de bord sectoriel cité par Winemag, tandis que les coûts de production seraient au moins deux fois supérieurs à ce niveau. Dans les vignobles pentus de la Moselle, où la main-d’œuvre est intensive et où les machines sont difficiles à utiliser, l’équation économique est encore plus serrée. Pour ces parcelles, les ventes directes en dessous de 7 à 8 € la bouteille départ cave sont largement considérées comme difficiles à maintenir dans le temps.
Cette tension est particulièrement grave pour les très petits exploitants. La Moselle s’est longtemps appuyée sur un grand nombre de domaines familiaux et de petites caves, dont beaucoup travaillent des parcelles morcelées sur des pentes abruptes le long de la rivière. Ces vignobles sont au cœur de l’identité de la région et du style des vins qui ont bâti sa réputation, mais leur entretien est aussi coûteux. Le travail manuel reste indispensable dans de nombreuses parcelles, car la mécanisation est limitée, voire impossible.
L’estimation de Loose suggère que, sur environ 1 000 microentreprises de la région, moins de 500 pourraient avoir une perspective réaliste de rester à flot dans les conditions actuelles. Son évaluation ne constitue pas un décompte officiel formel, mais elle reflète un jugement plus large selon lequel une grande partie des plus petits producteurs évoluent avec des perspectives fragiles.
Les données à l’exportation alimentent l’inquiétude. Les exportations de Riesling de la Moselle ont reculé de 11 % de janvier à avril 2026, selon les chiffres sectoriels cités dans le rapport. À titre de comparaison, les vins allemands à appellation protégée dans leur ensemble ont enregistré une baisse de 5,5 % sur la même période, soit un écart de 5,5 points de pourcentage. Le rapport ne précisait pas si la variation des exportations concernait les volumes ou la valeur, ce qui limite la précision de la comparaison. Malgré cela, la tendance pointe vers une demande extérieure plus faible pour le Riesling de la Moselle que pour le segment plus large des vins allemands d’appellation.
Pour une région qui dépend fortement de l’image et de la notoriété du Riesling, cela compte. La Moselle reste l’une des régions viticoles allemandes les plus reconnues à l’international, et ses producteurs ont longtemps compté sur les marchés d’exportation pour absorber une partie de la production et soutenir les prix. Une baisse plus marquée qu’ailleurs dans cette catégorie suggère que la région pourrait être confrontée à une difficulté plus spécifique, qu’il s’agisse d’un positionnement affaibli, d’une évolution de la demande des consommateurs, d’une concurrence accrue ou d’une pression sur les niveaux de prix où les vins de Moselle performaient autrefois mieux.
L’économie domestique n’apporte pas beaucoup de répit. Lorsque le vin en vrac se négocie en dessous du coût de production, les viticulteurs qui disposent d’un pouvoir limité en vente directe peuvent être poussés à faire des choix difficiles. Ils peuvent conserver leurs stocks en espérant de meilleurs prix plus tard, mais cela immobilise des liquidités et de l’espace. Ils peuvent vendre à perte pour écouler le vin, ce qui fragilise des marges déjà faibles. Ou ils peuvent réduire le travail dans le vignoble, une option qui peut économiser de l’argent à court terme mais nuire à la qualité et à la viabilité à long terme.
En viticulture de pente, ces arbitrages sont sévères. Les travaux au vignoble coûtent plus cher parce que la taille, la gestion de la canopée et les vendanges nécessitent souvent du travail manuel. Le transport et l’accès sont plus complexes. Les coûts fixes liés à l’entretien des terrasses, des murs et des petites parcelles en production peuvent rester élevés même lorsque les conditions du marché se dégradent. Si le prix bouteille nécessaire à la viabilité est de 7 à 8 € départ cave, et que le marché ne soutient pas ce niveau de manière constante, le modèle économique se rétrécit rapidement pour les viticulteurs sans marques fortes, sans revenus liés à l’œnotourisme ni sans circuits de vente directe bien établis.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la question dépasse les bilans individuels. Si de petites parcelles sont abandonnées parce qu’elles ne peuvent pas être exploitées de manière rentable, le paysage de certaines parties de la Moselle pourrait s’en trouver transformé. Les coteaux qui sortent de la production sont difficiles à remettre en état, et l’abandon peut affecter non seulement la production, mais aussi l’emploi local, l’attractivité touristique et le tissu culturel des villages bâtis autour de la viticulture.
Le diagnostic actuel pointe aussi une pression sur les stocks. Les volumes accumulés lorsque les ventes ralentissent peuvent peser davantage sur les prix, en particulier dans une région dominée par de nombreux petits acteurs disposant d’une faible souplesse de stockage et d’un pouvoir de marché limité. Dans ce contexte, les remises consenties par certains vendeurs peuvent se propager rapidement et accentuer la pression sur les autres. Les bas prix du vrac deviennent alors à la fois un symptôme et une cause des tensions du secteur.
Les chiffres qui circulent actuellement doivent être interprétés avec prudence. La baisse de 11 % des exportations citée pour janvier à avril 2026 a été présentée sans indication claire permettant de savoir si elle mesurait la valeur ou le volume. La fourchette de prix du vrac de 0,60 € à 0,70 € le litre a également été présentée comme faisant partie d’un diagnostic sectoriel, et non comme une nouvelle série statistique officielle assortie d’une période de publication définie. Même avec ces limites, le tableau décrit par les économistes et les sources professionnelles est cohérent : dans une partie du marché, les prix sont inférieurs aux coûts, les exportations sont faibles, les stocks augmentent et les plus petits exploitants des vignobles gourmands en main-d’œuvre subissent la plus forte pression.
Pour les producteurs de Moselle, le défi n’est pas seulement de vendre du vin, mais de le vendre à des niveaux qui couvrent les réalités du modèle de production de cette région. Cela s’avère difficile sur un marché où le vin en vrac à bas prix est disponible, où les ventes directes sont inégalement réparties et où la prime nécessaire pour soutenir la viticulture en forte pente n’est pas toujours obtenue. Il en résulte un écart grandissant entre la valeur attachée à l’héritage de la Moselle et les revenus que nombre de ses plus petites caves sont réellement en mesure de dégager.
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