L’étude montre que la fertilisation et la gestion des sols renforcent le mieux la résilience des vignobles de Franciacorta

Des chercheurs ont utilisé des évaluations d’experts sur 32 scénarios saisonniers afin d’identifier les pratiques qui protègent le rendement, l’acidité et la maturation des raisins.

06-08-2026

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L’étude montre que la fertilisation et la gestion des sols renforcent le mieux la résilience des vignobles de Franciacorta

Des chercheurs de l’Université de Brescia ont utilisé l’avis d’experts de vignerons et de conseillers de Franciacorta pour déterminer quelles pratiques viticoles sont les plus susceptibles d’aider les domaines à faire face à la sécheresse, à l’excès d’eau et à la pression des maladies, apportant un éclairage nouveau à une question de plus en plus urgente pour les régions viticoles européennes soumises au stress climatique.

Ce travail, présenté au GreenWINE International Scientific Congress à Vérone les 19 et 20 mai 2025, s’est concentré sur la résilience en viticulture, c’est-à-dire la capacité d’un système viticole à absorber les chocs, à s’adapter à des conditions changeantes et, si nécessaire, à évoluer plus profondément pour rester viable. L’étude a ensuite été publiée par Infowine dans une traduction espagnole du texte original anglais.

L’équipe de recherche, dirigée par Isabella Ghiglieno et ses collègues du Agrofood Research Hub du département DiCATAM de l’Université de Brescia, a centré son étude de cas sur Franciacorta, la zone de production de vin effervescent de Lombardie connue pour ses vins élaborés selon la méthode traditionnelle. L’objectif était pratique : identifier quelles combinaisons de décisions de conduite du vignoble peuvent protéger le rendement et la qualité des raisins au cours d’une seule campagne lorsque les risques climatiques et sanitaires évoluent d’une année à l’autre.

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des essais de terrain, les chercheurs ont utilisé une méthode appelée Expert Knowledge Elicitation. Ce processus recueille les jugements éclairés de spécialistes et les transforme en données quantitatives structurées. Dans ce cas, l’équipe a interrogé des experts de la viticulture de Franciacorta et leur a demandé d’évaluer comment différentes options de conduite influenceraient des vignobles de Chardonnay conduits en Guyot sur des sols morainiques à fertilité équilibrée, un profil destiné à refléter un contexte local typique.

L’étude a établi quatre scénarios de millésime fondés sur la disponibilité en eau et le risque de maladie : des conditions hydriques optimales sans risque phytopathologique, une eau optimale avec risque de maladie, une faible disponibilité en eau sans risque de maladie, et une forte disponibilité en eau avec risque de maladie. Dans ces types d’années, les chercheurs ont créé huit scénarios de conduite et, au total, 32 combinaisons de pratiques viticoles liées à la gestion des sols et de la canopée. Ils ont examiné la fertilisation, le travail du sol entre les rangs, la gestion sous le rang, l’effeuillage, l’éclaircissage des pousses et l’écimage.

Pour que les scénarios restent réalistes, l’équipe a supposé qu’une irrigation d’urgence serait disponible en conditions sèches, conformément aux règles de la Franciacorta DOCG, et que les traitements phytosanitaires seraient également efficaces dans tous les scénarios. Cela a permis de concentrer l’analyse plus directement sur les choix de conduite eux-mêmes.

Le premier tour d’entretiens a réuni 11 experts et a généré 352 000 points de données sur le rendement, le degré alcoolique probable et l’acidité totale. Un second tour avec sept experts supplémentaires a ajouté 96 000 points de données. Les chercheurs ont ensuite utilisé des modèles de régression linéaire pour distinguer l’effet de chaque facteur, y compris les conditions du millésime et chaque pratique viticole, et réduire le risque qu’une variable masque ou accentue une autre.

L’un des constats les plus nets est que les experts ont marqué une distinction très nette entre les types d’années. Les années sèches ont été systématiquement associées à des rendements plus faibles, à un degré alcoolique probable plus élevé et à une acidité totale plus basse, même en supposant une irrigation complémentaire. Ce schéma reflète des inquiétudes plus larges dans les régions de grands vins, où des saisons plus chaudes et plus sèches peuvent pousser les raisins vers une accumulation plus rapide des sucres tout en affaiblissant la conservation de l’acidité, modifiant à la fois le style et l’équilibre de production.

Parmi les options de conduite, la fertilisation et la gestion des sols se sont distinguées comme les pratiques ayant l’influence la plus forte à la fois sur le rendement et sur la composition des raisins. La fertilisation minérale comme la fertilisation ორგანique ont été associées à des rendements plus élevés dans tous les scénarios, même si le gain était plus faible en cas de sécheresse, probablement parce que le stress hydrique limite l’absorption de l’azote. Les années disposant d’une eau suffisante ont montré que la fertilisation minérale semblait augmenter davantage les rendements que les apports organiques, ce que les auteurs ont suggéré pouvoir refléter la libération plus lente des nutriments issus de la matière organique.

Ces mêmes stratégies de fertilisation ont également eu un effet sur la maturation. Dans des conditions hydriques optimales, la fertilisation a été associée à une moindre accumulation des sucres et à une meilleure conservation de l’acidité à la récolte, signes d’une maturation plus lente. L’effet sur l’acidité était plus visible en l’absence de pression des maladies. En conditions humides, la préservation de l’acidité n’apparaissait qu’avec la fertilisation organique. Dans les années sèches, la fertilisation n’a eu que des effets mineurs sur la qualité, tout en abaissant légèrement l’acidité moyenne.

La gestion des sols a elle aussi joué un rôle marqué. Le sous-solage entre les rangs et le travail du sol sous le rang ont tous deux augmenté les rendements dans les différents scénarios, sans toutefois produire les mêmes effets selon le type d’année. Dans la plupart des cas, ces pratiques ont aussi été associées à une meilleure conservation de l’acidité. La principale exception est apparue lors des années sèches, quand le travail du sol sous le rang a légèrement réduit l’acidité. Dans un scénario d’année sèche, un travail répété entre les rangs à l’aide d’une herse a augmenté significativement le rendement tout en limitant l’accumulation des sucres et en aidant à préserver l’acidité, autre signe que la conduite peut ralentir la maturation sous stress.

Les pratiques de canopée ont eu des effets plus sélectifs. L’effeuillage précoce a nettement augmenté le rendement lors des années bénéficiant d’une bonne disponibilité en eau et d’une faible pression des maladies, et il a modérément amélioré la conservation de l’acidité. Lors des années très arrosées, l’effeuillage tardif était la seule stratégie de suppression des feuilles ayant un effet notable. Il a augmenté le rendement, mais il a aussi réduit à la fois l’accumulation des sucres et l’acidité. L’éclaircissage léger des pousses, défini ici comme une intervention limitée autour de la tête et des parties arquées de la baguette, n’a produit des effets significatifs que dans des conditions hydriques optimales. Lorsque le risque de maladie était présent, il a augmenté le rendement, tandis que ses effets sur la qualité sont restés modestes mais constants.

L’écimage, outil courant de gestion de la canopée dans les vignobles vigoureux, a montré des effets plus faibles et plus ponctuels. L’écimage pendant la floraison a surtout compté dans les années humides, lorsque la vigueur végétative plus forte peut rendre cette intervention plus pertinente. La hauteur d’écimage variable a eu un effet généralement faible et le plus souvent négatif sur le rendement, avec une influence limitée sur les indicateurs de qualité des raisins.

Pour les producteurs de Franciacorta, l’étude invite à une vision plus nuancée de la résilience qu’un simple choix entre pratique traditionnelle et pratique innovante. Les résultats suggèrent que la réponse du vignoble ne dépend pas d’une seule technique, mais de la manière dont le travail du sol, la nutrition et les décisions sur la canopée interagissent au cours d’une saison donnée. Cela compte dans une région où la production de vin effervescent dépend du maintien de l’équilibre des raisins, en particulier de l’acidité, dans une fourchette étroite.

Les chercheurs ont inscrit ce travail dans un effort plus large visant à définir ce qu’ils appellent des Technical Management Routes, des combinaisons de choix à court, moyen et long terme pouvant aider les viticulteurs à faire face à la variabilité climatique sans perdre la continuité de production. En pratique, cela revient à considérer la résilience du vignoble non comme un attribut fixe d’un site, mais comme le résultat de trajectoires de conduite qui peuvent être ajustées à mesure que le risque météo évolue.

L’équipe a indiqué que ces résultats créent une base pour de futures recherches sur les effets à moyen terme, notamment parce que certaines des pratiques les plus influentes, comme la fertilisation et la gestion des sols, peuvent façonner le comportement de la vigne sur plus d’une saison. Cette prochaine étape pourrait être particulièrement pertinente pour les viticulteurs de Franciacorta et d’autres régions haut de gamme qui cherchent à protéger à la fois le rendement et le style à mesure que des millésimes plus chauds et moins prévisibles deviennent plus fréquents.

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