06-08-2026

L’Irlande place les algues au cœur d’une nouvelle offensive gastronomique et touristique le long de sa côte ouest, où les voyageurs peuvent désormais participer à des sorties de cueillette, visiter des sites de culture, goûter des ingrédients marins à terre comme en mer, et réserver des bains traditionnels aux algues qui font partie de la vie locale depuis plus d’un siècle.
Cette démarche s’appuie sur une longue relation irlandaise avec les algues comestibles, en particulier le long du littoral atlantique dans des comtés comme Kerry, Sligo et Galway. Si les algues sont depuis longtemps courantes dans certaines régions d’Asie, elles gagnent seulement récemment une place plus large dans la haute gastronomie occidentale et la culture du bien-être. Le tourisme irlandais et les producteurs locaux cherchent à transformer cette évolution en une expérience de visite ancrée dans le paysage, l’histoire et l’alimentation durable.
Une grande partie de cette activité se concentre le long du Wild Atlantic Way, l’itinéraire côtier qui longe des plages, des criques rocheuses et de petites villes où les algues s’échouent encore en grande quantité. Là, des entreprises et des guides proposent des initiations concrètes à des espèces que les chefs considèrent de plus en plus comme des ingrédients plutôt que comme des curiosités. Les visiteurs apprennent à identifier les variétés comestibles, à les récolter de manière responsable et à les utiliser dans des bouillons, des assaisonnements, des salades et des en-cas.
Dans le sud du Kerry, l’une des expériences d’algues les plus connues se déroule désormais près de Derrynane et d’Abbey Island, à proximité du Ring of Kerry. Atlantic Irish Seaweed, fondée par John et Kerryann Fitzgerald, organise des promenades sur le littoral mêlant dégustation, cueillette et histoire locale. L’entreprise emmène aussi les visiteurs sur un site archéologique que ses exploitants disent pouvoir dater de 8000 av. J.-C. et qui pourrait témoigner d’une consommation d’algues très ancienne en Irlande.
Le cadre fait partie de l’attrait. Abbey Island abrite les ruines d’une abbaye du VIe siècle accessible à marée basse, et le rivage voisin offre une vue rapprochée des espèces qui ont façonné les traditions alimentaires locales. Pendant les promenades, les guides évoquent des variétés comme Himanthalia elongata, souvent vendue sous le nom de spaghetti de mer, et le pepper dulse, ou Osmundea pinnatifida, utilisé comme assaisonnement pour ses notes poivrées et aillées. La dulse et le nori font aussi partie des dégustations, reliant les tendances culinaires actuelles à des ingrédients utilisés depuis longtemps dans les foyers côtiers.
Le rôle historique des algues en Irlande dépasse la gastronomie d’aujourd’hui. Les guides locaux et les historiens de l’alimentation renvoient souvent à Skellig Michael, la plus grande des îles Skellig au large du Kerry, où des moines vivaient autrefois dans un isolement extrême. La dulse, une algue rouge abondante dans ces eaux, fait partie du récit traditionnel expliquant comment ils complétaient leur alimentation. Skellig Michael, aujourd’hui site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, se trouve à environ 7 miles de la côte et est accessible par bateau par temps estival. L’île attire aussi des visiteurs depuis son apparition dans « Star Wars : Le Réveil de la Force », ajoutant une dimension pop culture à un lieu déjà important pour la religion, l’écologie et l’histoire alimentaire.
L’intérêt pour les algues est nourri par un débat plus large sur la durabilité. En 2020, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et ses partenaires ont publié un Seaweed Manifesto qui présentait les algues marines comme un outil au service de la sécurité alimentaire, de l’emploi côtier et d’une production à moindre impact. Le document soutenait que la culture des algues n’a pas besoin de terres arables, d’engrais ni d’eau douce, ce qui la rend attrayante à une époque où les systèmes alimentaires sont soumis à la pression du changement climatique et de l’usage des ressources.
Cette dimension mondiale alimente désormais l’activité économique locale en Irlande. En Connemara, sur la côte ouest, Mungo Murphy’s Seaweed propose des sessions de cueillette, des dégustations, des visites de ferme et des expériences culinaires centrées sur les algues. Les exploitants disent que les visiteurs veulent plus qu’un repas. Ils veulent comprendre comment la culture est développée, ce qui distingue les algues sauvages des algues cultivées, et comment des ingrédients marins peuvent s’intégrer à la cuisine du quotidien. Cette activité reflète un changement plus large dans le tourisme, où la nourriture se vend de plus en plus comme une forme d’apprentissage et de participation plutôt que comme une simple consommation.
Les chefs ont contribué à accélérer ce changement. Les algues apparaissent plus souvent au restaurant comme assaisonnement, garniture, produit de conservation et légume à part entière. Leur attrait tient en partie à la saveur. Selon l’espèce, elles peuvent apporter du sel, de l’umami, de la minéralité ou une légère note de noisette, sans dépendre d’ingrédients importés. Pour un pays qui met en avant une cuisine fondée sur le lieu, cela offre à l’Irlande un produit à la fois local et distinctif.
Le renouveau des algues en Irlande est aussi lié à d’anciennes traditions de bains. Dans le comté de Sligo, plusieurs entreprises poursuivent la pratique des bains chauds aux algues, que les habitants utilisent depuis des générations. À Strandhill, Voya Seaweed Baths se trouve près de l’océan et propose des soins fondés sur des algues récoltées à la main. À Enniscrone, Killcullen’s Seaweed Bath, un établissement thermal édouardien, fonctionne depuis 1912. Ces entreprises promeuvent les algues comme élément de détente et de soins de la peau, prolongeant une tradition qui mêle travail côtier, pratiques populaires et tourisme.
Les établissements de bains sont différents des nouvelles sorties de cueillette, mais ils servent la même idée plus large : les algues peuvent être vécues à la fois comme aliment, patrimoine et bien-être. Pour les visiteurs, cela peut signifier une matinée à récolter des variétés comestibles sur le rivage et un après-midi dans une cuve en bois remplie d’eau de l’Atlantique chauffée et d’algues coupées. Pour les entreprises locales, c’est une façon de maintenir économiquement pertinent un matériau traditionnel dans un marché du voyage en mutation.
Les producteurs irlandais cherchent aussi à dépasser l’image des algues comme produit santé de niche. Certains vendent désormais des condiments, des légumes de mer séchés, des produits pour le bain et des objets ménagers artisanaux fabriqués à partir de matériaux marins. Atlantic Irish Seaweed, par exemple, utilise de grandes tiges de varech dans des ustensiles faits main et d’autres produits. Cette gamme commerciale reflète la manière dont les entreprises tentent d’élargir le marché sans perdre le récit du lieu.
Pour les responsables du tourisme comme pour les petits opérateurs, le calendrier compte. Les voyageurs s’intéressent davantage aux expériences alimentaires à faible impact, aux paysages sauvages et aux activités liées au savoir local. Les algues réunissent ces trois dimensions. Sur la côte ouest de l’Irlande, cela signifie désormais que les visiteurs peuvent mettre le pied sur une plage, apprendre le nom de ce qui est accroché aux rochers, le goûter à quelques mètres de la ligne de marée, puis retrouver ce même ingrédient plus tard dans une assiette en Connemara, dans le Kerry ou à Sligo.
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