Des chercheurs identifient une ancienne lignée de vigne éthiopienne au Tigré

La nouvelle variété baptisée Rubaksum Tsellim pourrait conserver un héritage de l’époque aksoumite et des traits utiles à une viticulture résiliente à la sécheresse.

22-07-2026

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Des chercheurs identifient une ancienne lignée de vigne éthiopienne au Tigré

Des chercheurs travaillant dans la région septentrionale du Tigré, en Éthiopie, disent avoir identifié une landrace locale distincte de vigne qui semble préserver une partie d’une ancienne tradition viticole et pourrait présenter des traits utiles à l’agriculture en conditions sèches.

Cette découverte est issue d’une étude interdisciplinaire menée dans les hauts plateaux du Tigré, l’un des plus anciens paysages agricoles d’Afrique et ancien cœur du royaume aksoumite. L’équipe, composée de géographes, d’agronomes et d’archéologues, a combiné relevés de terrain, entretiens avec des agriculteurs, analyses ADN et étude de la forme des pépins de raisin pour examiner si les vignes vivantes de la région pouvaient être liées aux raisins cultivés là dans l’Antiquité.

Selon les chercheurs, des preuves archéologiques de la période aksoumite ont déjà montré que le raisin et le vin étaient présents dans ce qui est aujourd’hui le nord de l’Éthiopie. Parmi les découvertes antérieures dans la région figurent des pépins de raisin, des récipients à vin, des pressoirs à vin taillés dans la roche et des documents historiques attestant une culture à cette époque. Les nouveaux travaux visaient à déterminer si certaines vignes encore présentes pouvaient descendre de ces premières introductions.

Les chercheurs disent avoir identifié une landrace qu’ils ont nommée Rubaksum Tsellim, une variété locale conservée par les agriculteurs au fil des générations par sélection et échange plutôt que par un programme commercial de sélection formel. Dans leur analyse, la vigne forme une lignée distincte présentant des liens génétiques avec des variétés de raisin méditerranéennes.

Les travaux ont porté sur quatre zones de haute altitude couvrant 1 269 kilomètres carrés. L’équipe a trouvé 41 vignes et estime qu’il pourrait y avoir environ 1 000 à 1 500 vignes adultes dans l’ensemble de la région. Contrairement aux vignobles commerciaux des grandes régions viticoles, ces plants ne sont pas cultivés en rangs pour une production à grande échelle. Ils sont au contraire disséminés dans les cours des habitations, les jardins de village et les terrains d’église, où les familles les utilisent pour le fruit frais, l’ombre et les offrandes religieuses.

Ce mode de survie est au cœur de l’étude. Au Tigré, les vignes ont largement été multipliées à partir de boutures échangées entre familles pendant de nombreuses années plutôt qu’achetées par des circuits commerciaux. Les chercheurs disent que cette longue période de gestion par de petits exploitants, combinée à l’isolement géographique de villages reculés, a contribué à façonner un héritage complexe, à la fois agricole et culturel.

Une vigne de Rubaksa, un village situé dans une vallée isolée des montagnes du Tembien, est devenue un élément clé de l’enquête. Des habitants ont indiqué aux chercheurs que le plant était là depuis des décennies. Des feuilles ont été prélevées pour des tests génétiques, et des pépins ont été extraits de fruits séchés encore sur la vigne. Le profil ADN ne correspondait à aucune entrée des principales bases de données internationales de référence sur la vigne utilisées par l’équipe. En revanche, il montrait des affinités avec des variétés traditionnelles de la Méditerranée et du Caucase. La forme des pépins allait dans le même sens, ressemblant le plus à des variétés associées à l’Italie, à Chypre et à la Grèce.

Les chercheurs ont ensuite élargi leurs recherches à Aksum, en se concentrant sur les parties historiques de la ville. Ils y ont trouvé ce qu’ils décrivent comme la plus ancienne vigne encore vivante de la ville. L’analyse génétique a montré qu’elle partageait exactement le même profil ADN que la vigne de Rubaksa. La similitude s’étendait aussi aux pépins. Les deux vignes produisaient des pépins qui se regroupaient de près avec ceux du Mavro, une ancienne variété de raisin associée à Chypre et à la Crète.

Pris ensemble, ces éléments suggèrent que ces vignes apparemment isolées pourraient être les vestiges d’une tradition viticole bien plus ancienne, autrefois plus largement répandue dans le Tigré. Les chercheurs estiment qu’une partie de leur ascendance remonte probablement à des introductions de l’époque aksoumite, entre environ 150 av. J.-C. et 800 apr. J.-C., lorsque les liens commerciaux reliaient le royaume aux réseaux de la Méditerranée orientale et de la mer Rouge influencés par la culture grecque. Ils ajoutent qu’une hybridation ultérieure a probablement eu lieu avec des variétés introduites dans l’Érythrée voisine au début du XXe siècle.

Comme les vignes sauvages ne sont pas originaires de la Corne de l’Afrique, toute vigne domestiquée poussant dans le nord de l’Éthiopie a nécessairement dû arriver d’ailleurs avant de s’adapter localement au fil des siècles. L’étude ne prétend pas établir avec certitude une seule voie d’introduction. Elle présente plutôt deux trajectoires plausibles : un commerce ancien via les réseaux commerciaux d’Aksum et des introductions plus tardives à l’époque coloniale. Les signaux génétiques pointent vers une ascendance méditerranéenne, tandis que le profil distinct de Rubaksum Tsellim suggère que les agriculteurs locaux l’ont ensuite façonnée en quelque chose de différent au fil du temps.

Le nom proposé pour cette landrace reflète cette histoire. Il associe Rubaksa, Aksum et le mot tigrinya tsellim, qui signifie « sombre » ou « noir ». Les propriétaires des vignes identifiées ont reçu des certificats reconnaissant leurs plants comme une landrace locale unique. Les chercheurs disent que cela vise à encourager la conservation et une propagation accrue par bouturage.

L’étude souligne aussi le rôle des églises et des monastères dans la préservation de ces vignes après le déclin de la viticulture formelle dans la région. Beaucoup des plants survivants se trouvent près d’anciens établissements ou d’institutions religieuses. Cette répartition concorde avec l’idée que la vie religieuse a contribué à maintenir vivantes les traditions viticoles, même lorsque la culture de la vigne a disparu.

Pour le secteur des boissons, cette recherche compte au-delà de son intérêt historique. Les variétés agricoles traditionnelles préservent souvent une diversité génétique perdue dans l’agriculture commerciale moderne. Dans ce cas, des vignes qui ont survécu pendant des générations dans un environnement semi-aride pourraient porter des traits liés à la tolérance à la sécheresse ou à d’autres formes de résistance au stress. Si cela est confirmé par des recherches complémentaires, elles pourraient devenir pertinentes pour la viticulture en sec et pour la sélection future de la vigne, alors que les producteurs de vin font face à des conditions de culture plus chaudes et plus sèches dans de nombreuses régions.

Les chercheurs relèvent aussi des signes pratiques d’adaptation déjà visibles sur le terrain. Au Tigré, ces vignes peuvent pousser sur des parcelles pierreuses et des murets de pierre avec une irrigation manuelle. Leur productivité maintenue en conditions de terres sèches est l’une des raisons pour lesquelles l’équipe estime qu’elles méritent à la fois une attention en matière de conservation et une reconnaissance scientifique plus large.

Cette découverte ajoute l’Éthiopie aux discussions actuelles sur des centres méconnus de diversité agricole susceptibles d’avoir une valeur pour la production future d’aliments et de boissons. Dans le cas du Tigré, ce qui a survécu n’était pas une économie viticole commerciale, mais un réseau de vignes domestiques maintenues en vie par l’usage quotidien, les échanges familiaux et la mémoire locale. Les chercheurs disent que cette persistance pourrait désormais offrir à la fois une fenêtre sur l’histoire ancienne du vin et une source potentielle de matériel végétal pour une viticulture plus résiliente au climat.

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