Le Chili avance vers la création d’une catégorie légale pour le vin à 8,5 % d’alcool

Le décret préserverait le minimum de 11,5 % pour le vin traditionnel en bouteille, donnant aux caves accès à un marché en croissance.

31-08-2026

Le Chili avance vers la création d’une catégorie légale distincte pour le vin à faible teneur en alcool, une évolution qui permettrait aux caves de commercialiser des produits à partir de 8,5 % d’alcool sans modifier la définition de longue date du vin traditionnel dans le pays.

Cette modification proposée figure dans un décret encore en examen au Bureau du contrôleur général du Chili, une étape obligatoire avant son entrée en vigueur. Tant que cet examen n’est pas achevé et que la mesure n’est pas publiée, la règle actuelle reste en vigueur. En vertu du droit chilien en vigueur, le vin en bouteille vendu pour consommation directe doit présenter un degré alcoolique minimal de 11,5 %.

La proposition ne ramènerait pas à la baisse ce seuil de 11,5 % pour le vin chilien standard. Elle ajouterait en revanche une nouvelle catégorie pour des vins spéciaux élaborés exclusivement à partir de moût de raisin fermenté et produits selon des pratiques de vinification autorisées. Concrètement, la mesure ouvrirait une voie réglementée pour des vins titrant entre 8,5 % et 11,4 %, un segment que les producteurs chiliens n’ont pas pu servir dans le cadre de la définition traditionnelle du vin.

Cet écart de trois points de pourcentage est au cœur de la proposition. Les producteurs chiliens devraient toujours satisfaire aux exigences juridiques existantes s’ils veulent commercialiser un produit comme vin conventionnel destiné à la consommation directe. La nouvelle règle est conçue pour s’ajouter au cadre actuel, et non pour le remplacer.

Le cadre juridique est clair dans la loi chilienne sur l’alcool. L’article 16 dispose que le vin ne peut être obtenu que par la fermentation alcoolique de moûts de raisin frais ou séchés au soleil, issus de l’espèce Vitis vinifera. L’article 36 fixe ensuite le degré alcoolique minimal du vin en bouteille vendu pour consommation directe à 11,5 %, tout en établissant des minima plus élevés pour les vins fortifiés et les vins de liqueur. Cette règle demeure la norme contraignante tant que le nouveau décret n’a pas achevé le processus d’examen et n’est pas entré en vigueur.

Cette initiative gouvernementale intervient alors que le secteur vitivinicole chilien cherche à répondre à une consommation plus faible et à l’évolution des habitudes des jeunes consommateurs sur les marchés nationaux et étrangers. Le Chili est le quatrième exportateur mondial de vin, et a expédié 188 millions de gallons en 2025 vers plus de 140 pays, selon des chiffres cités par l’UPI. Ses principales destinations comprenaient les États-Unis, le Brésil, la Chine, la Grande-Bretagne et le Canada.

Les partisans de la nouvelle catégorie estiment que la question n’est pas seulement réglementaire, mais aussi commerciale. Depuis des années, les caves chiliennes font valoir qu’elles ont besoin d’un cadre juridique spécifique pour les produits à plus faible degré alcoolique afin de concurrencer l’un des rares segments du marché des boissons qui continue de croître. Sans ce cadre, les producteurs peuvent élaborer des styles plus légers, mais ils se heurtent à des restrictions quant à la manière de les classer et de les vendre au regard du droit chilien.

Le ministre de l’Agriculture, Jaime Campos, a indiqué que le seuil proposé correspond à la norme de 8,5 % utilisée par l’Organisation internationale de la vigne et du vin, connue sous le nom d’OIV. Cet alignement compte pour les exportateurs, car l’industrie vitivinicole chilienne dépend fortement des marchés internationaux et s’appuie couramment sur les normes mondiales lorsqu’elle adapte les règles applicables aux produits.

Des voix du secteur et du monde universitaire estiment que cette évolution s’inscrit aussi dans des transformations sociales plus larges. Pablo Cañón, professeur adjoint de viticulture et d’œnologie à l’École d’agronomie de l’Universidad Mayor, a déclaré à l’UPI que les jeunes consommateurs accordent davantage d’importance à la modération, au bien-être physique et mental, ainsi qu’aux options moins caloriques. Selon lui, cela a affaibli le rôle qu’occupait autrefois le vin comme boisson quotidienne sur de nombreux marchés traditionnels.

Cañón a cité des données de l’OIV montrant que la consommation mondiale de vin est tombée à environ 5,5 milliards de gallons en 2025, soit une baisse de 14 % par rapport à 2018. Il a indiqué que ce recul est particulièrement visible chez les jeunes consommateurs, y compris aux États-Unis, qui restent le premier marché international de l’industrie du vin.

Nicolás Román, professeur à la Faculté d’économie et de commerce de l’Université des Andes, a déclaré que cette proposition vise aussi à aider le vin à concurrencer les jeunes adultes, plus sélectifs sur leur consommation d’alcool et leur forme physique. Wines of Chile, l’association professionnelle du secteur dans le pays, a indiqué publiquement que les producteurs étaient sous pression pour développer des offres à plus faible degré alcoolique, mais qu’ils ne disposaient pas de l’espace juridique nécessaire pour rivaliser sur ce segment.

La catégorie proposée ne doit pas être confondue avec un vin totalement désalcoolisé. La mesure gouvernementale, telle qu’elle est décrite dans la couverture actuelle du décret, est conçue pour des vins qui contiennent encore de l’alcool et sont élaborés à partir de moût de raisin fermenté selon des méthodes œnologiques autorisées. Elle ne crée pas de catégorie de produit sans alcool et ne réécrit pas la définition légale du vin traditionnel.

Cette distinction pourrait devenir importante pour l’étiquetage et le contrôle. La loi chilienne exige déjà que les boissons alcoolisées indiquent sur leur étiquette leur dénomination, leur degré alcoolique, leur volume et les informations sur l’embouteilleur. Elle interdit aussi les mentions susceptibles d’induire les consommateurs en erreur sur l’origine, la composition, la nature ou d’autres caractéristiques du produit. Si le décret entre en vigueur, les producteurs devront commercialiser les vins à faible degré alcoolique sous la nouvelle catégorie plutôt que de les présenter comme du vin en bouteille standard soumis au minimum de 11,5 %.

Le droit en vigueur confère également au Service agricole et d’élevage, connu sous le nom de SAG, de larges pouvoirs d’inspection et de contrôle. L’agence veille au respect des règles de production, d’étiquetage, de commercialisation, d’importation et d’exportation, et la loi prévoit des sanctions pour les produits vendus avec des degrés d’alcool inférieurs ou supérieurs à ceux autorisés par la loi ou la réglementation. C’est l’une des raisons pour lesquelles le secteur a réclamé une catégorie juridique claire plutôt que de s’appuyer sur des pratiques de marché informelles.

Au-delà de la stratégie commerciale, ce changement pourrait aussi influer sur les choix de production. Cañón a indiqué que le vin à plus faible degré alcoolique pourrait être plus facile à élaborer dans les zones côtières et méridionales du Chili, où des vendanges plus précoces et des cépages qui conservent naturellement l’acidité peuvent soutenir des styles plus légers. Selon lui, ces zones pourraient permettre aux producteurs de réaliser des vins moins alcoolisés avec moins d’ajustements technologiques, ce qui peut aider à préserver l’identité variétale et régionale.

Pour l’instant, la proposition reste en suspens. Aucune prévision officielle n’a été publiée sur les volumes de vin à faible degré alcoolique que les caves chiliennes pourraient produire, sur l’effet que cette catégorie pourrait avoir sur les exportations ou sur une éventuelle différence de prix par rapport aux vins traditionnels. À ce jour, la norme légale en vigueur reste bien le minimum de 11,5 % pour le vin en bouteille destiné à la consommation directe, tandis que le secteur attend de voir si la nouvelle catégorie à 8,5 % franchira l’examen et deviendra loi.