Le marché argentin du vin s’est tourné vers les étiquettes sans mention de cépage au premier semestre 2026.

Les ventes de vins sans nom de cépage ont progressé de 13,9 %, laissant le volume total quasiment stable après une baisse de 24,5 % des vins de cépage.

11-08-2026

Le marché argentin du vin s’est nettement orienté, au premier semestre, vers des produits vendus sans mention de cépage sur l’étiquette, alors même que le volume total n’a enregistré qu’une légère croissance.

Des données de l’Institut national de la vitiviniculture, ou INV, publiées le 4 août et relayées par la publication professionnelle Enolife, montrent que les vins sans indication variétale ont atteint 2 463 696 hectolitres au cours des six premiers mois de 2026. Cela représente une hausse de 300 053 hectolitres par rapport à la même période de 2025, soit 13,9 %.

Sur la même période, les vins de cépage ont évolué dans la direction opposée. Les volumes sont tombés à 866 520 hectolitres contre 1 148 144 hectolitres un an plus tôt, soit une baisse de 281 624 hectolitres, ou 24,5 %.

Pris ensemble, ces chiffres indiquent un marché qui a à peine progressé en volume global tout en connaissant une forte substitution interne. Le volume cumulé de ces deux segments est passé à 3 330 216 hectolitres contre 3 311 787 hectolitres un an plus tôt, soit une hausse d’environ 0,6 %. Mais ce gain modeste au total masquait un important transfert vers des vins vendus sans mention variétale et au détriment des vins étiquetés par cépage.

Ce basculement a aussi modifié la structure du marché. Les vins sans indication variétale ont représenté 71,7 % du marché au premier semestre, contre 63,4 % sur la même période de 2025. Les vins de cépage sont tombés à 25,2 % contre 33,7 %. L’écart entre les deux segments s’est creusé de 38,4 points, selon les chiffres cités par Enolife à partir du rapport de l’INV.

En pratique, ces données suggèrent qu’une part beaucoup plus importante du vin argentin vendu cette année provenait d’étiquettes ne mentionnant pas un cépage précis, comme le Malbec, le Cabernet Sauvignon ou le Torrontés. Cette catégorie est souvent associée à des niveaux de prix plus bas, même si le rapport lui-même ne comprend pas de données sur les dépenses des consommateurs et n’établit pas pourquoi les acheteurs se sont orientés dans cette direction.

Les chiffres par format indiquent une tendance similaire. Les ventes en bouteille ont reculé de 51 758 hectolitres au premier semestre, soit une baisse de 2,4 %. Les volumes en Tetra Brik ont augmenté de 96 731 hectolitres, en hausse de 8,6 %. En Argentine, l’emballage Tetra Brik est depuis longtemps associé à des vins positionnés pour une consommation quotidienne et à des prix plus accessibles.

Cela ne signifie pas pour autant que les derniers chiffres prouvent que le prix seul a entraîné ce changement. Les données de l’INV mesurent les volumes, et non les dépenses des ménages, le ticket moyen ou les prix de détail. Elles ne montrent pas non plus si le mouvement est venu d’évolutions des promotions, de l’activité des supermarchés et des commerces de quartier, de changements dans la distribution en gros ou de différences de consommation selon les niveaux de revenu. Les chiffres décrivent ce qui a été vendu ou déplacé en volume, mais pas la raison exacte pour laquelle les consommateurs ont privilégié une catégorie plutôt qu’une autre.

Néanmoins, le contraste entre les deux segments est exceptionnellement marqué. Les vins sans indication variétale ont gagné légèrement plus de volume que les vins de cépage n’en ont perdu, ce qui signifie que la faible expansion globale du marché s’explique entièrement par la croissance du segment non variétal. Le résultat du premier semestre est donc notable pour les producteurs, les détaillants et les distributeurs, en particulier dans un pays où l’étiquetage variétal a joué un rôle central dans le positionnement premium de l’industrie du vin, sur le marché intérieur comme à l’étranger.

Pour les caves argentines, cette répartition compte parce que les deux catégories présentent généralement des marges, des stratégies de marque et des circuits de commercialisation différents. Les vins de cépage sont plus étroitement liés à l’identité du raisin et souvent au positionnement qualitatif, à l’image à l’export et à l’éducation du consommateur. Les vins sans mention de cépage ont tendance à se faire davantage sur le rapport qualité-prix, la familiarité et la distribution en volume. Une évolution de cette ampleur peut affecter la planification de la production, les décisions d’emballage et les stratégies commerciales bien au-delà du rayon domestique.

Les chiffres concernant les bouteilles et le Tetra Brik renforcent ce défi commercial. Si les consommateurs privilégient les formats moins chers tout en se repliant sur les étiquettes de cépage, les caves pourraient subir une pression sur leurs revenus même si les litres vendus restent stables ou progressent légèrement. Mais les données de l’INV ne fournissent pas suffisamment d’éléments pour confirmer directement ce point, car elles n’incluent ni les prix ni les ventes en valeur.

Les chiffres du premier semestre montrent aussi que le changement n’était pas marginal. Les vins non variétaux ont gagné 300 053 hectolitres en une seule année, tandis que les vins de cépage en ont perdu 281 624. Une telle ampleur suggère davantage qu’une simple volatilité d’un mois à l’autre. Elle indique un rééquilibrage profond à l’intérieur du marché, suffisamment important pour modifier de manière visible les parts de catégorie en seulement six mois.

Les observateurs du secteur suivent souvent ces évolutions de près, car le marché intérieur argentin reste essentiel pour de nombreuses caves, même si les exportations façonnent l’image mondiale du pays. Un biais plus marqué vers le vin non variétal peut soutenir les volumes de certains producteurs, en particulier ceux qui disposent de marques produites à grande échelle et d’une large distribution. En même temps, cela peut compliquer les perspectives des caves qui dépendent davantage des étiquettes de cépage pour maintenir la valeur de marque et les niveaux de prix.

Le rapport de l’INV, tel que cité par Enolife, ne ventile pas le changement du premier semestre par province, par taille de producteur ni par circuit de vente dans les chiffres mis en avant ici. Il laisse donc ouvertes plusieurs questions sur les endroits où les changements les plus importants se sont produits et sur les types de consommateurs ou de magasins qui les ont entraînés. Ce qui ressort clairement des volumes publiés, c’est que le marché argentin a vendu davantage de vin sans indication variétale, moins de vin de cépage, moins de bouteilles et davantage de Tetra Brik au cours des six premiers mois de 2026 que sur la même période un an plus tôt.