La chaleur contraint les vignerons du sud de la France à vendanger en juillet

Des producteurs d’Occitanie disent que ce démarrage inédit bouleverse l’organisation du travail et accélère l’adaptation au climat dans les vignobles.

03-08-2026

Les vignerons du sud de la France ont commencé à vendanger à la fin du mois de juillet cette année, après des mois de chaleur inhabituelle qui ont avancé le calendrier des vignobles, un démarrage précoce que les producteurs d’Occitanie disent n’avoir jamais vu auparavant et qui oblige à accélérer les changements dans la gestion de l’eau, de la main-d’œuvre et des cépages dans les régions viticoles.

À La Palme, dans le département de l’Aude, près de la côte méditerranéenne, le viticulteur Alain Gleyzes a commencé à cueillir du muscat à petits grains le 30 juillet, de nuit, une vendange exceptionnellement précoce pour des raisins destinés à un vin blanc effervescent. Gleyzes, qui préside également l’appellation Fitou, a déclaré qu’en 43 ans de travail dans les vignes, il n’avait jamais vendangé en juillet.

La vendange précoce ne se limite pas à un seul domaine. À l’intérieur des terres, sur les coteaux près de Narbonne, Camille et Audrey Lalaurie, sœurs jumelles représentant la 10e génération de leur domaine familial, ont indiqué n’avoir jamais commencé avant le 12 août. Cette année, elles s’attendaient à débuter à la fin de la semaine dernière, soit environ 10 jours plus tôt que d’habitude. Camille Lalaurie a précisé qu’il y a 20 ans, les vendanges y commençaient généralement autour du 25 août.

Plus au sud, dans les Pyrénées-Orientales, le Domaine Lafage a lui aussi commencé les vendanges à la fin de la semaine dernière. Jean-Marc Lafage a indiqué que le domaine avait une avance d’une semaine à 10 jours sur son calendrier habituel. Une partie des raisins actuellement rentrés est destinée à un vin moins alcoolisé, qui nécessite que les fruits soient récoltés avant qu’ils ne deviennent trop mûrs.

Ce décalage fait suite à une série de mois très chauds dans toute la région. Les viticulteurs ont indiqué que les vignes avaient commencé à pousser tôt en mars, puis s’étaient bien développées au printemps sous des températures élevées. Lafage a déclaré que presque chaque mois depuis février avait établi un record de chaleur localement. Les producteurs et les responsables régionaux estiment que cette tendance vient renforcer les preuves que le changement climatique remodèle le calendrier des vignobles dans l’une des plus grandes régions viticoles de France.

La rapidité des vendanges cette année a également créé des problèmes pratiques dans des domaines qui planifient généralement leurs effectifs autour d’un démarrage en août. Lafage a indiqué qu’une partie de son équipe était en vacances lorsque les vendanges ont commencé, obligeant le chai à faire appel à des employés du marketing, de la comptabilité et des technologies de l’information pour aider à la récolte.

Pour certains viticulteurs, la pression s’ajoute à plusieurs années de sécheresse sévère. Gleyzes a déclaré qu’il luttait déjà contre la sécheresse depuis des années et qu’à la fin de 2025 il avait dû arracher environ 20 hectares sur un domaine de plus de 60 hectares après deux années d’aridité aiguë. Il a indiqué que 30 % de son vignoble étaient morts à cause de la sécheresse, ce qu’il n’avait jamais connu auparavant.

Ce type de perte compte au-delà d’une seule exploitation, car il peut affecter l’approvisionnement en raisins, les coûts de production et le style des vins mis sur le marché. Une maturation plus précoce peut modifier les niveaux de sucre, l’acidité et l’équilibre alcoolique, tandis que des pertes répétées liées à la sécheresse peuvent réduire les rendements et pousser les caves à investir davantage dans la recherche sur l’irrigation, la gestion des sols et le nouveau matériel végétal. Pour l’ensemble du secteur des boissons, en particulier les producteurs et distributeurs de vin liés aux régions méditerranéennes, ces évolutions pourraient, à terme, influencer les volumes, les prix et les profils des produits.

Les producteurs disent que le déplacement des dates de vendange n’est qu’un volet d’un effort d’adaptation plus large. Au Domaine Lafage, une unité de recherche et développement en viticulture a été créée en 2020 et un ingénieur agronome a été recruté pour travailler avec l’université Montpellier SupAgro sur des moyens d’améliorer l’utilisation de l’eau. Le domaine s’est concentré sur l’augmentation de la capacité de rétention d’eau des sols grâce à de nouvelles approches de compost. Lafage a déclaré que les viticulteurs étaient devenus davantage des « agriculteurs de l’eau » que des vignerons.

Les organismes viticoles régionaux étudient eux aussi des réponses à plus long terme. Stéphanie Delorme, directrice de l’AOP Languedoc, a déclaré que les viticulteurs travaillent avec ce qu’elle a décrit comme une boîte à outils complète, à mesure que les épisodes de vents chauds et desséchants deviennent plus fréquents. L’un des axes d’étude concerne des cépages mieux adaptés à des conditions plus chaudes. Elle a cité les cépages dits d’intérêt pour l’adaptation, notamment d’anciens cépages autrefois cultivés en Languedoc ainsi que certaines variétés grecques et italiennes.

D’autres appellations envisagent des changements géographiques. À Banyuls et Collioure, certains producteurs étudient la possibilité de déplacer des vignobles vers des altitudes légèrement plus élevées, où les températures sont plus basses. De tels changements prendraient du temps et dépendraient de décisions réglementaires ainsi que de la disponibilité des terres, mais ils montrent à quel point la chaleur influence profondément la planification viticole.

Même avec ces pressions, certains viticulteurs disent que les données récentes leur donnent des raisons de croire que l’adaptation est possible. Après plusieurs années de collecte d’informations sur le comportement de la vigne, les sols et la gestion de l’eau, Lafage a déclaré que les producteurs commencent à entrevoir des pistes possibles, alors qu’il y a seulement quelques années beaucoup craignaient d’être dépassés.

Les évolutions en Occitanie interviennent alors que les régions viticoles de toute l’Europe font face à des vagues de chaleur plus fréquentes et à des saisons de croissance qui se déplacent. Dans le sud de la France, où les appellations sont étroitement liées au terroir et à la tradition, les vendanges de juillet cette année apparaissent comme un signe clair que la pression climatique n’est plus une prévision lointaine, mais une réalité opérationnelle actuelle dans les vignes.