Le travail familial dans les exploitations italiennes a reculé de 75,3 %, selon l’Istat

Cette évolution traduit un secteur plus professionnalisé, avec des exploitations plus grandes, davantage de main-d’œuvre salariée et un écart technologique régional qui se creuse.

lundi 31 août 2026

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Le travail familial dans les exploitations italiennes a reculé de 75,3 %, selon l’Istat

L’agriculture italienne recourt moins à la main-d’œuvre familiale et davantage à des salariés et à la technologie, selon une nouvelle revue statistique de l’Istat, qui montre à quel point le secteur s’est professionnalisé, orienté vers le marché et davantage dépendant de l’innovation.

L’agence nationale de statistique a indiqué, dans son rapport thématique sur la structure productive, les pratiques de gestion et la main-d’œuvre des entreprises agricoles, que l’Italie comptait 1 130 358 exploitations actives en 2023. Ce chiffre était quasiment inchangé par rapport à 1 133 023 en 2020, mais il était inférieur de 30,3 % à celui de 2010, poursuivant une baisse de long terme du nombre d’exploitations.

Dans le même temps, la surface cultivée a elle aussi diminué. L’Istat a indiqué que la superficie agricole utilisée du pays est tombée à 12,3 millions d’hectares en 2023, en baisse de 1,9 % par rapport à 2020 et de 4,4 % par rapport à 2010. La main-d’œuvre a reculé encore plus nettement. Le travail agricole total a diminué de 35,6 % sur cette période pour atteindre 2,49 millions de personnes, contre 3,87 millions en 2010.

Le principal changement, selon le rapport, concerne l’identité des personnes qui effectuent le travail. La main-d’œuvre familiale, autrefois centrale dans l’image traditionnelle de l’agriculture italienne, a fortement reculé. Entre 2010 et 2023, le nombre de travailleurs familiaux a chuté de 75,3 %. Leur part dans l’ensemble de la main-d’œuvre agricole est passée de 33,9 % à 13,0 %.

Les travailleurs non familiaux représentent désormais une part beaucoup plus importante de la main-d’œuvre des exploitations. En 2023, ils comptaient pour 41,7 % de la main-d’œuvre, contre 24,2 % en 2010. Les travailleurs étrangers ont eux aussi gagné du poids dans le secteur. Leur part est montée à 14,5 % de l’ensemble des travailleurs agricoles en 2023, contre 6,2 % en 2010. L’évolution a été particulièrement marquée dans le nord-est de l’Italie, où les travailleurs étrangers représentaient 24,5 % de la main-d’œuvre, contre 13,0 % en 2010.

L’Istat a également constaté que les exploitants eux-mêmes représentent désormais une part plus importante du total des travailleurs. En 2023, les chefs d’exploitation agricole comptaient pour 45,3 % des personnes travaillant dans les exploitations, contre 41,9 % en 2010.

Même si le nombre d’exploitations a diminué, la taille moyenne des exploitations a augmenté. La superficie agricole utilisée moyenne par entreprise est passée de 7,9 hectares en 2010 à 10,9 hectares en 2023. L’écart régional reste important. Le nord-ouest affichait la plus grande taille moyenne d’exploitation, à 15,9 hectares, tandis que le sud atteignait en moyenne 7,3 hectares. L’Istat a indiqué que ce chiffre plus faible dans le sud reflétait aussi une croissance limitée au fil du temps, la taille moyenne des exploitations n’ayant augmenté que de 2,2 hectares depuis 2010.

Le rapport met en évidence un autre changement structurel dans l’utilisation des terres. Les exploitations qui travaillent uniquement des terres qu’elles possèdent deviennent moins courantes. Leur part est passée de 73,3 % à 48,8 % sur la période, ce qui montre un recours plus large aux terres louées et à d’autres formes de tenure.

Les choix de production évoluent eux aussi. Les terres arables ont accru leur part de la superficie agricole utilisée en Italie, passant de 54,7 % en 2010 à 57,1 % en 2023. Les prairies et pâturages ont évolué dans le sens inverse, reculant de 26,8 % à 24,0 %.

La diversification des cultures a progressé modestement. Les exploitations cultivant plus de trois productions représentaient 17,9 % de l’ensemble des entreprises en 2023, contre 16,2 % en 2020. Les chiffres de l’Istat suggèrent qu’un plus grand nombre d’exploitations combinent plusieurs types de production plutôt que de se concentrer sur une gamme plus étroite.

Le profil économique des exploitations a lui aussi changé. En 2023, 81,5 % des entreprises agricoles ont déclaré des revenus issus de l’agriculture, d’activités connexes ou de subventions, contre 73,9 % en 2010. Un groupe plus restreint s’est développé au-delà de la production primaire. L’Istat a indiqué que 6,0 % des exploitations exerçaient au moins une activité complémentaire à l’agriculture.

Parmi ces activités supplémentaires, l’agritourisme était la plus rentable, selon 35,6 % des exploitations concernées. La deuxième source de revenus la plus importante était le travail à façon pour d’autres exploitations à l’aide des machines et équipements de l’entreprise, mentionné par 11,9 %. La production d’énergie solaire suivait avec 9,0 %.

L’utilisation des technologies a augmenté beaucoup plus rapidement qu’il y a dix ans, même si l’adoption reste inégale selon les régions. L’Istat a indiqué que la part des exploitations informatisées ou numérisées est passée de 3,8 % en 2010 à 18,5 % en 2023. Le nord est très en avance sur le sud. Dans le nord-est, 42,4 % des exploitations utilisaient des outils numériques, tandis que ce taux atteignait 38,9 % dans le nord-ouest. Dans le sud de l’Italie, la part n’était que de 6,7 %, ce qui met en évidence un fort écart territorial en matière de modernisation.

Le niveau d’études des exploitants s’est amélioré dans le même temps. La part des chefs d’entreprise titulaires d’un diplôme du secondaire de cinq ans ou d’un diplôme universitaire est passée de 24,0 % en 2010 à 36,4 % en 2023. Les qualifications agricoles se sont elles aussi généralisées. Les gestionnaires ayant suivi des études formelles en agriculture sont passés de 4,2 % à 11,3 %.

Néanmoins, plusieurs fragilités structurelles persistent. Le renouvellement générationnel à la tête des exploitations reste limité. Les exploitants de moins de 40 ans représentaient 7,9 % du total en 2023, en léger recul par rapport à 8,4 % en 2010. Cela suggère que la transmission entre générations reste lente, malgré les efforts répétés pour attirer davantage de jeunes vers l’agriculture.

La consommation d’eau est un autre sujet de préoccupation. L’Istat a indiqué que la part des terres effectivement irriguées par rapport aux terres potentiellement irrigables est passée de 64,5 % à 61,3 %. Ce recul est intervenu alors que la superficie agricole totale du pays continuait de se contracter, accentuant la pression sur un secteur déjà confronté à des évolutions de la main-d’œuvre, à une modernisation inégale et à des déséquilibres régionaux.

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