Stéphane Gabard reprend la tête du principal syndicat de l’appellation Bordeaux

Son retour après un revers d’un an intervient alors que les viticulteurs font face à l’effondrement des prix, au stress climatique et à un débat renouvelé sur l’irrigation

21-07-2026

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Stéphane Gabard reprend la tête du principal syndicat de l’appellation Bordeaux

Stéphane Gabard est revenu à la présidence du syndicat de l’appellation Bordeaux et Bordeaux Supérieur, reprenant le contrôle de l’un des organismes viticoles les plus importants de la Gironde après une année au cours de laquelle le poste avait brièvement basculé vers un camp rival au sein de Planète Bordeaux.

Le conseil d’administration du syndicat des vins AOC Bordeaux et AOC Bordeaux Supérieur a élu Gabard mardi. Il était le seul candidat. Son élection marque le retour d’un viticulteur qui a dirigé l’organisation de 2020 à 2025 avant de perdre la fonction l’été dernier lors d’un vote interne serré et inattendu face à Michel-Éric Jacquin.

Jacquin, dont la victoire en 2025 s’était jouée à une seule voix, est arrivé au terme de son mandat d’un an affaibli par le renouvellement des membres du conseil lors de l’assemblée générale du 26 juin. Ce vote lui a été défavorable, ainsi qu’à une grande partie de son équipe, rendant impossible un second mandat. Son départ clôt un court chapitre au cours duquel les opposants à la direction de longue date de Planète Bordeaux avaient réussi à prendre la présidence sans parvenir à la conserver.

Gabard reprend désormais la direction du principal organe de défense et de gestion de ces appellations régionales bordelaises à un moment difficile pour le vignoble. Les problèmes auxquels sont confrontés les producteurs sont à la fois immédiats et structurels : des prix du vin bas, une pression sur les revenus des exploitants et l’adaptation au climat dans une campagne 2026 chaude, qui relance le débat sur l’irrigation.

Bien qu’il ait quitté la présidence l’an dernier, Gabard est resté actif dans les discussions professionnelles. Il a été porte-parole de l’organisme de l’appellation Bordeaux au niveau national et copréside la commission marché de la CNAOC, la confédération nationale française représentant les producteurs de vins et eaux-de-vie à appellation d’origine contrôlée. À ce titre, il a récemment plaidé pour des outils collectifs susceptibles d’aider à garantir une meilleure rémunération des viticulteurs.

Sa position a été que les préoccupations commerciales ne peuvent justifier l’abandon des efforts visant à protéger les prix et le revenu agricole. Il s’est prononcé en faveur d’une fixation des prix plus en aval de la chaîne d’approvisionnement plutôt que de s’appuyer uniquement sur les références du vrac, estimant que les viticulteurs ont besoin de prix de vente plus proches des coûts de production si les exploitations sous appellation régionale doivent survivre. Dans des commentaires récents cités dans les discussions professionnelles, il a averti que de nombreuses structures des appellations régionales pourraient ne pas survivre cinq années supplémentaires si les niveaux de prix actuels se maintiennent.

Cette question de la rémunération est devenue centrale à Bordeaux, où des années de surproduction, une consommation faible sur certains marchés et la pression sur les vins d’entrée de gamme ont durement touché les viticulteurs. Pour les producteurs des vastes catégories Bordeaux et Bordeaux Supérieur, qui représentent de gros volumes et dépendent souvent fortement des circuits commerciaux négociés, la question des prix reste l’une des plus sensibles de la région.

Jacquin pourra toujours siéger au conseil en tant que représentant de Fine de Bordeaux, une appellation pour les spiritueux locaux, mais il se retire des responsabilités exécutives à 66 ans alors qu’il prépare une transmission familiale sur son domaine et sa distillerie à Croignon, près de Saint-Émilion. Pendant une vingtaine d’années, il avait été l’un des critiques internes les plus connus de la direction établie du syndicat bordelais.

Son accession à la présidence a reçu le soutien de cercles d’opposition liés à Viti 33 et à la branche girondine de la Coordination Rurale, un syndicat agricole connu pour contester la représentation agricole dominante. Durant son année de mandat, Jacquin a défendu plusieurs idées présentées comme des ruptures avec la politique passée, mais aucune n’a abouti. Parmi elles figuraient des propositions pour une catégorie Bordeaux IGP, un système AOP avec étiquetage par cépage comme Bordeaux chardonnay ou Bordeaux syrah, ainsi que le transfert du siège du syndicat afin de réduire la dette liée au site actuel de Planète Bordeaux à Beychac-et-Caillau, qui nécessite des investissements.

Ces propositions ont mis en lumière des tensions plus profondes sur la manière dont Bordeaux doit répondre au recul du marché et à l’évolution des habitudes de consommation. Les partisans de la réforme soutenaient que des options d’étiquetage plus larges et des coûts structurels plus faibles pourraient aider les vins régionaux à mieux concurrencer. Les critiques y voyaient des ruptures risquées avec l’identité des appellations ou des mesures ne bénéficiant pas d’un soutien suffisant au sein de l’institution.

Dans le même temps, certaines évolutions lancées pendant le précédent mandat de Gabard ont continué d’avancer. L’un des exemples est la refonte du Bordeaux claret en un style de vin rouge plus frais, pouvant potentiellement inclure du sucre. Ce processus a récemment conduit à des possibilités plus larges de sucrage dans les règles de l’AOC Bordeaux, traduisant des efforts pour adapter les produits à l’évolution de la demande tout en restant dans le cadre des appellations.

La pression climatique devrait constituer un autre test majeur pour le nouveau mandat de Gabard. Le millésime 2026, marqué par la chaleur, pèse sur les vignes et suscite des inquiétudes quant aux rendements dans certaines zones de Bordeaux. Dans ce contexte, l’irrigation est devenue l’un des sujets les plus controversés de la viticulture sous appellation en France. L’organisme de l’appellation Bordeaux dispose déjà d’un groupe de travail sur la question, mais il n’existe actuellement aucune dérogation autorisant l’apport d’eau aux vignes dans le cadre de ces règles AOC.

Les viticulteurs se retrouvent ainsi face à un équilibre difficile entre le maintien des standards de l’appellation et l’adaptation aux vagues de chaleur répétées et au stress hydrique. Pour de nombreux producteurs, en particulier ceux qui exploitent de grandes surfaces sous des dénominations régionales avec des marges serrées, l’adaptation climatique n’est plus une discussion de long terme mais une question opérationnelle urgente.

Gabard revient avec une expérience institutionnelle et un soutien plus solide au sein du syndicat que celui dont disposait son prédécesseur à la fin de son mandat. Mais son mandat commence sous la pression à la fois de l’économie et de la météo. L’enjeu est désormais de savoir si le plus grand organisme d’appellation régionale de Bordeaux peut rétablir la stabilité interne tout en trouvant des réponses concrètes sur les prix, le positionnement des produits et la gestion de l’eau pour un vignoble sous tension.

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