06-05-2026

Le gouvernement argentin a supprimé une contribution obligatoire que les caves et les producteurs de raisin acquittaient depuis plus de deux décennies pour financer l’agence de promotion du vin du pays, déclenchant un vif conflit avec une partie de la filière sur la manière dont le secteur doit être organisé et financé.
La mesure, publiée au Journal officiel et confirmée par le secrétaire à l’Agriculture Sergio Iraeta, donne trois mois au dispositif pour être démantelé et impose un bilan final de l’utilisation des fonds. Désormais, la Corporación Vitivinícola Argentina, connue sous le nom de Coviar, ne recevra plus de financement public national et devra compter sur les contributions volontaires de ses membres.
La décision a également été portée par Federico Sturzenegger, ministre de la dérégulation, qui a décrit l’ancien dispositif comme une charge pour les producteurs et a affirmé qu’il avait prélevé environ 300 millions de dollars au secteur entre 2004 et 2025 sans produire les résultats attendus. Il a soutenu que l’État ne devait pas être intégré aux opérations des caves et a estimé que ce changement supprimerait ce qu’il a qualifié de contrôles redondants ainsi qu’une redevance obligatoire pénalisant la compétitivité.
Coviar a été créée en 2004 dans le cadre de la loi 25.849 afin de coordonner la promotion et le développement de l’ensemble de la filière vitivinicole argentine. Dans ce cadre, toutes les caves et tous les producteurs étaient tenus de verser des cotisations sur chaque litre produit, mis en bouteille ou vendu, ainsi que sur chaque kilogramme de raisins transformés. Ces fonds devaient soutenir le Plan stratégique vitivinicole 2020, qui visait à placer l’Argentine parmi les principaux producteurs mondiaux de vin et à porter les exportations à 2 milliards de dollars par an d’ici 2020.
Pour les critiques du système, ces objectifs n’ont jamais été atteints. Bodegas de Argentina, organisation professionnelle représentant plus de 200 entreprises, a salué la fin des paiements obligatoires et estimé que le plan initial avait fait son temps. Le groupe a jugé que la nouvelle règle constituait une étape importante vers la modernisation et la compétitivité et a soutenu que Coviar devait désormais fonctionner comme n’importe quelle autre association professionnelle, financée uniquement par des cotisations volontaires.
Ce conflit reflète une fracture ancienne au sein de l’un des secteurs agricoles les plus importants d’Argentine. Coviar a géré des programmes de promotion sur les marchés intérieur et extérieur, des certifications de durabilité et des initiatives en faveur de la rentabilité, avec une structure reposant sur un financement privé obligatoire et sur la participation d’acteurs nationaux et provinciaux. Ses opposants l’accusent régulièrement d’utiliser les fonds sans suffisamment de transparence ni d’impact mesurable.
Ces critiques se sont intensifiées l’an dernier. En août 2025, Bodegas de Argentina a affirmé que Coviar avait gaspillé 230 millions de dollars en 16 ans et a soutenu les initiatives législatives visant à supprimer l’entité. La nouvelle règle ne dissout pas Coviar et ne lui retire pas sa personnalité juridique, mais elle réduit fortement sa base financière et laisse son avenir dépendre du maintien ou non du soutien des caves.
Ce changement intervient à un moment difficile pour le vin argentin. La consommation intérieure est faible depuis des années, les exportations peinent à retrouver leur dynamisme et les producteurs font face à des coûts plus élevés, à l’inflation et à des contraintes logistiques. Selon des données citées par le Center for Political Economy Argentina, la viticulture s’étend sur 20 provinces, mais Mendoza représente 71,4 % des surfaces plantées, 78 % de la production de vin et plus de 52 % de la production de moût.
Les chiffres à l’export montrent à quel point le secteur reste fragile. En mars 2026, les exportations argentines de vin ont totalisé 57,4 millions de dollars. Les vins varietaux ont représenté 51,3 millions de dollars de ce total, tandis que les vins non varietaux ont généré 4 millions de dollars et les vins effervescents 2,1 millions. La valeur globale des exportations a progressé de 9 % par rapport à mars 2025, mais une grande partie de cette hausse est venue des expéditions en vrac, dont les volumes ont augmenté de 51,2 % pour des gains en valeur modestes.
Sur l’ensemble de 2025, les exportations ont reculé de 7,2 % en valeur dollar pour atteindre 661 millions de dollars, leur niveau le plus bas depuis 2009. Les volumes sont tombés à 1,93 million d’hectolitres, leur plus faible niveau depuis 2004 selon l’Institut national argentin de viticulture. Les principales destinations sont restées les États-Unis, le Royaume-Uni, le Brésil, le Canada et l’Allemagne.
Sur le marché intérieur, les ventes n’ont montré qu’un rebond limité. En mars 2026, les commercialisations intérieures de vin ont atteint 60,3 millions de litres, en hausse de 8,4 % sur un an, portées par les progrès des vins non varietaux et des effervescents malgré le recul des vins varietaux. Sur le premier trimestre 2026, les ventes intérieures n’ont augmenté que de 1,5 % sur un an.
Le contexte général est celui d’un marché mondial du vin sous pression en raison de l’évolution des habitudes de consommation, de l’inflation et d’une demande plus faible pour les boissons titrant davantage en alcool. Pour la filière argentine, qui figure toujours parmi les plus grands producteurs mondiaux avec environ 1 milliard de litres par an, le débat autour de Coviar s’inscrit dans une question plus large : faut-il continuer à s’appuyer sur des structures centralisées de promotion ou évoluer vers un modèle plus souple, davantage façonné par les forces du marché ?
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