Un viticulteur français appelle à assouplir les règles dans les vignobles

Selon lui, le réchauffement en Gironde impose aux vignerons d’adapter l’écartement des rangs et la gestion de la canopée aux sols locaux.

05-05-2026

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Un viticulteur français appelle à assouplir les règles dans les vignobles

Un viticulteur et élu français a estimé cette semaine que les vignobles du pays ont besoin de davantage de souplesse, et non de règles plus strictes, pour faire face à un climat plus chaud qui modifie déjà les conditions de culture dans des zones comme la Gironde.

Yves d’Amécourt, vigneron à Sauveterre-de-Guyenne et ancien élu, a défendu cette position à l’issue d’une conférence organisée le 28 avril à l’Assemblée nationale à Paris, consacrée au vin, à la consommation et à l’adaptation au climat. Dans des propos résumés après l’événement, il a indiqué que la température moyenne en Gironde avait augmenté de 1,7 °C depuis la fin des années 1990 et a plaidé pour que la conception des vignobles soit adaptée aux sols et à la météo locaux plutôt que contrainte par un modèle unique.

Ses déclarations interviennent alors que les régions viticoles françaises font face à des vendanges plus précoces, à des pics de chaleur plus fréquents et à une pression accrue pour réduire les intrants chimiques tout en maintenant la qualité. D’Amécourt a estimé que les producteurs devraient pouvoir gérer le feuillage et la hauteur des ceps afin que les raisins reçoivent le bon équilibre entre lumière et chaleur. Il a également appelé à faire varier la densité de plantation selon le type de sol et le climat, soulignant que ce qui fonctionne dans une partie d’une région peut ne pas convenir ailleurs.

Il a cité l’Entre-Deux-Mers, en Gironde, où il affirme qu’il existe 47 profils de sols distincts, comme exemple de la manière dont des règles uniformes peuvent se révéler contre-productives. Selon lui, une vigne plantée sur un type de terrain ne devrait pas être tenue d’adopter le même schéma qu’une autre implantée à proximité dans des conditions différentes.

Le débat sur la densité des plantations divise depuis longtemps les producteurs et les régulateurs du vin français. Les règles traditionnelles des appellations privilégient souvent des vignes serrées, mais certains viticulteurs soutiennent désormais que des rangs plus espacés peuvent améliorer l’aération, réduire la pression des maladies et limiter la consommation de carburant en rendant les passages de tracteur plus efficaces. D’Amécourt a affirmé qu’un espacement plus large peut réduire la distance parcourue par les machines dans un vignoble et donc diminuer la consommation d’énergie.

Il a également relié la structure du vignoble aux pratiques environnementales désormais souvent qualifiées d’agroécologiques. Parmi les mesures qu’il a citées figuraient les couverts végétaux pour limiter la vigueur de la vigne, la réduction du recours aux herbicides grâce à l’enherbement entre les rangs et une baisse globale de l’usage des pesticides. Selon lui, ces évolutions devraient être laissées aux producteurs qui connaissent le mieux leurs terres plutôt qu’imposées par des normes nationales rigides.

La conférence a réuni des responsables du secteur, des chercheurs et des représentants des institutions viticoles françaises autour de trois tables rondes consacrées à la consommation, à l’adaptation au climat et aux politiques publiques. Parmi les participants figuraient notamment Samuel Montgermont de Vin & Société, Jean-Marie Fabre de Vignerons Indépendants, Bernard Angelras de l’Institut français de la vigne et du vin, Bernard Farges du comité national interprofessionnel du vin (CNIV) et du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), entre autres.

D’Amécourt a assuré que sa position n’avait rien de nouveau. Il a rappelé avoir publié en 2003 un article défendant les « vignes larges et hautes », une idée selon lui en avance sur son temps mais qui apparaît aujourd’hui plus pertinente alors que les producteurs affrontent des étés plus chauds et une pression accrue pour élaborer des vins moins alcoolisés et mieux équilibrés.

Il a expliqué que l’ensoleillement en Gironde n’avait pas augmenté globalement mais s’était concentré davantage pendant les mois d’été, rendant la gestion du feuillage encore plus importante. À ses yeux, la question centrale n’est pas de savoir si les vignobles doivent s’adapter au changement climatique, mais si la réglementation doit laisser aux producteurs suffisamment de marge pour le faire.

Cet argument gagne du terrain dans certaines parties du secteur viticole français. L’Institut national de l’origine et de la qualité a appelé à simplifier les cahiers des charges des appellations en raison du manque d’effectifs pour assurer leur contrôle, tandis que la CNAOC, qui représente les producteurs d’appellations, plaide pour davantage de liberté dans les choix techniques. Plusieurs régions ont également commencé à tester des densités de plantation plus faibles.

Pour D’Amécourt, l’enjeu est autant politique qu’agronomique : savoir si la France fera confiance aux vignerons pour prendre des décisions techniques fondées sur leurs propres terroirs. Selon lui, l’adaptation passera par davantage de liberté laissée aux producteurs pour ajuster leurs vignobles aux réalités locales plutôt que par une nouvelle couche de règles.

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