L’UE prévoit un train de mesures commerciales pour décembre, avec un nouvel outil de défense
La Commission prévoit des mesures contre le détournement des échanges, le transbordement et les hausses soudaines des importations
samedi 24 octobre 2026
Vendredi, à Dublin, les ministres du Commerce de l’Union européenne ont profité d’une réunion informelle pour préparer le sommet UE-Canada prévu plus tard ce mois-ci, faire le point sur le dialogue commercial du bloc avec la Chine et appeler les États-Unis à avancer sur les droits de douane qui touchent encore les vins et spiritueux européens.
La réunion du 23 octobre a rassemblé des responsables du commerce alors que Bruxelles cherche à protéger les chaînes d’approvisionnement, à réagir plus rapidement aux pressions commerciales et à renforcer ses liens avec des partenaires jugés fiables. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a fait le point auprès des ministres sur les dernières consultations avec la Chine en matière de commerce et d’investissement, avant d’aborder le suivi du récent Conseil européen, au cours duquel les dirigeants de l’UE ont demandé à la Commission européenne de concevoir un nouvel instrument de défense commerciale capable de produire rapidement des résultats concrets.
À l’issue de la réunion, Šefčovič a déclaré que la Commission préparait pour décembre un train de mesures législatives sur la diversification. Celui-ci comprendrait l’instrument « diversifyEU » prévu ainsi qu’un nouvel outil de défense commerciale, et pourrait, selon lui, aller au-delà de ces deux mesures. Il a indiqué que la Commission avait constaté ces derniers mois l’importance croissante du détournement des échanges et ajouté que les responsables examinaient également les règles d’origine et le transbordement de marchandises.
Ces travaux témoignent d’une préoccupation plus générale au sein de l’UE : les flux commerciaux peuvent se réorienter rapidement lorsque de grandes économies imposent des droits de douane ou d’autres restrictions. Bruxelles veut se doter d’instruments capables de réagir plus vite lorsque des marchandises sont réacheminées via des pays tiers ou que les importations sur le marché européen augmentent brusquement après la mise en place de barrières ailleurs. Interrogé sur la possibilité d’étendre les mesures de sauvegarde au-delà des véhicules hybrides à d’autres secteurs, Šefčovič a évoqué les plastiques comme prochaine cible possible.
La Chine est restée au cœur des échanges à Dublin, même si les ministres ont également consacré une grande partie de leur deuxième séance de travail au Canada, en amont du sommet UE-Canada qui se tiendra à Montréal les 29 et 30 octobre. Le ministre canadien du Commerce, Maninder Sidhu, a participé aux événements organisés en marge de la réunion de Dublin jeudi et vendredi, soulignant la volonté des deux parties de profiter du sommet pour renforcer une relation économique déjà étroite.
Avant la réunion, le ministre autrichien de l’Économie, Wolfgang Hattmannsdorfer, a déclaré que l’Europe devait envisager son espace économique dans une perspective plus large. Il a estimé que le marché unique de l’UE ne devait pas s’arrêter aux frontières continentales de l’Europe et que le Canada pouvait s’en rapprocher non seulement grâce aux droits de douane, mais aussi par les normes applicables aux produits et la mobilité des travailleurs.
Le commerce numérique devrait figurer parmi les principaux sujets du sommet. La ministre irlandaise du Commerce, Helen McEntee, a indiqué que les travaux sur l’économie numérique progresseraient bientôt, et Šefčovič avait déclaré la veille que l’UE négociait activement un accord sur le commerce numérique. Plus de 40 % des 51 milliards d’euros d’échanges de services de l’UE sont déjà fournis sous forme numérique, a-t-il précisé, signe de l’importance croissante de ce domaine pour les activités transfrontalières.
Lors d’un déjeuner de travail vendredi, les ministres sont également revenus sur les États-Unis, les droits de douane sur les vins et spiritueux attirant de nouveau l’attention. Le ministre français délégué au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a déclaré que la France réclamait depuis des années des exemptions pour les vins et spiritueux et avait continué à soulever la question auprès des responsables américains, en particulier depuis l’accord de Turnberry. Ses propos témoignent des efforts de longue date de la France pour supprimer des droits qui, selon les producteurs, pénalisent les ventes et créent de l’incertitude sur l’un des marchés d’exportation les plus importants pour les boissons européennes.
Šefčovič a déclaré que la Commission continuerait à œuvrer activement pour parvenir à un accord qui s’appliquerait à tous les spiritueux et à tous les vins. Ses propos indiquent que Bruxelles cherche toujours à élargir tout allègement tarifaire afin qu’il couvre l’ensemble des produits concernés, plutôt qu’un groupe plus restreint.
Pour les producteurs de vin et les autres exportateurs de boissons, l’enjeu dépasse le cadre diplomatique. Toute modification des droits de douane américains peut influer sur les coûts à l’exportation, les prix et la capacité des marques européennes à rivaliser dans les rayons et sur les cartes des restaurants du marché américain. C’est particulièrement important pour les producteurs qui doivent déjà composer avec une demande volatile, des coûts de fret fluctuants et une forte concurrence des fournisseurs américains et de pays hors UE. Une exemption plus large ne garantirait pas une hausse des ventes, mais pourrait alléger l’un des principaux obstacles commerciaux auxquels le secteur est confronté.
Les discussions avec Washington restent dans l’impasse sur d’autres sujets. Šefčovič a déclaré qu’aucune avancée n’avait été réalisée sur les produits dérivés de l’acier, malgré la poursuite des contacts entre la Commission et les autorités américaines. Cette situation rappelle que le programme commercial transatlantique comporte encore plusieurs dossiers difficiles, alors même que les deux parties cherchent à éviter une escalade plus large.
Dans l’ensemble, les discussions à Dublin ont montré combien de fronts l’UE tente de gérer simultanément. Avec la Chine, l’objectif est de réduire les vulnérabilités tout en maintenant le dialogue. Avec le Canada, il s’agit d’avancer vers une intégration plus poussée dans des domaines tels que le commerce numérique et les normes. Avec les États-Unis, l’effort vise à obtenir des allègements concrets dans des secteurs sensibles, notamment celui des boissons, tout en maîtrisant les tensions commerciales plus générales.
La réunion a également mis en évidence l’importance croissante accordée par la Commission à la diversification comme réponse politique à l’instabilité mondiale. Plutôt que de dépendre excessivement d’un petit nombre de marchés ou de voies d’approvisionnement, Bruxelles cherche à répartir les risques entre un plus grand nombre de partenaires et à se doter d’outils plus rapides pour faire face aux changements soudains des flux commerciaux. Le train de mesures prévu en décembre devrait montrer jusqu’où la Commission est prête à aller pour se donner ces pouvoirs, notamment en matière de défense commerciale et de surveillance du marché liée aux règles d’origine et aux éventuels transbordements.
Pour l’heure, le test le plus immédiat aura lieu à Montréal à la fin du mois, où les responsables de l’UE et du Canada devraient discuter des moyens d’approfondir leur coopération, à un moment où le commerce numérique, la résilience industrielle et l’alignement stratégique occupent une place croissante dans la politique commerciale. Parallèlement, les échanges de l’UE avec Pékin et Washington continueront probablement d’orienter les prochaines décisions du bloc sur les droits de douane, les mesures de sauvegarde et le soutien aux secteurs exposés aux pressions commerciales extérieures, notamment les vins et spiritueux.