Au Royaume-Uni, les discothèques réclament un allègement fiscal après la fermeture de 36,5 % des établissements depuis 2020
Un rapport recense 455 fermetures et relance les appels au Trésor britannique pour que les discothèques bénéficient de la réduction fiscale de 20 % prévue.
samedi 17 octobre 2026

Le secteur des discothèques britanniques demande au gouvernement d’étendre aux établissements spécialisés l’allègement prévu de la taxe sur les locaux commerciaux, après la publication de nouvelles données montrant qu’il a perdu plus d’un tiers de ses établissements depuis le début de la pandémie.
L’alerte a été lancée par la Night Time Industries Association (NTIA), après la publication vendredi d’un nouveau rapport, le Night Time Economy Market Monitor, par l’organisation professionnelle et NielsenIQ, avec le soutien de CGA. Selon ce rapport, 455 discothèques ont fermé depuis mars 2020, soit un recul de 36,5 % du secteur.
Les chiffres font également état d’un recul plus général des établissements ouverts tard le soir, une catégorie qui comprend les discothèques, les bars ouverts tard et les casinos. D’après le rapport, leur nombre a baissé de 28,7 % entre mars 2020 et juin 2026. Sur la même période, l’ensemble du secteur de l’hôtellerie-restauration a reculé de 14,4 %. En valeur absolue, le rapport dénombre 867 établissements nocturnes en activité de moins, soit un recul près de deux fois plus rapide que celui du marché dans son ensemble.
L’économie nocturne au sens large, qui englobe aussi les pubs, les restaurants, les théâtres et les cinémas, a enregistré une perte nette de 14 332 établissements depuis mars 2020, indique le rapport. Parmi eux, 374 ont fermé au cours des six premiers mois de 2026, soit plus de 14 par semaine. Seules 13 de ces fermetures concernaient des établissements ouverts tard le soir, ce qui laisse penser que le secteur avait déjà subi certaines de ses pertes les plus lourdes au cours des années précédentes. Les chiffres mesurent l’évolution nette du nombre d’établissements en activité, en tenant compte des fermetures définitives et des ouvertures.
Ces données renforcent un argumentaire qui prend de l’ampleur dans le secteur, à l’approche du budget d’automne du chancelier de l’Échiquier John Healey, le 28 octobre. Plus tôt cette année, le gouvernement a annoncé un dispositif d’allègement de 20 % de la taxe sur les locaux commerciaux pour les entreprises de l’hôtellerie-restauration, qui doit entrer en vigueur le 1er avril 2027. Cette aide doit bénéficier aux pubs éligibles, aux clubs sociaux et aux salles de concert, mais les discothèques à part entière en ont été exclues.
Au Royaume-Uni, la taxe sur les locaux commerciaux est un impôt foncier payé par les occupants de locaux professionnels. Les exploitants font valoir qu’un allègement peut peser de manière significative dans un secteur où les coûts fixes sont souvent élevés, notamment les loyers, l’énergie, le personnel et la sécurité. La NTIA demande que la réduction soit étendue aux discothèques, estimant qu’elles ont subi certaines des pertes les plus lourdes du secteur de l’hôtellerie-restauration et ne devraient pas être exclues des aides ciblées.
Michael Kill, directeur général de la NTIA, a déclaré que le rythme des fermetures devait servir d’avertissement aux ministres. Les établissements nocturnes britanniques disparaissent presque deux fois plus vite que ceux du marché dans son ensemble, a-t-il affirmé, ajoutant que ces pertes ne constituent pas une menace théorique pour l’avenir : les établissements ont déjà fermé. Plus d’un établissement nocturne sur quatre a disparu depuis 2020, et plus d’une discothèque sur trois a fermé, a-t-il précisé.
L’association a indiqué que ses revendications ne se limitent pas à la question de la taxe sur les locaux commerciaux. Elle demande également un réexamen des coûts liés à l’emploi, notamment des cotisations patronales à l’assurance nationale, un soutien accru aux exploitants indépendants et une meilleure prise en compte de la musique électronique et de la culture des discothèques dans les décisions publiques. Selon Kill, le gouvernement ne peut prétendre protéger l’économie musicale britannique tout en excluant les entreprises qui font vivre sa culture nocturne.
Le débat dépasse les seuls propriétaires d’établissements. Un marché des discothèques plus restreint signifie moins de points de vente de bière, de vin et de spiritueux ouverts tard le soir, et peut réduire les volumes des fournisseurs de boissons tributaires de l’activité nocturne. Il risque aussi d’accentuer la pression sur le reste du secteur de l’hôtellerie-restauration, notamment dans les centres-villes où les discothèques contribuent à attirer du public la nuit, au bénéfice des bars et des autres établissements voisins.
La NTIA présente la question comme un enjeu à la fois économique et culturel. L’organisation estime que les ministres devraient reconnaître le rôle du secteur dans l’emploi, le tourisme et la vitalité des rues commerçantes, en particulier dans les centres urbains où l’activité nocturne peut soutenir un ensemble plus vaste d’entreprises de l’hôtellerie-restauration et du divertissement. Dans cette perspective, les discothèques ne sont pas de simples établissements isolés, mais des éléments d’un écosystème plus large qui influe sur l’emploi, les dépenses des consommateurs et l’attractivité des centres-villes après la tombée de la nuit.
Le dispositif d’allègement actuel du gouvernement retient l’attention parce qu’il établit une distinction au sein du secteur de l’hôtellerie-restauration : certaines catégories bénéficient d’un soutien fiscal, tandis que d’autres, qui affirment subir des difficultés financières similaires ou plus importantes, en sont exclues. Les exploitants de discothèques font valoir qu’ils sont confrontés à nombre des mêmes coûts en hausse que les pubs et les salles de concert, auxquels s’ajoutent souvent des dépenses liées aux licences, aux systèmes de sonorisation, aux horaires d’ouverture tardifs et à la sécurité à l’entrée.
Les chiffres de la NTIA n’expliquent pas à eux seuls toutes les fermetures, mais ils s’inscrivent dans une tendance de fragilisation qui s’est poursuivie bien après la fin des fermetures imposées par la pandémie. Le rapport laisse entendre que les établissements nocturnes ne se sont pas rétablis au même rythme que les autres segments de l’hôtellerie-restauration et que les discothèques spécialisées ont été particulièrement vulnérables. L’organisation professionnelle dispose ainsi d’arguments plus solides à faire valoir avant le budget : elle demande au Trésor de revoir le périmètre du dispositif d’allègement avant son entrée en vigueur au printemps prochain.
Pour Kill, le message adressé au gouvernement est simple : cesser de laisser les discothèques de côté et reconnaître que l’économie nocturne peut contribuer à soutenir les entreprises, la culture et les rues commerçantes britanniques.