Une étude montre que l’ABA déclenche la maturation de raisins retardés de plus de 65 jours

Les chercheurs estiment que ce décalage extrême reflète une défaillance du signal d’initiation de la maturation, offrant une piste potentielle pour la sélection en climat plus chaud

16-06-2026

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Une étude publiée ce mois-ci dans OENO One rapporte qu’un génotype de raisin à maturation lente a retardé la maturation des baies de plus de 65 jours par rapport à un frère issu du même croisement, et que des applications d’acide abscissique, ou ABA, ont pu déclencher l’accumulation de sucres dans le fruit. Ces résultats pointent vers un problème dans le processus de signalisation qui lance la maturation, plutôt qu’un simple manque de sucres ou une incapacité de la vigne à photosynthétiser.

La recherche a été menée par des scientifiques travaillant sur du matériel végétal issu du programme de sélection et de génétique d’E. & J. Gallo Winery en Californie. L’équipe a comparé deux semis blancs propriétaires issus du même croisement réalisé en 2013. L’un a mûri normalement et a dépassé 20° Brix avant le 1er septembre, ce que les auteurs ont indiqué comme standard pour les variétés blanches dans cette zone. L’autre est resté vert et ferme à cette date et a été classé comme à maturation lente.

Les vignes ont été cultivées près de Madera, en Californie, dans les mêmes conditions de terrain, avec irrigation complète et conduite standardisée. Sur trois ans, et pour certaines mesures sur quatre ans, les chercheurs ont suivi les solides solubles totaux, la croissance des baies et leur ramollissement afin de comprendre en quoi les deux frères différaient et si ce retard inhabituel était stable dans le temps.

Selon l’article, le génotype à maturation lente a présenté ce que les auteurs décrivent comme un retard sans précédent de plus de 65 jours. Cet écart compte car l’accumulation des sucres est l’un des principaux marqueurs utilisés pour décider de la date des vendanges en raisin de cuve. Dans des conditions plus chaudes, les raisins atteignent souvent plus tôt les objectifs en sucre, tandis que l’acidité, les composés colorants, les précurseurs d’arômes et d’autres éléments liés à la qualité peuvent ne pas suivre au même rythme. Un génotype qui ralentit ou retarde naturellement la maturation pourrait donc devenir utile dans des programmes de sélection visant à réduire ces déséquilibres à mesure que les vignobles s’adaptent au changement climatique.

L’étude abordait aussi un problème pratique pour les caves. Une maturation plus précoce peut comprimer les fenêtres de vendange entre cépages et régions, créant une pression logistique au moment du pressurage. Si ce travail portait sur un semis très inhabituel à maturation lente plutôt que sur un cultivar commercial, il aide néanmoins à préciser quels contrôles biologiques pourraient un jour être utilisés pour sélectionner des raisins mieux adaptés aux conditions futures de culture.

Pour tester pourquoi le fruit accusait un tel retard, les chercheurs ont examiné plusieurs causes possibles. Ils ont mesuré l’état hydrique foliaire et les échanges gazeux en 2022 afin de vérifier si les vignes à maturation lente étaient limitées dans leur assimilation du carbone. Ils ont aussi modifié la charge en fruits en 2023 par un éclaircissage sévère des grappes pour tester si une demande trop forte des fruits retardait la maturité. Dans des expériences distinctes menées de 2022 à 2025, ils ont traité des grappes avec des composés liés soit à la signalisation hormonale, soit au ramollissement induit par les solutés.

Ces traitements comprenaient l’ABA, l’ACC, le saccharose et le polyéthylène glycol, ainsi qu’un témoin avec tensioactif. L’ABA est une hormone végétale depuis longtemps associée au début de la maturation du raisin. L’ACC est un précurseur impliqué dans la production d’éthylène. Le saccharose et le polyéthylène glycol ont été utilisés pour tester si une modification des conditions osmotiques ou liées aux solutés autour de la baie pouvait reproduire le début de la maturation.

Les résultats n’ont pas étayé l’idée que les vignes étaient simplement faibles ou incapables d’apporter suffisamment de carbone aux fruits. Les auteurs indiquent que la physiologie foliaire n’était pas altérée chez le génotype à maturation lente. Un éclaircissage sévère des grappes n’a pas non plus modifié de manière significative ni le moment ni la vitesse de maturation, ce qui suggère que l’équilibre source-puits n’était pas l’explication principale du retard.

En revanche, l’ABA a eu un effet net. Dans les expériences décrites dans l’article, les traitements à l’ABA ont rapidement déclenché l’accumulation de sucres dans les baies à maturation lente. L’intensité de cette réponse dépendait à la fois du moment d’application et de la dose. Les chercheurs ont testé des applications à 400 mg/L et 2000 mg/L à différents stades développementaux sur la base du frère à maturation normale, notamment au stade grain de pois, à la véraison et après véraison. Leurs résultats montrent que l’efficacité du traitement variait selon le moment où il était appliqué et la quantité utilisée.

Ce schéma a conduit les auteurs à conclure que le fruit à maturation lente souffre probablement d’une défaillance du signal au moment d’initier la maturation. Chez le raisin, la maturation commence normalement autour de la véraison avec le ramollissement des baies et une signalisation liée à l’ABA, suivis d’une accumulation rapide des sucres et, dans les variétés colorées, du développement des pigments. Si ce premier signal est perturbé, les baies peuvent rester fermes et vertes même lorsque les conditions environnementales permettraient autrement leur maturité.

L’article prend soin de ne pas présenter ce génotype comme une solution commerciale immédiate. Il s’agit d’une sélection propriétaire issue d’un programme de sélection étudiée dans des conditions expérimentales, et non d’une variété commercialisée pour les producteurs. Mais son comportement extrême offre aux chercheurs un modèle rare pour étudier comment débute la maturation au niveau physiologique et quels gènes ou réseaux régulateurs peuvent la contrôler.

Cette question est devenue plus urgente avec l’évolution des conditions climatiques qui modifient le développement du raisin dans le monde entier. Les auteurs notent que des conditions plus chaudes et plus sèches tendent à avancer les stades phénologiques et à raccourcir les intervalles entre eux. Dans de nombreuses régions viticoles, cela signifie que les raisins peuvent accumuler trop vite leurs sucres par rapport aux acides et aux composés aromatiques. Des pratiques viticoles telles que la taille tardive, les pulvérisations antitranspirantes ou une limitation tardive des sources peuvent aider à ralentir la maturité, mais des travaux antérieurs cités par les auteurs suggèrent que ces méthodes plafonnent généralement autour d’un retard d’environ trois semaines et peuvent comporter des compromis si elles sont mal synchronisées.

C’est pourquoi les sélectionneurs se tournent davantage vers la variation génétique naturelle comme stratégie d’adaptation à plus long terme. La nouvelle étude apporte des éléments montrant que des caractères liés spécifiquement au démarrage de la maturation et au rythme d’accumulation des sucres peuvent varier fortement même entre frères issus du même croisement. Elle distingue aussi le retard de maturation d’autres différences sur toute une saison végétative en se concentrant sur le ramollissement des baies et l’accumulation des sucres lorsque le développement du fruit approche la véraison.

Les chercheurs ont utilisé des prélèvements répétés de baies entre 2022 et 2025 ainsi que des mesures non destructives de fermeté entre 2022 et 2024. Ils ont collecté des baies chaque semaine et augmenté l’échantillonnage près de la véraison lorsque cela était possible. Le poids des baies a été mesuré directement, tandis que leur teneur en sucre par baie a été estimée à partir du poids des baies et des solides solubles totaux. La fermeté a été évaluée avec un instrument appelé GrapeGrabber, qui estime l’élasticité des baies lors de la compression.

Le travail comprenait aussi une comparaison liée au stress hydrique en 2025. Sur la base des résultats antérieurs, les chercheurs ont appliqué 2000 mg/L d’ABA après un timing comparable à celui post-véraison chez le frère normalisé et ont comparé ces grappes avec des fruits non traités ainsi qu’avec des vignes soumises à un dessèchement sévère par arrêt de l’irrigation goutte-à-goutte. Cette expérience visait à comparer l’ABA appliquée extérieurement avec des conditions de stress connues pour modifier la physiologie de la vigne. Le texte source fourni ne donne pas tous les résultats numériques de cet essai dans sa partie résumée, mais il inscrit le stress hydrique dans l’effort plus large visant à déterminer si ce sont plutôt les signaux hormonaux que l’accumulation des solutés qui sont centraux dans l’initiation de la maturation chez ce génotype.

L’étude a été reçue le 11 décembre 2025, acceptée le 12 mai et publiée le 4 juin dans le volume 60, numéro 2 d’OENO One. Ses auteurs sont Pietro Previtali, Oscar Bellon, Elizabeth Green, Kenneth Shackel, Marianna Fasoli, Sara Zenoni, Peter Cousins, Megan Bartlett et Nick Dokoozlian.

Pour les viticulteurs et producteurs de vin, l’enseignement immédiat n’est pas que des pulvérisations d’ABA résoudront partout dans les vignobles les problèmes liés au climat concernant la maturation. Le message plus fort est que le calendrier de maturation peut être contrôlé par des étapes précises de signalisation susceptibles d’échouer ou d’être retardées indépendamment de la vigueur de la vigne ou de sa charge en fruits. Si les sélectionneurs parviennent à identifier ces mécanismes avec plus de précision, ils pourraient être en mesure de développer des génotypes atteignant la récolte avec un meilleur alignement entre sucres et autres critères qualitatifs dans des conditions plus chaudes.

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