La production française de vin tombe à son plus bas niveau depuis les années 1950

La consommation de vin en France atteint son niveau le plus bas depuis 1961

04-06-2025

Partagez-le!

La filière viticole française a connu en 2024 l'une des années les plus difficiles de mémoire récente, marquée par une chute spectaculaire de la production, une baisse persistante de la consommation intérieure et un paysage d'exportation de plus en plus volatile. Selon le rapport annuel publié le 6 juin 2025 par Vinetur, le secteur a subi une baisse de 23 % de la production de vin par rapport à 2023, produisant seulement 37 millions d'hectolitres - le volume le plus bas depuis les années 1950.

Cet effondrement a été provoqué par des conditions climatiques sévères qui ont eu un impact sur presque toutes les grandes régions viticoles. Des pluies printanières persistantes, des gelées tardives et une propagation agressive du mildiou ont décimé les rendements. Des zones de production clés telles que les Charentes, le Jura et la vallée de la Loire ont enregistré des pertes supérieures à 30 %. Même la Champagne et le Bordelais ont connu des baisses à deux chiffres. La baisse des volumes s'est traduite par une chute de 21,7 % de la valeur totale de la production, selon les estimations de l'INSEE.

Malgré cette baisse, les exportations françaises de vin sont restées remarquablement stables. Le volume total a légèrement augmenté de 0,7 %, atteignant 11,17 millions d'hectolitres, grâce à une gestion stratégique des stocks et à une reprise de la demande sur des marchés tels que les États-Unis. La valeur des exportations a toutefois diminué de 3,0 % pour atteindre 10,9 milliards d'euros, en raison de la baisse des prix et de l'évolution des préférences des consommateurs dans certaines destinations. Les exportations vers la Chine ont chuté de plus de 17 %, tant en volume qu'en valeur, en raison du ralentissement économique et de l'intensification de la concurrence des vins australiens.

Au niveau national, la consommation de vin a poursuivi sa trajectoire descendante, chutant de 3,6 % pour atteindre 23 millions d'hectolitres, soit le niveau le plus bas depuis 1961. La baisse a été la plus forte pour les vins rouges, en particulier dans la grande distribution. Les vins blancs et les vins de France d'entrée de gamme ont mieux résisté. Les importations de vins effervescents, avec en tête le Prosecco, ont progressé, ce qui laisse supposer que les consommateurs se tournent vers des produits plus abordables que le champagne.

Dans les supermarchés, les ventes de vins tranquilles ont chuté de 4,9 % en volume et de 3,1 % en valeur entre janvier et novembre 2024. Parmi les vins effervescents, c'est le champagne qui a le plus souffert, avec une baisse de près de 13 % en volume. En revanche, les vins mousseux importés ont enregistré des gains, reflétant l'évolution des préférences sur un marché sensible aux prix.

La structure du secteur vitivinicole a également continué à se consolider. La superficie totale du vignoble français est passée à 783 000 hectares, soit une diminution de 0,7 %. Cette diminution inclut l'arrachage prévu de 8 000 hectares dans le Bordelais. Le nombre d'exploitations viticoles a également diminué, les données de la Mutualité Sociale Agricole faisant état de 42 711 chefs d'exploitation dans le secteur de la viticulture en 2023. Les défis du renouvellement des générations restent aigus, avec une part importante de viticulteurs proches de la retraite.

La situation en 2024 met en évidence l'impact croissant de la volatilité du climat sur la viticulture française. Elle reflète également les changements profonds de la demande mondiale et nationale. Si la France reste un exportateur de vin de premier plan, avec de bonnes performances dans des segments clés tels que les vins blancs et certaines appellations comme la Bourgogne, le secteur est contraint d'innover et de s'adapter.

Les producteurs sont poussés à diversifier leurs portefeuilles, à adopter de nouvelles pratiques viticoles et à développer des vins qui correspondent à l'évolution des habitudes de consommation, y compris des offres plus légères, moins alcoolisées et une production durable. L'évolution continue vers la premiumisation des exportations et la gestion stratégique des stocks suggèrent un secteur qui, bien que sous pression, trouve des moyens de rester compétitif dans un marché mondial en pleine transformation.

La lecture vous a plu ? Partagez-la avec d'autres !