26-05-2026
La Chine a averti jeudi qu’elle pourrait prendre des « contre-mesures résolues » si l’Union européenne allait de l’avant avec un nouvel outil commercial visant à limiter ce que Bruxelles considère comme des surcapacités industrielles chinoises, faisant monter le risque d’un nouveau cycle de représailles entre deux des plus grandes puissances commerciales mondiales.
Cet avertissement a été formulé par He Yadong, porte-parole du ministère chinois du Commerce, lors d’un point presse à Pékin. Il a déclaré que si l’UE commençait à qualifier les excédents commerciaux de « surcapacité », les exportations européennes d’automobiles, de produits pharmaceutiques, de vin et de cosmétiques pourraient elles aussi être décrites ainsi. Il a exhorté le bloc à revenir au dialogue et à la consultation et à prendre des mesures de nature à soutenir les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’UE.
Le différend porte sur un projet d’« instrument sur les surcapacités » de l’UE, qui donnerait à la Commission européenne de nouveaux pouvoirs pour restreindre l’accès des produits chinois dans certains secteurs de marché. La mesure devrait être examinée par le collège des commissaires la semaine prochaine, le 29 mai, selon des responsables informés du dossier.
Des responsables européens indiquent que cette proposition vise à répondre à ce qu’ils considèrent comme un déséquilibre structurel entre production et consommation mondiales. Ils estiment que la Chine représente désormais environ 30 % de la production mondiale mais seulement 13 % de la consommation, un écart qui, selon Bruxelles, a contribué à exercer une pression sur les industries européennes. La Commission étudie également des modifications juridiques qui imposeraient aux entreprises européennes de s’approvisionner en composants critiques auprès d’au moins trois fournisseurs différents, dans le cadre d’un effort plus large visant à réduire la dépendance aux importations étrangères de biens tels que les engrais, les médicaments et les minerais rares.
La réaction chinoise reflète une détérioration plus large des relations commerciales entre Pékin et Bruxelles. Les deux parties sont engagées depuis des années dans des différends sur les véhicules électriques, l’acier, les subventions et l’accès au marché, avec peu de progrès dans les discussions secteur par secteur. Les négociations sur un prix minimum pour les véhicules électriques chinois en échange d’une suppression par l’UE de droits de douane pouvant atteindre 35 % n’ont pas abouti à un accord.
Bruxelles a également décidé cette année de freiner les importations d’acier de 47 %, une mesure motivée, selon des responsables européens, par l’excès d’offre en provenance de Chine et par la nécessité de protéger les producteurs européens contre une concurrence déloyale. Malgré ces efforts, le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint 360 milliards d’euros en 2025 et devrait encore se creuser en 2026.
Ces tensions interviennent alors que Pékin cherche à gérer ses relations avec les grandes puissances sur plusieurs fronts. Le président Xi Jinping a reçu mercredi le président russe Vladimir Poutine, quelques jours après avoir rencontré le président Donald Trump, avec le commerce parmi les sujets abordés. La relation commerciale propre de l’UE avec Washington s’est elle aussi tendue au cours des 18 derniers mois, ajoutant une nouvelle couche d’incertitude pour les exportateurs et les industriels à travers l’Europe.
Lors d’une conférence UE-Chine vendredi dernier, Jorge Toledo, ambassadeur de l’UE en Chine, a décrit la future relation entre les deux parties comme une relation de « rivalité systémique ». Selon lui, elle dépendra du sérieux avec lequel seront prises en compte les préoccupations européennes en matière d’accès au marché, de subventions, de capacité industrielle, de matières premières critiques, de sécurité, de droits humains et de positionnement de la Chine face à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
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