14-04-2026

Vinitaly s’est ouvert dimanche à Vérone dans un contexte de pression accrue pour l’industrie viticole italienne, confrontée à une consommation plus faible, à des coûts plus élevés et à un marché mondial plus incertain. Mais le gouvernement et des responsables européens ont aussi envoyé un message clair : le secteur reste central pour l’économie, les exportations et l’identité culturelle du pays.
La 58e édition du salon, qui se tient jusqu’à mardi à Veronafiere, réunit quelque 4 000 exposants, 97 000 professionnels venus de 130 pays et un record de 433 acheteurs étrangers issus de 45 nations, selon les organisateurs. Depuis longtemps, l’événement compte parmi les rendez-vous annuels les plus importants du commerce du vin, mais il est aussi devenu cette année une tribune pour des débats plus larges sur la politique agricole, le tourisme, les messages de santé publique et l’avenir du vin en Europe.
Antonio Tajani, ministre italien des affaires étrangères et vice-président du Conseil, a assisté à la cérémonie d’ouverture et souligné le rôle du réseau diplomatique et de l’Agence italienne pour le commerce extérieur dans l’arrivée d’acheteurs internationaux à Vérone. Il a présenté Vinitaly comme une composante d’un effort plus large visant à renforcer les exportations italiennes à un moment où le vin demeure l’un des produits les plus visibles du pays à l’échelle mondiale. En 2025, le vin représentait 23,4 % des exportations totales de l’Italie en valeur, soit 7,8 milliards d’euros, selon les chiffres cités au salon.
Le Royaume-Uni reste l’un des marchés les plus importants pour le vin italien. En 2024, les exportations vers la Grande-Bretagne ont frôlé 860 millions d’euros, soit environ 10 % à 11 % des exportations totales de vin italien, ce qui en fait la troisième destination des bouteilles italiennes. Producteurs et responsables du commerce ont indiqué que les consommateurs britanniques continuent de privilégier des vins alliant qualité et sens clair de l’origine et de l’histoire — deux atouts sur lesquels l’Italie dispose depuis longtemps d’un avantage grâce à la diversité de ses régions et de ses cépages.
À Vinitaly, Giorgia Meloni a effectué sa troisième visite officielle en tant que présidente du Conseil et a profité de l’occasion pour afficher son soutien direct aux producteurs. Elle a qualifié le salon de « vitrine la plus extraordinaire » pour l’une des expressions les plus fortes du Made in Italy et a indiqué que le secteur génère environ 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Elle a également affirmé que son gouvernement avait tenté de répondre à la hausse des coûts de l’énergie en prolongeant les mesures d’allègement fiscal pour l’agriculture et en bloquant les augmentations du prix du gazole agricole.
Mme Meloni a relié les difficultés du secteur viticole à des risques géopolitiques plus larges, notamment l’instabilité autour du détroit d’Ormuz, qui selon elle concerne non seulement le carburant mais aussi les engrais utilisés par les agriculteurs. Dans des propos recueillis par WineNews, elle a déclaré que le vin est « une partie fondamentale de la cuisine italienne » et a présenté sa présence à Vinitaly comme un geste de solidarité envers une industrie qui continue d’afficher de bonnes performances malgré des conditions difficiles.
Francesco Lollobrigida, ministre italien de l’agriculture, a utilisé sa présence à Vinitaly pour défendre l’idée que le vin doit être protégé non seulement comme produit économique, mais aussi comme élément de la culture alimentaire italienne. Il a affirmé que le vin est au cœur de la tradition gastronomique du pays et s’est opposé à ce qu’il a décrit comme des tentatives visant à le traiter comme une substance nocive sans reconnaître son rôle social et culturel plus large. Il a également estimé que l’Italie doit miser sur la qualité plutôt que sur les volumes si elle veut rester compétitive sur un marché où la production est élevée et où les habitudes de consommation évoluent.
Ce message a été repris lors des réunions entre responsables gouvernementaux et organisations professionnelles pendant une table ronde baptisée Tavolo Vino. Lamberto Frescobaldi, président d’Unione Italiana Vini, a estimé que les producteurs doivent reconnaître que les niveaux actuels de production sont trop élevés pour le marché d’aujourd’hui. Il a indiqué qu’une production annuelle comprise entre 42 millions et 44 millions d’hectolitres n’est pas entièrement absorbée et a noté que les habitudes de consommation sont devenues plus occasionnelles, en particulier chez les jeunes consommateurs.
D’autres responsables professionnels ont souligné que la seule action publique ne suffira pas à résoudre les difficultés du secteur. Riccardo Cotarella, président d’Assoenologi, a déclaré que les producteurs doivent mieux valoriser leurs progrès en matière de qualité et défendre le vin contre ce qu’il a qualifié de critiques injustes. Luca Rigotti, de Confcooperative, a estimé que l’Italie a besoin d’une approche coordonnée à Bruxelles comme à Rome. Rita Babini, de Fivi, a soutenu que les petits vignerons indépendants ont besoin de règles plus simples s’ils veulent continuer à investir sur les marchés export.
La Commission européenne a elle aussi utilisé Vinitaly comme plateforme pour faire passer ses messages politiques. Christophe Hansen, commissaire européen à l’agriculture, a déclaré que le vin est davantage qu’une activité agricole parce qu’il a façonné les paysages, la langue et la vie sociale dans toute l’Europe. Il a dit que le secteur subit la pression du changement climatique et de marchés volatils, tout en mettant en avant de nouveaux outils européens destinés à soutenir la promotion, la flexibilité et la compétitivité. M. Hansen a également souligné l’Inde comme un grand marché d’avenir avec plus de 1,4 milliard de consommateurs potentiels.
John Barker, directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), est allé plus loin en suggérant qu’il faudrait ouvrir un débat sérieux sur une éventuelle reconnaissance par l’UNESCO de la culture du vin elle-même. Il a estimé que le vin fait partie de l’histoire humaine et qu’il devrait être protégé par des politiques fondées sur la science et tenant compte des évolutions en matière de consommation, de communication et de technologie. L’idée gagne du terrain chez certains producteurs qui voient dans cette reconnaissance culturelle un moyen de renforcer à la fois la protection du patrimoine et le tourisme.
Ce thème a été repris par Marzia Varvaglione, présidente du CEEV, qui a rappelé que la valeur du vin ne réside pas seulement dans le commerce mais aussi dans son lien avec le territoire, l’hospitalité et les économies rurales. Elle a souligné que l’œnotourisme est devenu une source importante de revenus dans toute l’Europe, avec environ 15 millions d’œnotouristes ayant généré quelque 15 milliards d’euros l’an dernier.
Le salon a également mis en lumière la manière dont les producteurs italiens cherchent à se positionner sur les segments premium plutôt qu’à rivaliser uniquement sur le prix. Les exportations mondiales de vin étaient évaluées à environ 35,9 milliards d’euros dans le monde l’an dernier, malgré un léger recul des volumes. Les producteurs estiment que cet environnement favorise davantage les vins dotés d’une forte identité et offrant des marges plus élevées que les ventes en vrac.
L’une des illustrations de cette stratégie était une dégustation organisée par le comité Historical Super Tuscans, qui remettait en lumière des vins ayant contribué il y a plusieurs décennies à redéfinir la réputation toscane. Le groupe réunit certaines des propriétés les plus connues de la région, parmi lesquelles Marchesi Antinori, Montevertine, Castello di Monsanto et Querciabella. La dégustation montrait combien nombre des grands vins toscans tendent vers davantage de fraîcheur et d’équilibre tout en conservant leur structure et leur potentiel de garde.
Parmi les vins servis figuraient Fabrizio Bianchi Sangioveto du Castello di Monsanto ; Sangioveto de Badia a Coltibuono ; Camartina de Querciabella ; La Gioia de Riecine ; Pergole Torte de Montevertine ; L’Apparita du Castello di Ama ; Fontalloro de Fèlsina ; Tignanello des Marchesi Antinori ; ainsi que d’autres cuvées issues notamment de Castellare di Castellina, Castello di Albola et Brancaia. Cette sélection soulignait combien prestige reste attaché aux étiquettes toscanes les plus influentes alors même que leurs producteurs adaptent leurs styles aux goûts changeants.
Vinitaly a aussi rappelé combien le vin reste lié au tourisme en Italie. Gianmarco Mazzi, ministre du tourisme, a estimé que l’œnotourisme pourrait aider à répartir davantage les visiteurs au-delà des destinations saturées vers des zones moins connues du pays. Il y voit un moyen concret d’associer voyage et économies locales tout en allégeant la pression sur les grandes villes.
Pour l’heure toutefois, une grande partie des échanges à Vérone portait sur la manière dont les producteurs peuvent préserver leurs marges face au ralentissement de la demande en Italie comme à l’étranger. Les responsables du secteur sont revenus à plusieurs reprises sur trois priorités : réduire si nécessaire l’excédent d’offre ; défendre le vin contre des mises en garde sanitaires simplificatrices ; et intensifier la promotion sur les marchés où les labels italiens disposent encore d’une marge de progression.
Alors que les acheteurs circulaient lundi matin dans les halls de Veronafiere, ces préoccupations coexistaient avec une autre réalité : le vin italien continue d’attirer parce qu’il offre une dimension industrielle sans perdre son identité régionale. Cette combinaison demeure l’un de ses principaux atouts au Royaume-Uni, partout en Europe et sur des marchés plus récents plus éloignés où les consommateurs recherchent des marques reconnaissables avec un fort ancrage territorial.
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