Les champagnes rares et anciens tirent une reprise sélective du marché, selon Liv-ex
Le Salon 2002 a atteint 9 089 £ la caisse en novembre 2025, les acheteurs privilégiant les anciens millésimes rares aux nouvelles sorties
vendredi 30 octobre 2026

Des signes de reprise apparaissent sur le marché du champagne, mais le rebond reste limité et se concentre sur un petit groupe de vins anciens, rares et sans année, selon une nouvelle analyse de Liv-ex, la plateforme d’échange de grands vins.
Le rapport indique que le champagne a commencé à regagner du terrain après une forte correction consécutive à la flambée des prix de 2021 et 2022. Il souligne toutefois que la reprise est inégale. La demande revient d’abord vers des références précises, que les acheteurs jugent rares, mûres ou plus intéressantes en termes de rapport qualité-prix, sans pour autant tirer l’ensemble de la catégorie.
Cette disparité est particulièrement visible pour les vieux millésimes. Liv-ex a constaté que certains des premiers champagnes à afficher une hausse durable des prix de transaction après le retournement du marché étaient des bouteilles matures ou difficiles à trouver. Le Salon 2002 en est l’un des exemples les plus nets : son prix moyen de transaction pondéré par les volumes est passé de 7 400 £ la caisse de 12 bouteilles en août 2025 à 9 089 £ en novembre 2025.
Selon Liv-ex, cette tendance traduit une évolution plus générale des comportements d’achat. Après plusieurs années de baisse rapide des prix du champagne depuis leur sommet, les négociants se sont montrés réticents à détenir de gros stocks et ont surtout acheté pour répondre à la demande immédiate. La situation a commencé à évoluer en août 2025, lorsque la baisse des prix a incité les acheteurs à revenir sur le marché.
Le rapport indique que le retrait des acheteurs américains après l’imposition de droits de douane en avril 2025 a d’abord semblé représenter un sérieux revers pour le champagne. La baisse des prix qui a suivi a toutefois ouvert la voie à d’autres acheteurs, notamment en Europe, qui y ont vu une meilleure valeur à des niveaux plus bas. Dans le même temps, les acheteurs se sont davantage tournés vers le marché secondaire pour acquérir des millésimes anciens plutôt que vers les nouvelles sorties, proposées à des prix de lancement jugés élevés par Liv-ex.
Au troisième trimestre 2025, cette évolution avait commencé à modifier l’équilibre entre l’offre et la demande, selon Liv-ex. Les acheteurs, qui avaient eu l’avantage en 2023 et 2024, lorsque des vendeurs à court de liquidités acceptaient des offres plus basses, se sont retrouvés face à une concurrence accrue. Avec l’amélioration de la demande et la baisse des stocks de certains négociants, les vendeurs avaient moins de raisons de réduire encore leurs prix. Liv-ex indique que son indice Champagne 50, qui suit les principales cuvées de la région, s’est stabilisé et est reparti vers sa tendance haussière de long terme.
Le rapport est néanmoins loin de conclure à une reprise généralisée. Le marché reste prudent, de nombreux négociants continuant à se remettre des pertes enregistrées au cours des trois années précédentes, tandis que certains acheteurs subissent encore la pression d’un recul de leur revenu disponible. Liv-ex estime que plusieurs millésimes récents, produits en abondance, ont aggravé le problème en saturant le marché de nouvelles sorties.
Cette surabondance pèse en particulier sur les champagnes de millésimes récents. Selon le rapport, plusieurs sorties récentes de grandes maisons sont arrivées sur le marché à des prix supérieurs à ceux d’autres millésimes déjà disponibles sur le marché secondaire, notamment certains vins plus anciens ou mieux notés. Dans ce contexte, négociants et collectionneurs ont tout intérêt à acheter des millésimes antérieurs plutôt qu’à accepter la totalité des allocations de nouveaux stocks proposées par les producteurs et les agents.
Liv-ex indique qu’une tendance similaire se dessine dans d’autres catégories de grands vins, notamment à Bordeaux, où certains négociants ont réduit leurs allocations et recherché des opportunités parmi les vins déjà commercialisés. En Champagne, cela s’est traduit par une baisse des offres de vente sur la plateforme, autrefois soutenues par d’importants volumes de millésimes récents à prix réduits, tandis que la valeur des offres d’achat progressait.
Les dernières données de marché suggèrent que les acheteurs continuent de privilégier un nombre relativement restreint de vins. Parmi les champagnes millésimés les plus échangés ces derniers mois, Pol Roger Sir Winston Churchill 2015 arrive en tête, avec des prix en hausse. Liv-ex indique que son prix moyen de transaction pondéré par les volumes a progressé de 7,7 % entre mai et juin.
Le rapport relève également la bonne tenue des champagnes sans année, une catégorie qui, selon lui, est en partie à l’abri des difficultés rencontrées par les sorties récentes de champagnes millésimés. Les vins sans année ne sont pas directement concurrencés par les anciens millésimes moins chers ou mieux notés de la même manière. Les producteurs disposent aussi d’une plus grande souplesse dans la gestion de l’offre, puisqu’ils peuvent assembler des vins de réserve et commercialiser leurs stocks de façon plus progressive.
Dans ce segment, Liv-ex met en avant Selosse Substance et Selosse Initial, dont les prix suivent une forte trajectoire haussière. La plateforme indique également que le Laurent-Perrier Grand Siècle 26 a commencé à enregistrer une hausse de ses prix de transaction.
Les caisses de grands vins assortis haut de gamme attirent également des sommes importantes. Selon Liv-ex, les caisses assorties de Salon et de Selosse représentaient à elles seules 11,5 % de la valeur des transactions sur le champagne en 2026, malgré une part bien plus faible des volumes. Leur rareté et leurs prix élevés les ont aidées à surperformer les tendances générales du marché.
Le rapport présente cette concentration de la valeur comme l’un des signes les plus nets du caractère sélectif de la reprise actuelle. Les achats ne se répartissent pas uniformément entre maisons, références et millésimes, mais se concentrent sur les vins jugés plus sûrs ou offrant de meilleures perspectives à long terme. Dans certains cas, les transactions devancent les prix affichés sur le marché, indique Liv-ex, ce qui laisse penser que les prix de certaines bouteilles repartent à la hausse avant que cette évolution ne se reflète pleinement dans les tarifs.
Pour les producteurs et les négociants, le message est plus complexe. La hausse des prix de quelques vins prestigieux peut contribuer à rétablir la confiance, mais elle ne résout pas le problème de la surabondance des millésimes récents. Tant que les nouvelles sorties seront proposées à des niveaux peu compétitifs par rapport aux anciens millésimes, les acheteurs devraient rester disciplinés et sélectifs, estime le rapport.
Le marché régional reste donc partagé. Les cuvées de prestige anciennes, les mises rares et certains champagnes sans année bénéficient d’un regain de soutien, tandis que nombre de champagnes millésimés récents restent confrontés à une forte concurrence des anciens millésimes déjà disponibles sur le marché.