Le vin sans alcool gagne du terrain au Brésil

À Wine South America, les producteurs présentent les bouteilles désalcoolisées comme une catégorie durable, et non comme un simple effet de mode.

29-04-2026

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Wine South America, qui se tiendra du 12 au 14 mai à Bento Gonçalves, au Brésil, reflète une évolution qui se dessine depuis plusieurs années dans l’industrie du vin : le vin sans alcool passe du statut de curiosité à celui de catégorie plus établie. Ce qui était autrefois perçu comme une tendance passagère est désormais présenté par les producteurs et les organisateurs professionnels comme l’expression d’un changement plus large dans la manière dont les consommateurs abordent le vin, notamment à mesure que la demande progresse pour des boissons compatibles avec des modes de vie axés sur la santé et la modération.

Au cœur de cette évolution figurent les références dites zero-proof, dont des vins élaborés selon un processus complet de vinification avant que l’alcool ne soit retiré. Les producteurs expliquent que l’objectif n’est pas simplement d’éliminer l’alcool, mais de préserver les arômes, la texture et la complexité. Cette distinction compte sur un marché où les consommateurs qui évitent l’alcool veulent souvent quelque chose qui ressemble davantage à du vin qu’à une boisson gazeuse ou à un substitut à base de jus.

L’un des exemples les plus visibles du salon cette année est Vinoh, qui lance ce qu’elle présente comme le premier vin mousseux brut du Brésil entièrement issu du vin puis désalcoolisé. Ce lancement témoigne d’une approche plus technique et plus ambitieuse de la catégorie, visant à se rapprocher davantage de la structure et du ressenti d’un vin mousseux traditionnel que ne le faisaient les premières versions sans alcool.

Autre signe de la légitimité croissante de cette catégorie : Cooperativa Vinícola Aurora, l’un des groupes viticoles les plus connus du Brésil. L’entreprise se développe sur le segment des vins désalcoolisés premium, notamment avec un Chardonnay sous sa gamme Procedências. Pour un producteur établi, profondément enraciné dans le secteur, cette initiative laisse entendre que le vin sans alcool n’est plus testé en marge, mais intégré à une stratégie de long terme.

Le salon lui-même est devenu un lieu où ces évolutions sont débattues non seulement par les producteurs, mais aussi par les acheteurs, distributeurs et autres acteurs de la filière. Organisateurs et participants y voient une plateforme commerciale où les nouveaux produits peuvent gagner en visibilité et où les tendances peuvent passer du concept à l’échelle commerciale. Un enjeu important au Brésil, où la consommation de vin reste relativement faible par rapport à celle de la bière et des spiritueux, mais où l’intérêt pour les produits premium, le tourisme lié aux régions viticoles et les nouvelles habitudes de consommation progresse.

La croissance du vin sans alcool reflète aussi une pression plus large exercée sur le secteur pour s’adapter à l’évolution des attentes des consommateurs. Les buveurs s’interrogent plus souvent sur les ingrédients, les méthodes de production et le degré d’alcool. Dans le même temps, restaurants, hôtels et détaillants cherchent des produits capables d’accueillir les clients qui ne boivent pas d’alcool sans leur donner le sentiment d’être exclus de l’expérience.

Pour les producteurs brésiliens, cela représente à la fois une opportunité et un défi. Les vins désalcoolisés exigent des investissements en équipements, en expertise technique et en marketing. Ils doivent aussi surmonter le scepticisme de consommateurs qui associent encore parfois le vin sans alcool à un compromis plutôt qu’à la qualité. Mais à mesure que des noms plus établis entrent dans la catégorie et que des produits plus aboutis arrivent sur le marché, cette perception semble évoluer.

Le débat autour du vin sans alcool porte désormais moins sur sa place sur le marché que sur son potentiel de développement. À Wine South America, cette question trouve sa réponse non pas dans la théorie, mais dans des bouteilles posées sur les tables de dégustation, des affaires en cours de négociation et des producteurs qui parient que la modération peut être vendue comme faisant partie de l’avenir du vin, et non en dehors de celui-ci.

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