20-04-2026

Les vignerons de Champagne testent un nouveau cépage qui pourrait bientôt entrer dans certains des vins les plus surveillés de la région, marquant une évolution rare dans une appellation qui a longtemps protégé ses traditions. Ce cépage, Voltis, est un hybride résistant aux maladies autorisé en Champagne fin 2022 dans le cadre du dispositif VIFA mis en place par la France, qui permet aux régions d’expérimenter de nouvelles variétés. Les premières plantations ont été approuvées en 2023, et les premiers Champagnes l’intégrant dans l’assemblage sont attendus vers 2027 ou 2028.
Cette évolution est importante car la Champagne cherche depuis des décennies à réduire sa dépendance aux traitements chimiques tout en préservant le caractère de ses vins. Voltis a été développé par des chercheurs de l’INRAE, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, et du Julius Kühn Institute allemand. Il a été sélectionné pour résister au mildiou et à l’oïdium, deux maladies fongiques particulièrement problématiques dans le climat humide du nord de la France. Les vignerons y répondent souvent par des traitements répétés à la vigne.
Géraldine Uriel, qui dirige le service matériel végétal et production du Comité Champagne et supervise l’évaluation de la variété depuis le début des essais en 2010, a estimé que Voltis devait être considéré comme un outil parmi d’autres. Selon elle, l’objectif est de réduire au maximum les traitements phytosanitaires, en particulier dans les vignes proches des habitations ou situées sur des coteaux où les pulvérisations peuvent être plus sensibles.
Voltis n’est pas un cépage génétiquement modifié. Il a été créé par croisements conventionnels et rétrocroisements, notamment avec des espèces américaines de vigne comme Vitis rotundifolia, également connue sous le nom de Muscadine. Au fil des étapes de sélection, il a conservé environ 95 % de gènes de Vitis vinifera, ce qui a contribué à le rendre éligible à une utilisation dans les appellations françaises.
Les vignerons testent déjà son comportement hors des sols crayeux où se sont déroulés les essais précédents. Chez Drappier, l’une des maisons les plus connues de Champagne dans l’Aube, Hugo Drappier a planté environ 40 pieds de Voltis en 2023 sur un calcaire jurassique kimméridgien dans la Côte des Bar. Il a expliqué vouloir observer son comportement dans sa propre parcelle plutôt que de s’en remettre uniquement à des essais près d’Épernay. La vendange 2025 n’a donné qu’une seule feuillette, soit environ 114 litres, mais elle lui a apporté des informations utiles. Il a indiqué qu’il n’y avait eu aucune pression sanitaire et que la vigueur était forte, avec des feuilles restant vertes tard dans la saison parce que la vigne n’avait pas été touchée par le mildiou.
Drappier a déclaré que le vin présentait des arômes neutres, ce qu’il considère comme un avantage plutôt qu’un inconvénient. Selon lui, la Champagne ne recherche pas des cépages très aromatiques mais des variétés capables d’entrer dans les assemblages sans en modifier trop l’équilibre.
Anthony Lacroix, de Champagne Lacroix à Châtillon-sur-Marne, a lui aussi planté du Voltis, en le plaçant près de bâtiments résidentiels afin d’y limiter l’usage de fongicides. Il a estimé que ce cépage répond à un enjeu social car il permet aux vignerons de réduire les produits phytosanitaires autour des habitations.
Pour les producteurs bio comme Drappier, Voltis pourrait aussi contribuer à réduire l’usage du cuivre. Les pulvérisations au cuivre restent l’une des principales défenses de la viticulture biologique contre le mildiou, mais la France en a durci les restrictions. Cela accentue la pression sur les vignerons pour trouver des alternatives.
Selon les règles actuelles, les vignerons champenois peuvent planter du Voltis sur jusqu’à 5 % de leur surface viticole et l’utiliser jusqu’à 10 % dans tout assemblage. Uriel a expliqué que ces limites visent à maintenir une évolution progressive dans une région où les vignes sont plantées pour plus de 40 ans à la fois. Après une période d’essai de 10 ans, les professionnels décideront s’il faut élargir l’expérimentation, la maintenir au niveau actuel ou y mettre fin.
La première réaction est prudente mais encourageante. Des dégustations à l’aveugle menées en 2023 auprès de près de 700 experts ont montré que les assemblages contenant 5 % de Voltis étaient décrits comme plus ronds, plus simples et plus prêts à boire. À ce jour, 170 parcelles ont été plantées par des coopératives, des maisons et des vignerons.
Voltis n’est pas le seul nouveau cépage à être examiné. Deux autres variétés résistantes au mildiou, Aurelis et Cérélis, sont en cours d’essai et pourraient être approuvées vers 2027. Un programme distinct Champagne-Bourgogne appelé CEPINOV évalue près de 400 cépages expérimentaux créés par croisement entre Chardonnay et Pinot Noir avec des variétés résistantes aux maladies pour les terroirs des deux régions.
Dans le même temps, la Champagne a aussi réintégré un ancien cépage dans son cahier des charges officiel. Le Chardonnay rosé, mutation à baies roses du Chardonnay documentée en Champagne depuis environ 1900, avait été écarté par oubli administratif. Il a été formellement réapprouvé en 2025 après avoir disparu pendant des années du règlement.
Pour des vignerons comme Drappier, toutefois, l’essentiel est que la Champagne évolue lentement. Le Pinot Noir est cultivé dans l’Aube depuis plus de neuf siècles, a-t-il rappelé, et même aujourd’hui les producteurs continuent d’en apprendre davantage à son sujet. Avec Voltis, dit-il, il faut bien commencer quelque part.
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