Le plan français d’arrachage de vignes s’enlise à Bruxelles

Dans l’Aude, les viticulteurs attendent l’accord pour arracher leurs vignes tandis que le printemps humide accroît les risques sanitaires.

15-04-2026

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Dans l’Aude, les viticulteurs inscrits au programme français d’arrachage indemnisé des vignes attendent toujours le feu vert de Bruxelles, alors même que leurs ceps continuent de pousser et que les risques de maladies augmentent avec le temps humide du printemps. Ce retard met en suspens un plan de 130 millions d’euros et alimente la frustration d’une filière qui estime devoir réduire sa production maintenant, et non plus tard.

Le programme a été annoncé après les manifestations de Béziers et présenté par le ministre de l’Agriculture au salon Sitevi comme une deuxième année consécutive de soutien à l’arrachage définitif des vignes. Les viticulteurs ont été informés qu’ils pourraient percevoir 4.000 euros par hectare pour arracher leurs parcelles. L’objectif était d’aider les producteurs à réduire les surfaces excédentaires, à restructurer leurs exploitations et à rapprocher l’offre de la demande. Dans l’Aude seulement, 4.000 hectares ont été inscrits à l’arrachage, dont 1.500 hectares d’arrachage définitif, sur 27.000 hectares au niveau national.

Mais selon le syndicat local des viticulteurs, la procédure est bloquée parce que la Commission européenne n’a pas encore reçu la demande formelle de la France. Damien Onorré, président du syndicat des viticulteurs de l’Aude, a indiqué que le ministère avait mis trop de temps à transmettre la notification à Bruxelles et que plus de trois semaines avaient déjà été perdues. Il a expliqué que les viticulteurs avaient réagi rapidement dès l’annonce du plan, en ouvrant les candidatures et en enregistrant les parcelles afin d’être prêts à démarrer les travaux dès l’obtention de l’accord.

Cet accord est intervenu le 19 mars au niveau national, mais les viticulteurs attendent toujours l’attestation finale qui leur permettrait d’engager les travaux sur le terrain. Ce retard compte, car les vignes ne cessent pas de pousser pendant que les dossiers circulent dans les administrations. Sur de nombreuses parcelles destinées à être arrachées, les viticulteurs ont cessé de tailler et de traiter des vignes qu’ils prévoient de toute façon de détruire. Cela crée un risque sanitaire pour les parcelles voisines qui, elles, continuent d’être conduites et traitées.

L’inquiétude est particulièrement forte après les fortes pluies récentes, qui peuvent favoriser les maladies fongiques et d’autres problèmes dans des vignobles déjà sous pression. Les viticulteurs disent ne pas pouvoir justifier des dépenses supplémentaires sur des vignes appelées à disparaître, mais les laisser sans entretien peut propager des maladies aux îlots voisins. Il en résulte une contradiction qu’ils décrivent comme à la fois pratique et financière : ils doivent attendre l’autorisation avant d’arracher, mais chaque semaine de retard rend les vignes plus difficiles à gérer.

Les jeunes agriculteurs disent être les plus touchés par cette incertitude. Pour ceux qui cherchent à restructurer leur exploitation et à réduire leur endettement, la prime liée à l’arrachage devait offrir un peu d’air pour financer les traitements et les charges d’exploitation de la saison suivante. Ils font au contraire face à la hausse des prix des intrants, des produits secs et du gazole, tout en attendant une décision qui ne vient pas. Onorré a déclaré que beaucoup de viticulteurs estiment avoir déjà consenti suffisamment d’efforts en acceptant de retirer des terres productives afin de rééquilibrer le marché.

L’Aude est devenue l’un des principaux départements concernés par le dispositif, mais elle s’inscrit aussi dans un effort national plus large que seule la France a officiellement demandé au sein de l’Union européenne. Cela rend la pause actuelle d’autant plus frappante pour les producteurs locaux, qui disent avoir accepté un ajustement douloureux parce qu’ils pensaient que les pouvoirs publics voulaient aller vite. Pour l’heure toutefois, aucune date de démarrage n’a été fixée et les viticulteurs disent rester coincés entre un retard administratif à Paris et une approbation toujours en attente à Bruxelles.

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