05-02-2026

Le débat s'intensifie au sein du mouvement de la viticulture régénératrice, car des personnalités de premier plan se demandent si la certification biologique devrait être une condition préalable aux pratiques régénératrices. La question a été mise en avant lors d'un récent forum organisé par le Domaine Lafage dans le Roussillon, en France, où l'écrivain et expert en viticulture Jamie Goode a critiqué l'approche consistant à lier la certification régénératrice au statut biologique. M. Goode a fait valoir que de telles exigences risquaient de transformer la viticulture régénératrice en un "petit club huppé", accessible uniquement à un groupe de producteurs triés sur le volet. Il a particulièrement critiqué le système Regenerative Organic Certification (ROC), le plus grand organisme américain, pour son insistance sur la certification biologique comme base de référence.
Le forum, qui s'est tenu au Mas Miraflors, près de Perpignan, a rassemblé des producteurs, des chercheurs et des organismes de certification pour discuter de la manière dont les vignobles méditerranéens peuvent s'adapter au changement climatique. Le Domaine Lafage, qui a mis en œuvre des méthodes de régénération dans l'ensemble de ses vignobles, a récemment choisi de se faire certifier par A Greener World, une organisation à but non lucratif qui n'exige pas le statut de producteur biologique. D'autres organisations, telles que Regenified et Napa Green, proposent également une certification régénératrice sans obligation de conversion à l'agriculture biologique.
La viticulture régénérative a pris de l'ampleur ces dernières années, notamment en Californie et dans le sud de la France. Cette approche se concentre sur l'amélioration de la santé des sols et l'augmentation de la matière organique grâce à des techniques telles que les cultures de couverture, le paillage, l'intégration du bétail et la réduction du travail du sol. En janvier 2025, la Regenerative Viticulture Foundation (RVF) a lancé son One Block Challenge à Paso Robles, encourageant les producteurs locaux à expérimenter des méthodes régénératives à petite échelle. Une cinquantaine de viticulteurs participent à ces essais. La RVF vise à ce que 10 % de la viticulture mondiale adopte des pratiques régénératives d'ici à 2035.
Justin Howard-Sneyd, administrateur de la RVF, s'est adressé au forum et a souligné que la fondation ne prenait pas position sur la certification biologique. Il a fait remarquer que si les méthodes biologiques peuvent convenir à certaines régions, elles ne sont pas universellement applicables en raison des conditions locales. M. Goode s'est fait l'écho de ce sentiment, appelant à la flexibilité et à l'adaptation locale plutôt qu'à l'adhésion rigide aux normes biologiques.
Wayne Copp, directeur exécutif de A Greener World et agriculteur biologique expérimenté du Devon, en Angleterre, a également pris la parole lors de l'événement. M. Copp a fait valoir que les défis environnementaux exigent une action immédiate et que les agriculteurs ont besoin d'options allant au-delà des régimes biologiques traditionnels. Son organisation travaille avec les agriculteurs pour élaborer des plans quinquennaux d'adoption de méthodes régénératives et procède à des inspections régulières. M. Copp a souligné l'importance de l'inclusion pour parvenir à un changement généralisé.
L'expérience du Domaine Lafage met en évidence les opportunités et les défis de la viticulture régénérative. Le domaine avait déjà obtenu la certification biologique pour 66 hectares, mais il a abandonné ses efforts pour convertir des parcelles supplémentaires après avoir perdu deux millésimes dans un vignoble de grenache exposé au mildiou et situé près de la mer. Le propriétaire, Jean-Marc Lafage, a expliqué qu'il n'était pas possible de procéder à une conversion biologique complète sur tous les sites, mais qu'il se sentait à l'aise avec les pratiques de régénération. Le domaine est désormais certifié par A Greener World et par la Regenerative Viticulture Alliance.
La mise en œuvre de méthodes régénératives a nécessité des investissements importants au Domaine Lafage. Les changements comprennent de nouveaux systèmes de drainage, l'achat de biochar pour l'amélioration des sols et la construction d'une installation de traitement des eaux usées de la cave par lombricompostage. Antoine Lespès, directeur de recherche du domaine, a détaillé ces coûts lors du forum et a décrit le processus comme une "reconstruction des écosystèmes".
Les producteurs de vin français s'intéressent de plus en plus à l'agriculture régénératrice. L'année dernière, la journée portes ouvertes du Domaine Lafage a attiré environ 80 viticulteurs de toute la France, y compris de Champagne. Les graves pénuries d'eau que connaît la région ont fait de la santé des sols une priorité ; l'année dernière, le Roussillon n'a pas connu de précipitations de la mi-juin à la mi-octobre. Le professeur Alain Deloire, de l'institut de recherche SupAgro de Montpellier, a présenté des résultats montrant que les pratiques de régénération peuvent améliorer la rétention d'eau dans le sol et retarder d'un mois le stress dû à la sécheresse dans les vignes.
Le passage aux méthodes régénératives intervient alors que les producteurs biologiques français sont confrontés à de nouveaux défis à la suite d'une décision de l'autorité de sécurité alimentaire Anses, en septembre dernier, d'interdire la plupart des pesticides en poudre à base de cuivre en raison de problèmes de sécurité pour les travailleurs. Les fongicides à base de cuivre sont un pilier de la lutte contre le mildiou pour les producteurs biologiques. Mme Howard-Sneyd a suggéré que la décision de la France pourrait être le signe de changements futurs dans la politique de l'Union européenne et a fait valoir que les approches régénératives offraient une solution plus holistique que les seules restrictions en matière d'intrants.
Le symposium organisé au Domaine Lafage a donné lieu à des présentations de chercheurs et de praticiens de premier plan qui ont partagé cinq années de données sur l'adaptation de la viticulture méditerranéenne au changement climatique grâce à l'agriculture régénératrice. Alors que l'intérêt grandit et que de plus en plus de producteurs cherchent des alternatives à la certification biologique traditionnelle, le débat sur la meilleure façon de définir et de certifier la viticulture régénératrice devrait continuer à façonner l'avenir de la viticulture durable dans le monde entier.
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