L'industrie viticole française confrontée à un ralentissement

Des facteurs économiques et culturels alimentent la chute des vins français

02-09-2024

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Dans un pays réputé pour sa culture du vin profondément enracinée, le récent déclin des ventes de vins tranquilles a provoqué des remous au sein de l'industrie viticole française. Entre août 2023 et août 2024, la France a connu une baisse notable à la fois du volume et de la valeur des ventes de vins tranquilles, marquant un changement significatif dans le comportement des consommateurs. Selon les données du panel de distributeurs Circana, le volume global de vins tranquilles vendus a chuté de 4,3 %, avec une réduction de 1,8 % de la valeur totale des ventes. Cette baisse reflète des changements économiques et culturels plus larges, même si les pressions inflationnistes commencent à s'atténuer.

La baisse du volume des ventes s'est traduite par un total de 8,1 millions d'hectolitres vendus, ce qui représente une forte baisse par rapport aux 8,467 millions d'hectolitres enregistrés l'année précédente. En termes monétaires, l'industrie a vu ses revenus diminuer, passant de 4,533 milliards d'euros à 4,453 milliards d'euros. Ces chiffres donnent une image claire d'un marché en recul, les consommateurs achetant moins de vin malgré un environnement économique plus stable.

Le déclin a été généralisé, affectant à la fois les formats traditionnels en bouteille et les options de bag-in-box (Bib). Les ventes de vin en bouteille ont baissé de 4,5 % en volume, tandis que les formats Bib, souvent privilégiés pour leur commodité et leur prix abordable, ont enregistré une baisse de 3,7 %. Cela suggère que le déclin n'est pas simplement dû au fait que les consommateurs optent pour des emballages différents, mais qu'il reflète une réduction globale de la consommation.

Si l'on dissèque la baisse en fonction des catégories de vin, les vins rouges ont été les plus touchés, avec une chute brutale de 7,2 % en volume. Les vins rosés ont suivi avec une baisse de 3,4 %, tandis que les vins blancs sont restés relativement stables avec une baisse de seulement 0,2 %. Il est intéressant de noter que, malgré la baisse du volume, les vins blancs ont été la seule catégorie dont les dépenses de consommation ont augmenté, de 2,6 %. Cela suggère une évolution de la préférence des consommateurs vers des vins blancs de meilleure qualité ou plus haut de gamme, même si la consommation globale diminue. En revanche, les dépenses consacrées aux vins rouges et rosés ont chuté respectivement de 4,4 % et de 1,4 %, ce qui indique une désaffection plus prononcée pour ces catégories.

Le ralentissement n'a épargné aucun segment du marché. Les vins d'appellation d'origine protégée (AOP) ont vu leur volume de ventes diminuer de 5,4 %, tandis que les vins d'indication géographique protégée (IGP) incluant un cépage ont connu une baisse de 4,5 %. Les vins IGP standard ont diminué de 2,1 %, et même les vins classés simplement comme "Vins de France" sans indication géographique ont connu une légère baisse de 0,3 %. Ces chiffres soulignent un recul généralisé dans les différentes classifications de vins, ce qui indique que le déclin n'est pas isolé à un seul segment du marché.

Le Borgogne contrecarre la tendance

Si le tableau d'ensemble est celui d'un déclin, les différences régionales racontent une histoire plus nuancée. La Bourgogne est la seule grande région viticole à enregistrer une augmentation des ventes, avec une hausse modeste de 0,8 % du nombre de bouteilles vendues. Cette augmentation indique que la demande de vins de Bourgogne reste forte, probablement en raison de leur réputation mondiale et de leur qualité perçue.

En revanche, d'autres régions ont subi des pertes importantes. La région du Languedoc-Roussillon, qui est traditionnellement l'un des moteurs de la production viticole française, a vu ses ventes chuter de 8,1 %. Le Beaujolais et le Bordelais ont suivi de près, avec des baisses respectives de 7,9 % et 7,1 %. Même des régions bien connues comme l'Alsace, la Provence et la vallée de la Loire n'ont pas été épargnées, avec des baisses allant de 4 % à 6,2 %. La vallée du Rhône et la Corse ont également enregistré une baisse des ventes de 3,9 %. Ces disparités régionales mettent en évidence l'impact variable de la baisse des ventes, certaines régions étant beaucoup plus mal loties que d'autres.

Conséquences pour l'industrie viticole française

La baisse des ventes de vins tranquilles en France soulève des questions importantes pour l'avenir du secteur. Bien que les raisons de cette baisse soient multiples, notamment l'évolution des préférences des consommateurs, les facteurs économiques et peut-être même l'évolution des habitudes culturelles, la tendance générale suggère un besoin d'adaptation au sein de l'industrie. Les producteurs et les distributeurs devront peut-être repenser leurs stratégies en se concentrant sur l'innovation, la qualité et peut-être de nouvelles façons de s'adresser aux consommateurs qui sont de plus en plus sélectifs dans leurs achats de vin.

En outre, le fait que la Bourgogne ait réussi à s'opposer à la tendance pourrait être une source d'enseignements précieux pour d'autres régions. Que ce soit par le marketing, le maintien de normes élevées ou l'exploitation de l'attrait mondial de ses vins, l'expérience de la Bourgogne pourrait servir de modèle à d'autres régions pour stabiliser, voire accroître leur part de marché en période difficile.

Alors que l'industrie viticole française est confrontée à ces changements, la baisse des ventes de vins tranquilles entre 2023 et 2024 est un rappel brutal de l'évolution de la dynamique au sein de ce secteur historiquement important. Si certaines régions et catégories ont mieux résisté que d'autres, le déclin global souligne la nécessité d'une réévaluation stratégique pour assurer la vitalité à long terme du marché français du vin. Les années à venir seront cruciales, car le secteur devra s'adapter à ces nouvelles réalités et s'efforcer de maintenir sa position vénérée, tant au niveau national que mondial.

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