Comment l'alcool influence notre écosystème interne

Alcool, santé intestinale et bien-être

14-02-2024

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La relation entre la consommation d'alcool et la santé intestinale est un domaine de recherche scientifique qui évolue rapidement, les recherches émergentes mettant en évidence les effets néfastes et bénéfiques potentiels de l'alcool sur le microbiome intestinal. Cette interaction complexe attire l'attention non seulement pour ses implications sur la santé digestive, mais aussi pour son impact plus large sur le bien-être général. Le microbiome intestinal, un vaste écosystème de bactéries, de virus et de champignons résidant dans notre tractus gastro-intestinal, est essentiel pour diverses fonctions corporelles, notamment la digestion, la réponse immunitaire et même la santé mentale. Les perturbations de cette communauté microbienne, connues sous le nom de dysbiose, ont été associées à de nombreux problèmes de santé, des maladies inflammatoires de l'intestin à l'obésité et à la dépression. Il est essentiel de comprendre comment l'alcool affecte cet équilibre délicat afin d'élucider l'ensemble de ses effets sur la santé humaine.

Alcool et dysbiose intestinale : aperçu des recherches récentes

Un nombre important de recherches se sont concentrées sur les effets d'une consommation importante et chronique d'alcool sur le microbiome intestinal. Une étude dirigée par le Dr Jasmohan Bajaj, hépatologue à la Virginia Commonwealth University et au Richmond VA Medical Center, a démontré que les personnes souffrant de troubles liés à la consommation d'alcool présentent un déséquilibre prononcé de leur microbiote intestinal, caractérisé par une prolifération de bactéries nocives et un déclin des espèces bénéfiques (Bajaj et al., 2018). Cette dysbiose est associée à une perméabilité accrue de l'intestin, souvent appelée "leaky gut", permettant aux toxines et aux bactéries de pénétrer dans la circulation sanguine et de contribuer à l'inflammation et aux lésions hépatiques.

En outre, le Dr Cynthia Hsu, gastro-entérologue à l'université de Californie à San Diego, note que cette altération du paysage microbien peut exacerber les envies d'alcool, créant ainsi un cercle vicieux qui complique les efforts de rétablissement (Hsu et al., 2020). Ces résultats soulignent le rôle essentiel du microbiome intestinal dans la physiopathologie des troubles liés à l'alcool et mettent en évidence le potentiel des thérapies ciblées sur le microbiome dans le traitement de la dépendance à l'alcool.

Le paradoxe de la consommation modérée d'alcool : Une épée à double tranchant ?

La situation change toutefois lorsque l'on considère la consommation modérée d'alcool. Contrairement aux effets néfastes observés chez les gros buveurs, certaines études suggèrent qu'une consommation modérée d'alcool pourrait en fait être bénéfique pour le microbiome intestinal. Une étude fondamentale publiée dans Gastroenterology par le Dr Le Roy et ses collègues (2019) a révélé que les personnes qui consomment du vin rouge avec modération présentent une plus grande diversité microbienne intestinale que les non-buveurs. Cet effet a été attribué à la teneur élevée en polyphénols du vin rouge, qui sert de nutriments aux bactéries intestinales bénéfiques, favorisant ainsi un équilibre microbien sain.

Les polyphénols, que l'on trouve en abondance dans les peaux de raisin, sont connus pour leurs propriétés antioxydantes et il a été démontré qu'ils influencent positivement le microbiome intestinal en favorisant la croissance des bactéries bénéfiques et en inhibant les bactéries nocives. Cela suggère que les bénéfices d'une consommation modérée de vin rouge sur la santé intestinale pourraient être davantage liés à sa teneur en polyphénols qu'à l'alcool lui-même. Toutefois, le Dr John Cryan, neuroscientifique à l'University College Cork, en Irlande, met en garde contre une surinterprétation de ces résultats. Il souligne que les polyphénols sont également présents dans un large éventail de fruits, de légumes et de boissons non alcoolisées, ce qui suggère que des avantages similaires pourraient être obtenus grâce à un régime alimentaire sain sans les risques associés à la consommation d'alcool (Cryan et al., 2019).

Récupération et microbiome résilient

Il est intéressant de noter que le microbiome intestinal fait preuve d'une remarquable capacité de récupération après l'arrêt de la consommation d'alcool. Des recherches menées par le Dr DiBaise et ses collaborateurs, publiées dans le Journal of Hepatology (2021), ont permis d'observer des améliorations significatives de la diversité microbienne intestinale et des réductions de la perméabilité dans les semaines suivant l'abstinence chez des personnes qui souffraient auparavant de troubles liés à la consommation d'alcool. Ces changements s'accompagnent d'une amélioration de la fonction hépatique et d'une réduction de l'inflammation systémique, ce qui souligne le rôle central de l'axe intestin-foie dans la santé et la maladie.

Bien que ces résultats soient prometteurs, le Dr Lorenzo Leggio, médecin-chercheur aux National Institutes of Health des États-Unis, avertit que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement les effets à long terme de l'arrêt de l'alcool sur le microbiome intestinal et ses implications pour la santé (Leggio et al., 2020). En outre, il est important de tenir compte du fait que les changements de mode de vie qui accompagnent souvent l'arrêt de la consommation d'alcool, comme l'amélioration du régime alimentaire et l'augmentation de l'activité physique, peuvent également contribuer à ces changements positifs sur le plan de la santé intestinale.

La relation complexe entre la consommation d'alcool et la santé intestinale est un domaine qui suscite un intérêt et une importance croissants. Alors qu'une consommation excessive et chronique d'alcool est clairement préjudiciable au microbiome intestinal, entraînant une dysbiose et des problèmes de santé associés, les effets d'une consommation modérée sont plus nuancés. Les bénéfices potentiels d'une consommation modérée de vin rouge, probablement dus à sa teneur en polyphénols, mettent en évidence l'interaction complexe entre l'alimentation, le microbiome intestinal et la santé. Toutefois, le message général reste clair : la modération est essentielle et la recherche d'un microbiome intestinal sain peut également être soutenue par une alimentation équilibrée riche en polyphénols provenant de diverses sources. L'évolution de la recherche dans ce domaine permettra de mieux comprendre les mécanismes en jeu et d'orienter les recommandations relatives à la consommation d'alcool dans le contexte de la santé et du bien-être en général.

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