Révélation de l'évolution sur 10 000 ans des vignes cultivées en France

Une nouvelle étude détaille l'évolution de la viticulture française de la préhistoire au XIXe siècle

12-11-2024

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Répartition géographique des échantillons archéobotaniques de pépins de raisin étudiés en fonction du mode de conservation, (a) carbonisé, (b) gorgé d'eau. La couleur des cercles indique l'âge de l'échantillon et la taille est proportionnelle au nombre de pépins analysés. Les lignes pointillées représentent les limites des 4 grandes régions écologiques : Méditerranée (MEDIT), Ouest (WEST), Centre-Nord (CENO) et Est-Massif Central (EAMC).

Une étude récente publiée dans Scientific Reports a dévoilé l'évolution sur 10 000 ans des vignes cultivées en France, à partir d'une analyse morphométrique de 19 377 graines archéologiques. Cette recherche, menée par une équipe pluridisciplinaire de 25 scientifiques répartis dans 17 laboratoires, vise à mettre en lumière la manière dont les interactions humaines et les changements environnementaux ont influencé la viticulture française de la préhistoire au XIXe siècle.

La culture de la vigne, Vitis vinifera, a débuté il y a 8 000 à 6 000 ans en Asie occidentale, très probablement dans des régions comme le Caucase et le Levant. De là, la vigne s'est répandue dans la région méditerranéenne et en Europe par le biais du commerce et des échanges culturels. Contrairement aux cultures annuelles, la domestication de la vigne s'est largement appuyée sur la propagation clonale en raison de la nature pérenne de la plante et de sa longue phase juvénile. Cette méthode a permis d'établir et de préserver des caractéristiques spécifiques au fil du temps, grâce aux mutations somatiques et à l'hybridation avec des populations sauvages.

Les chercheurs ont utilisé des méthodes avancées de transformation de Fourier et des modèles de discrimination linéaire pour analyser les graines archéologiques, en différenciant les morphologies des graines de vigne sauvage et domestiquée. Ils ont classé les graines en quatre groupes en fonction de leur utilisation et de leur origine régionale : raisin de table oriental, raisin de cuve des Balkans, raisin de cuve ibérique et raisin de cuve d'Europe occidentale. Ces classifications ont été validées par rapport à une base de données moderne comprenant 80 accessions de vigne sauvage et 466 accessions cultivées.

Les résultats révèlent une nette évolution de l'utilisation des vignes sauvages vers l'adoption généralisée de variétés domestiquées vers 600-500 avant J.-C., une période qui coïncide avec les influences méditerranéennes, telles que la colonisation grecque de Marseille. Avant cette époque, la plupart des graines archéologiques présentaient des caractéristiques sauvages similaires à celles des vignes sauvages modernes. Au cours de l'âge du fer, cependant, les graines ont commencé à présenter des traits associés aux variétés cultivées, reflétant l'introduction de souches domestiques en provenance de l'Est.

La découverte de morphotypes de raisins de table orientaux dans le sud de la France à l'âge du fer montre qu'outre la production de vin, les vignes étaient également cultivées pour la consommation de fruits frais, en particulier dans les centres urbains méditerranéens. Les semences de cette période suggèrent un processus de domestication précoce marqué par des interactions génétiques entre les vignes introduites et les populations sauvages locales. Ces interactions ont probablement aidé les vignes à s'adapter aux différentes conditions climatiques et environnementales.

La viticulture s'est étendue vers le nord à l'époque romaine, sous l'impulsion d'un modèle agricole intensif axé sur la production et l'exportation de vin. Cette expansion a coïncidé avec une période climatique plus chaude, connue sous le nom d'Optimum climatique romain, qui a permis à la vigne de pousser dans des climats plus continentaux et océaniques. C'est à cette époque que les variétés de raisin de cuve d'Europe occidentale, caractérisées par des grappes petites et compactes et des baies acides, se sont établies dans l'intérieur de la France.

Le Moyen Âge a marqué une autre phase importante, avec la domination croissante des variétés de vin d'Europe occidentale. Les archives historiques et les vestiges de semences archéologiques indiquent que des vignes bien adaptées aux climats locaux ont permis l'essor de régions viticoles intérieures telles que la Bourgogne et la Champagne. Le refroidissement qui a suivi la période de réchauffement médiéval a entraîné des changements dans les pratiques viticoles et a réduit l'influence des variétés orientales.

Les morphologies des semences sauvages n'ont jamais complètement disparu. De l'époque romaine au Moyen Âge, certaines graines ont conservé des formes intermédiaires, ce qui suggère des échanges génétiques continus entre les vignes sauvages et les vignes cultivées. Les experts estiment que ce flux génétique a joué un rôle crucial dans le développement de nouvelles variétés de vin et dans l'adaptation à divers environnements.

L'étude aborde également la question de l'influence de la préservation archéologique sur la morphologie des graines. Les graines carbonisées ont tendance à se déformer et à ressembler aux graines sauvages, tandis que les graines conservées dans l'eau gardent mieux leurs caractéristiques d'origine. Pour corriger ces déformations, les chercheurs ont appliqué des vecteurs de correction basés sur des études expérimentales.

Cette recherche fournit une vue détaillée de l'évolution de la viticulture en France, illustrant comment les interactions entre les variétés introduites, les populations sauvages locales et les facteurs environnementaux ont façonné la diversité actuelle des vignes. Ces connaissances pourraient s'avérer précieuses pour relever les défis de la viticulture moderne, tels que le changement climatique, et pour conserver l'agrobiodiversité de la vigne. L'histoire complexe de la domestication de la vigne reste un domaine prometteur pour de futures études archéobotaniques et génétiques.

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