Le vin et le baiser dans l'Antiquité romaine

Comment le vin a été associé aux normes de genre et aux pratiques sociétales dans la Rome antique

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Tout au long de l'histoire, d'innombrables pratiques et traditions se sont entremêlées, donnant lieu à des récits fascinants. L'une d'entre elles nous vient de la Rome antique, où le vin n'était pas seulement une boisson de loisir, mais jouait un rôle essentiel dans les structures sociétales, les normes de genre et même les conventions romantiques.

Le baiser de vérification

Dans la Rome antique, les femmes, en particulier celles qui jouissaient d'un statut social élevé, devaient s'abstenir de boire du vin. Il ne s'agissait pas d'une simple suggestion, mais d'une règle stricte, et les maris et les pères se tournaient vers une méthode intime pour s'en assurer : ils embrassaient leurs femmes et leurs filles pour détecter l'odeur ou l'arrière-goût du vin. Une telle mesure est révélatrice de la rigueur des rôles assignés aux hommes et aux femmes à l'époque et des moyens mis en œuvre pour les faire respecter.

Romulus, le légendaire fondateur et premier roi de Rome, est à l'origine de la décision d'interdire aux femmes l'accès au vin. En fait, les femmes n'étaient même pas autorisées à posséder les clés des caves à vin. Le but de ce décret ? Préserver ce qui était considéré comme une "conduite parfaite" chez les femmes romaines. Toute trace de consommation de vin, considérée comme une preuve potentielle de comportement immoral, était traitée avec sévérité. Les femmes reconnues coupables s'exposaient à de graves conséquences, certaines risquant même la mort, prononcée soit par un tribunal, soit par une assemblée familiale.

Le vin dans la société romaine : Son rôle vénéré

Malgré ces restrictions, le vin n'était pas totalement interdit à tous les Romains ni à toutes les occasions :

  • Les rituels religieux : Le vin était exclusivement réservé aux hommes lors des cérémonies religieuses. Si une femme enfreignait cette convention, elle risquait d'être jugée sommairement par sa famille et d'être condamnée à une peine pouvant aller jusqu'à la mort. Cet usage rituel particulier du vin portait un nom unique : Ius osculi, ou "le baiser du vin".
  • Utilisation médicinale : Le vin était universellement reconnu pour ses propriétés curatives. Les hommes comme les femmes étaient autorisés à consommer du vin comme remède. Les capacités curatives du vin étaient si bien reconnues qu'il était considéré comme l'un des médicaments les plus importants dont disposait l'humanité. On croyait même que le vin pouvait agir comme contraceptif et provoquer des avortements.
  • Les repas : À l'heure du dîner, les Romains se laissaient tenter par des versions plus douces et moins alcoolisées du vin. Les deux sexes étaient autorisés à y prendre part, ce qui permettait d'écarter, au moins momentanément, les normes dominantes de la société.

Un baiser séduisant : l'histoire d'Agrippine

La nièce de l'empereur Claude, Agrippine Mineure, a utilisé le baiser de vin non pas comme un test, mais comme un outil de séduction. Grâce à ses fréquents baisers de vin, elle finit par le persuader d'annuler les lois interdisant le mariage entre parents de sang. Elle l'a également convaincu d'adopter le fils qu'elle avait eu d'un précédent mariage. L'ascension d'Agrippine vers le pouvoir est riche en histoires, marquée par des moments à la fois brillants et sanglants.

Distinctions de classe et vin

Les édits romains interdisant aux femmes de boire du vin n'étaient pas universellement appliqués. Les femmes de la noblesse et des classes supérieures étaient les plus touchées par ces restrictions. En revanche, les femmes issues de milieux moins privilégiés, comme les prostituées, n'étaient pas soumises à de telles restrictions. En fait, elles utilisaient le vin pour ses propriétés médicinales. En outre, les sorcières de l'époque vendaient souvent des remèdes à base de vin.

Le vin sacré et le culte de Bona Dea

Le culte de Bona Dea fait exception à la plupart des normes en vigueur. Dans cet espace sacré, le vin était exclusivement réservé aux femmes. Historiquement, Bona Dea, souvent appelée la "Grande Mère", avait son temple à Aventino. Le temple faisait également office de centre de guérison, comme en témoignent les serpents non menaçants qui se promenaient sur le terrain et l'entrepôt d'herbes médicinales. Toutefois, le culte était strictement réservé aux femmes, les hommes n'ayant pas accès à l'espace sacré.

La perception romaine du baiser

Au-delà de son utilisation comme détecteur de vin, l'acte de s'embrasser à Rome avait ses propres normes sociétales. Les démonstrations publiques d'affection, en particulier entre couples, étaient désapprouvées - un sentiment qui résonne encore dans diverses cultures aujourd'hui. En revanche, le baiser partagé entre amis ou le baiser de paix entre consuls et empereurs étaient acceptables. Il est intéressant de noter que le baiser nuptial, qui symbolise la consommation de l'union, trouve ses racines dans la Rome antique, mais que sa signification et sa terminologie ont évolué au fil des ans dans les différentes cultures.

Comme le dit si bien Edmond Rostand dans sa pièce Cyrano, un baiser est bien plus qu'un simple acte physique : c'est une promesse solennelle, un lien intime et une expression profonde de l'amour.

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