30-12-2025

Les autorités viticoles françaises ont approuvé une modification importante des règles applicables aux vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée (AOC). Le 27 novembre, le Comité national des vins d'appellation (CNAOV) de l'Institut français de l'origine et de la qualité (INAO) a accepté d'autoriser, sous certaines conditions, l'édulcoration des vins tranquilles secs. Cette décision marque un changement dans la doctrine viticole française, en permettant aux producteurs d'AOC d'ajouter du sucre dérivé du moût de raisin après la fermentation. Cette décision a pour but d'aider les viticulteurs à répondre à l'évolution des préférences des consommateurs, en particulier des jeunes buveurs qui préfèrent les profils plus sucrés.
La nouvelle politique autorise l'édulcoration tant que le vin final ne dépasse pas 9 grammes par litre de sucres fermentescibles résiduels, en particulier le glucose et le fructose. Cette pratique peut s'appliquer aux vins rouges, blancs et rosés. Toutefois, elle n'est autorisée que si le règlement officiel de chaque appellation est mis à jour pour inclure cette option. L'édulcoration doit avoir lieu dans l'aire géographique de l'AOC ou à proximité immédiate et doit utiliser des moûts de raisin de la même appellation. Il peut s'agir de moût de raisin frais, de moût de raisin concentré ou de moût de raisin concentré rectifié (MCR).
Jusqu'à présent, l'édulcoration était interdite dans les vins AOC mais autorisée dans les vins à indication géographique protégée (IGP). Ce changement intervient après des années de débat au sein de la filière viticole française. Il y a six ans, certains négociants bordelais ont fait valoir que les vins rouges de leur région étaient trop austères et gagneraient à être un peu plus sucrés pour plaire aux palais modernes. À l'époque, de nombreux producteurs et responsables étaient sceptiques quant à une telle démarche, invoquant des préoccupations liées à la stabilité du produit et à la tradition.
La décision du CNAOV fait suite aux recommandations d'un groupe de travail spécialisé sur l'édulcoration. Caroline Blot, chef de la division des vins à l'INAO, a qualifié cette décision de "changement majeur". Elle a souligné qu'une traçabilité stricte sera exigée dès lors que le MCR sera utilisé dans les caves. L'INAO reste attaché à la préservation de la typicité des vins AOC tout en s'adaptant à l'évolution des goûts des consommateurs.
L'intérêt pour cette nouvelle flexibilité est particulièrement fort dans les régions de Bordeaux et des Côtes-du-Rhône. À Bordeaux, les producteurs de claret - un style de vin rouge léger - ont fait pression pour obtenir l'autorisation de sucrer leurs vins jusqu'à 7 grammes par litre sous l'appellation claret. Stéphane Gabard, porte-parole de l'Organisme de défense et de gestion de Bordeaux (ODG), a déclaré que maintenant que la politique nationale a changé, la mise à jour du règlement de Bordeaux devrait être simple. Selon lui, Bordeaux pourrait présenter ses règles révisées dès le mois de février de l'année prochaine et recevoir une autorisation en mai ou en juin, en suivant les procédures d'opposition habituelles et en adoptant un décret spécifique.
M. Gabard a fait remarquer que si les vins blancs doux font déjà partie de la tradition bordelaise, l'extension de ce profil aux vins rouges est une réponse à l'évolution des préférences des consommateurs. Il a souligné que les jeunes générations, habituées à des boissons plus sucrées, sont moins intéressées par les saveurs amères ou tanniques. L'espoir est qu'en autorisant une certaine douceur dans les vins rouges, Bordeaux puisse attirer de nouveaux consommateurs, en particulier ceux de la génération Z.
Jean-Raymond Clarenc, directeur commercial de la société Bouey, basée à Bordeaux, et co-président de la commission économique du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), a salué ce changement lors d'une récente assemblée générale. Il a fait remarquer que les consommateurs internationaux boivent souvent du vin rouge sans manger et sont attirés par des styles plus sucrés. L'édulcoration donne aux producteurs de Bordeaux un outil supplémentaire pour atteindre ces nouveaux marchés.
Bernard Farges, président du CIVB et ancien chef du comité de l'INAO, a déclaré lors d'une conférence de presse en décembre que les progrès en matière de réglementation dépendent de propositions bien préparées et soutenues par un consensus de l'industrie. Il a noté que lorsque les professionnels s'accordent sur les changements et présentent des dossiers solides, les décisions peuvent passer rapidement par les canaux de l'INAO.
Ce changement reflète les tendances générales de la consommation mondiale de vin. Jean-Marie Cardebat, professeur d'économie à l'université de Bordeaux, a plaidé en faveur d'une plus grande flexibilité dans les pratiques de vinification afin d'exploiter les nouveaux segments de marché. Il estime que les producteurs doivent s'adapter rapidement aux tendances - même s'ils s'en éloignent par la suite - plutôt que de s'en tenir rigidement à la tradition.
Certaines voix restent prudentes quant à la nécessité de s'éloigner des normes établies pour les AOC. Alexandre Imbert, ancien directeur de l'Union générale des viticulteurs de l'AOC Cognac (UGVC), a mis en garde contre le risque de sacrifier l'identité à long terme pour des tendances à court terme. Gwénaëlle le Guillou, alors directrice du Syndicat des vignerons biologiques de Nouvelle Aquitaine (SVBNA), s'est demandé si l'on pouvait prédire ce que les consommateurs attendront des vins de Bordeaux dans dix ou quinze ans.
Pour l'instant, cependant, les autorités viticoles françaises ont levé un obstacle majeur pour les producteurs d'AOC qui cherchent à adapter le profil gustatif de leurs vins. Les prochaines étapes dépendront de la rapidité avec laquelle les appellations individuelles mettront à jour leur règlement et de la manière dont les viticulteurs choisiront d'utiliser cette nouvelle flexibilité pour répondre à la demande du marché.
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