Inter Rhône fixe les premiers repères de prix du vin en France dans le cadre des règles de l’UE
Ces repères non contraignants, de 132 à 193 euros par hectolitre, doivent guider les négociations sur les vins rouges des Côtes-du-Rhône pour 2026-2027.
mardi 13 octobre 2026

Inter Rhône a présenté de nouveaux repères, compris entre 132 et 193 euros par hectolitre, pour les négociations sur les prix des vins rouges sur le marché des Côtes-du-Rhône. Selon les médias professionnels, il s’agirait de la première utilisation en France de ce type d’indicateur au titre de l’article 172 ter des règles de l’organisation commune des marchés de l’Union européenne.
D’après une présentation d’Inter Rhône rapportée par Journal FR et datée du 10 octobre, l’interprofession a établi des repères économiques non contraignants pour la campagne 2026-2027, couvrant les vins rouges conventionnels, HVE et biologiques. Ces chiffres sont destinés à servir de références dans les négociations, et non de prix minimaux obligatoires ni de relevés de transactions réelles.
Pour les vins rouges conventionnels des Côtes-du-Rhône et les vins certifiés HVE (Haute Valeur Environnementale), Inter Rhône a présenté un prix d’« équilibre » de 132 euros par hectolitre et un prix de « durabilité » de 171 euros par hectolitre. Pour les vins rouges biologiques, les repères sont fixés à 148 euros par hectolitre pour l’équilibre et à 193 euros par hectolitre pour la durabilité.
L’écart entre les deux niveaux est important dans les deux catégories. Pour les vins conventionnels et HVE, le niveau de durabilité dépasse celui d’équilibre de 39 euros par hectolitre, soit 29,5 %. Pour les vins biologiques, l’écart atteint 45 euros par hectolitre, soit 30,4 %. La prime au bio par rapport aux vins conventionnels et HVE est de 16 euros par hectolitre au niveau d’équilibre et de 22 euros par hectolitre au niveau de durabilité.
Ces références sont présentées comme des repères économiques pour les discussions commerciales sur un marché soumis ces dernières années à la faiblesse de la consommation, à l’évolution de la demande et à la hausse des coûts de production. En proposant deux niveaux distincts, Inter Rhône semble vouloir différencier un point d’équilibre à court terme d’un niveau supérieur qui couvre mieux la viabilité économique à plus long terme. Ces chiffres pourraient offrir aux viticulteurs, aux coopératives et aux négociants un cadre plus structuré pour discuter des prix des vins rouges au cours de la nouvelle campagne.
L’initiative revêt également une importance plus large, au-delà de la vallée du Rhône. Les observateurs de la filière y voient un test de la manière dont les régions viticoles françaises pourraient utiliser le cadre juridique ouvert par l’article 172 ter. Cette disposition retient l’attention des secteurs agricole et viticole, car elle peut permettre aux organisations interprofessionnelles reconnues de publier des indicateurs économiques ou des valeurs de référence à l’appui des négociations, sans imposer de prix fixes. Si les producteurs et les acheteurs jugent l’approche rhodanienne utile, des dispositifs similaires pourraient voir le jour dans d’autres appellations et régions françaises.
Cette perspective explique en partie l’attention suscitée par les nouveaux repères du Rhône, même s’ils ne s’imposent à aucune des parties à un accord. Dans la pratique, des indicateurs non contraignants peuvent tout de même influer sur la formation des prix s’ils sont largement repris dans les négociations ou s’ils contribuent à établir une lecture commune des coûts de production et des besoins en matière de marge. Pour les viticulteurs confrontés à des marges serrées, un niveau de durabilité publié peut constituer un argument de poids dans les discussions contractuelles. Pour les acheteurs, le prix d’équilibre peut servir de repère inférieur, lié aux conditions actuelles du marché.
Le dispositif a toutefois des limites évidentes. Les chiffres sont facultatifs. Aucun opérateur n’est tenu d’acheter ou de vendre à un niveau donné. Il ne s’agit pas d’une cotation officielle du marché et ils ne doivent pas être interprétés comme la preuve que des transactions ont lieu à ces prix dans la région. En outre, les informations disponibles proviennent d’une source secondaire — le compte rendu par Journal FR de la présentation d’Inter Rhône — et non d’une publication primaire complète détaillant les calculs sous-jacents.
Cette prudence est particulièrement importante lorsqu’on examine les campagnes précédentes. Une comparaison directe avec les repères de 2025 n’est pas fiable, car la méthodologie et les catégories de produits ont changé. Toute tentative de mesurer l’évolution d’une année sur l’autre sans tenir compte de ces changements risquerait de donner une image trompeuse de l’amélioration ou de la dégradation de la situation économique des vins rouges du Rhône.
La publication de ces repères pour 2026-2027 apporte néanmoins au marché une nouvelle série de chiffres, alors que les prix restent un enjeu central pour les producteurs de vin français. Pour le segment des vins rouges des Côtes-du-Rhône, Inter Rhône a désormais mis sur la table quatre repères publics : 132 et 171 euros par hectolitre pour les vins conventionnels et HVE, et 148 et 193 euros par hectolitre pour les vins biologiques. Le poids que ces repères auront dépendra de leur adoption par les vendeurs et les acheteurs dans les négociations de la campagne à venir.