Les exportations de vin italien reculent sous l’effet des droits de douane américains

Les producteurs se tournent vers l’Europe et vers de nouveaux accords commerciaux avec le Mercosur, l’Inde et l’Australie pour compenser la faiblesse des ventes aux États-Unis

17-04-2026

Partagez-le!

L’industrie viticole italienne cherche à atténuer l’impact des droits de douane américains en renforçant sa présence en Europe et sur plusieurs nouveaux marchés ouverts par les récents accords commerciaux avec le Mercosur, l’Inde et l’Australie, alors que les exportateurs font face à un recul des ventes sur leur premier marché à l’étranger.

La pression se lit déjà dans les chiffres. Les exportations italiennes de vin vers les États-Unis ont reculé de 9,2 % après les droits de douane imposés par le président Donald Trump, amputant les ventes de 178 millions d’euros. Cette baisse a contribué à faire reculer de 3,7 % les exportations totales de vin italien en 2025, à 7,78 milliards d’euros, selon des chiffres cités lors de Vinitaly, le salon annuel du vin à Vérone, qui s’est tenu jusqu’au 15 avril à VeronaFiere.

Pour un secteur qui expédie une bouteille sur deux à l’étranger, la perte du marché américain est particulièrement lourde, car le pays n’est pas seulement le premier marché mondial du vin en termes de consommation, mais aussi l’un des rares capables d’absorber des étiquettes premium à grande échelle. Les dirigeants du secteur estiment qu’il est possible de réorienter les bouteilles invendues vers d’autres pays, mais qu’il est bien plus difficile de remplacer le chiffre d’affaires. Tant que les droits de douane resteront en place, disent-ils, la diversification est la seule réponse praticable.

Les dégâts ne se sont pas limités aux États-Unis. Les exportations italiennes de vin vers les marchés hors Union européenne ont globalement été plus faibles en 2025. Les ventes ont reculé de 3,9 % au Royaume-Uni, de 5,9 % au Canada, de 4,2 % en Suisse et de 16 % en Russie. Le Brésil a été le seul grand marché hors UE à afficher une croissance, avec des exportations en hausse de 3,8 %.

L’Europe a offert un tableau plus stable. L’Allemagne, premier marché européen pour l’Italie, est restée quasiment inchangée à +0,6 %, avec 1,1 milliard d’euros d’importations de vin italien. La France a progressé de 3,6 %, et les Pays-Bas ont augmenté leurs achats de 5,6 %. L’Union européenne dans son ensemble a crû de 0,7 %, contribuant à compenser les pertes ailleurs et confortant son rôle de « refuge sûr » pour le vin italien, selon les analystes de l’Observatoire Uiv-Vinitaly.

Ce rôle est devenu plus important au fil du temps. Entre 2019 et 2025, la valeur des ventes italiennes de vin dans les 26 pays de l’UE a progressé de 31 %, soit près du double du rythme observé sur les marchés hors UE. Les vins effervescents ont mené cette expansion, avec une hausse de 72 % sur la période et un chiffre d’affaires de 822 millions d’euros. Treize des 26 pays de l’UE ont enregistré des taux de croissance à trois chiffres pour les vins effervescents italiens.

La France a désormais dépassé l’Allemagne comme premier acheteur européen de vin effervescent italien, portée en grande partie par les ventes de Prosecco sur un marché longtemps associé au Champagne. La Belgique et les Pays-Bas ont chacune enregistré des gains d’environ 60 %, tandis que l’Autriche a progressé de 41 %. En Europe centrale et orientale, la Pologne a augmenté ses importations de 74 % et la République tchèque de 113 %.

À Vinitaly, les responsables du secteur ont estimé que ces tendances traduisent un changement stratégique plus large : défendre les marchés établis tout en construisant de nouveaux débouchés où les droits sont plus faibles ou susceptibles de baisser. Au début de l’année, les accords commerciaux entre l’Union européenne et le Mercosur, l’Inde et l’Australie ont ouvert de nouvelles perspectives aux exportateurs qui cherchent à diversifier leurs débouchés au-delà des États-Unis.

Giacomo Ponti, président de Federvini, a déclaré à Il Sole 24 Ore que les pays du Mercosur offrent un environnement plus favorable en raison de leurs importantes populations d’origine italienne, d’une forte culture du restaurant et d’une demande déjà existante pour les produits italiens. Il a ajouté que les exportations vers l’Amérique du Sud ont été freinées par des droits élevés et restent encore loin de leur potentiel.

L’Inde pose un défi différent, car le vin y reste un produit de niche sur un marché dominé par des spiritueux comme le whisky et le gin. Ponti a indiqué que les producteurs italiens devront investir dans la pédagogie et le marketing auprès d’une classe moyenne indienne en pleine croissance, notamment en cherchant à associer le vin à la cuisine locale.

L’Australie constitue un autre test puisqu’il s’agit elle-même d’un pays producteur de vin. Ponti a dit saluer les conditions commerciales prévues par l’accord avec Canberra, tout en se montrant moins satisfait du fait que les producteurs australiens seront autorisés pendant dix ans à utiliser des noms tels que Grappa et Prosecco. Il a néanmoins estimé que l’Australie pourrait offrir des marges de croissance grâce à sa importante communauté issue de l’immigration italienne, notamment à Melbourne.

Pour l’heure toutefois, l’Europe reste le débouché le plus fiable pour le vin italien tandis que les exportateurs ajustent leurs niveaux de stocks et leurs plans commerciaux face à des droits de douane qui continuent de remodeler les flux du commerce mondial.

La lecture vous a plu ? Partagez-la avec d'autres !